Alors que le nombre de personnes déplacées de force en raison de conflits, de violences et de persécutions atteint des niveaux records à l'échelle mondiale, la Turquie continue d'être le pays accueillant le plus grand nombre de réfugiés au monde.
Si les données officielles font état d'environ 4 millions de réfugiés en Turquie, les données officieuses suggèrent que le nombre de réfugiés et de migrants clandestins vivant dans le pays dépasse les 13 millions.
Depuis longtemps, les grands mouvements de population sont perçus comme une source d'instabilité pour les pays d'accueil, ce qui conduit à des efforts nationaux et internationaux pour les endiguer.
Dans un passé récent, les Juifs cherchant à fuir la violence, la persécution et la menace de mort des nazis n'ont pas été acceptés par de nombreux pays, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et la France.
Par exemple, les démarches extraordinaires entreprises par Otto Frank, le père d'Anne Frank dont le journal est lu dans le monde entier, pour quitter les Pays-Bas occupés par les nazis et se rendre aux États-Unis ont échoué, ce qui a conduit à la perte de sa femme et de ses deux enfants dans les camps de concentration.
Il est aujourd'hui de notoriété publique que les pays occidentaux, en particulier, évitent obstinément d'accepter des réfugiés.
Les accords de réadmission conclus avec l'Union européenne ont malheureusement transformé notre pays en zone tampon.
Les migrations massives et soudaines engendrent de nombreux problèmes pour le pays d'accueil sur les plans politique, culturel, économique et sociologique.
D'ailleurs, durant les premières années de la République, la Turquie a ressenti le besoin de prendre des mesures lors des échanges de populations. La loi sur l'établissement n° 2510, publiée au Journal officiel du 21 juin 1934, stipulait que « les personnes n'étant pas d'origine turque ne peuvent s'installer où elles le souhaitent, celles dont la langue maternelle n'est pas le turc ne peuvent former de quartiers indépendants, ni constituer des groupes d'ouvriers ou d'artistes, et la population étrangère dans une municipalité ne peut dépasser 10 % ».
La guerre civile syrienne, qui a débuté en 2011, a provoqué un flux intense de réfugiés vers les pays voisins, en particulier vers la Turquie.
Ce mouvement a été suivi par l'arrivée de réfugiés en provenance d'Afghanistan, passé sous le contrôle des Taliban.
Aujourd'hui, les Syriens, qui constituent le plus grand groupe de migrants, sont passés du statut de voisins frontaliers à celui d'invités.
Alors que la majorité des réfugiés syriens étaient initialement hébergés dans des camps de réfugiés, ils ont par la suite migré vers différentes provinces et ont commencé à vivre dans des zones où résident des citoyens turcs aux niveaux socio-économiques plus modestes.
Cette situation a multiplié les rencontres dans les espaces publics tels que les transports en commun, les parcs et les hôpitaux, tout en intensifiant la concurrence avec la population locale sur le marché du travail, en exerçant une pression sur les salaires, en provoquant une hausse des loyers et, par conséquent, en attisant les tensions avec la population locale.
Les réfugiés ont fini par modifier et transformer spatialement les régions où ils se sont installés en grand nombre.
J'ai eu l'occasion d'observer cette situation à Şanlıurfa, où je me suis rendu pour les vacances de la fête.
J'ai constaté que les Syriens vivant dans cette ville ont formé des quartiers distincts, ouvert leurs propres commerces et lieux de divertissement, et vivent comme une société coupée de la population locale.
J'ai entendu dire qu'un citoyen d'Urfa souhaitant travailler dans un commerce ouvert par des Syriens s'est vu répondre : « Nous n'employons pas de travailleurs étrangers », un sujet dont on parle avec étonnement dans tout Şanlıurfa.
Pour les migrants, la question de la satisfaction des besoins fondamentaux tels que l'éducation, le logement, l'alimentation et la sécurité reste un défi pour la Turquie.
La tension monte entre les réfugiés et les segments de la population en concurrence pour l'emploi et les salaires, et des affrontements dangereux, parfois rapportés par l'opinion publique, se produisent.
C'est pourquoi le sentiment anti-réfugiés trouve de plus en plus d'écho au sein de la société.
Aujourd'hui, les problèmes liés aux réfugiés sont devenus l'un des principaux points de l'agenda politique turc. Il n'est pas possible pour les réfugiés de s'intégrer linguistiquement et culturellement là où ils se sont installés.
D'autre part, le renvoi des réfugiés désormais établis devient de plus en plus difficile, et les discours en ce sens ne dépassent guère le stade des vœux pieux. Il est impératif d'empêcher l'immigration irrégulière vers la Turquie, d'enregistrer les migrants irréguliers entrés illégalement dans notre pays et de rechercher les solutions nécessaires à leur retour.
Le retour dépend de la disparition des causes ayant provoqué la migration et de la préparation d'un environnement de retour sécurisé.
C'est pourquoi la Turquie doit déployer des efforts intenses pour créer une zone de sécurité à cette fin.
La « question des réfugiés » en Turquie doit être traitée comme un sujet dépassant les clivages politiques, et chaque segment de la société doit produire des solutions pour se sortir de cette situation qui assombrit l'avenir de notre pays.
De plus, l'État doit protéger les frontières turques contre les réfugiés en prenant pour exemple la défense de Taksim le 1er mai.
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