Dans les théories du contrat social, il est admis que les individus délèguent leur droit de juger à l'État. Bien que le pouvoir de juger et de sanctionner appartienne à l'État, l'attente fondamentale de ceux qui délèguent ce droit est de pouvoir faire confiance à celui qui exerce ce pouvoir.
Faire confiance à la justice signifie, lorsque vous vous présentez devant un tribunal pour quelque raison que ce soit, avoir confiance dans le processus judiciaire et dans la décision qui sera rendue. Un procès conforme à la loi et à la procédure, équitable et mené dans un délai raisonnable est essentiel. L'égalité de traitement, indépendamment de l'identité de la personne concernée, dans la procédure judiciaire et l'application des lois est une condition préalable à la confiance envers la justice.
Dans les enquêtes sur la « confiance envers les institutions » menées dans notre pays, la question porte sur l'institution la plus digne de confiance. Malheureusement, les résultats partagés montrent que la confiance envers les institutions judiciaires est extrêmement faible. Le taux de confiance envers les forces de l'ordre, qui travaillent sous l'autorité des institutions judiciaires, est plus élevé que celui envers les institutions judiciaires elles-mêmes. Je ne sais pas si une seule question est posée dans ces recherches/sondages ou si l'étude est détaillée par plusieurs questions. Je suis d'avis que le concept de confiance inclut non seulement la croyance en l'impartialité, mais aussi l'attente que l'activité judiciaire soit achevée dans un délai raisonnable.
À mon avis, la raison principale de la diminution de la confiance envers la justice dans notre pays est la durée des procès. Que ce soit en droit civil, pénal ou administratif, la longueur des procédures génère mécontentement et méfiance chez les citoyens.
Les pratiques de médiation volontaire et obligatoire, introduites pour réduire les délais et alléger la charge de travail des tribunaux, ne permettent pas non plus de raccourcir les durées de jugement. Même dans une affaire qui n'est pas très complexe sur le plan juridique, comme une action en fixation de loyer, il faut en moyenne trois ans pour obtenir un jugement et épuiser les voies de recours.
Une justice rendue tardivement ne satisfait personne.
Pour le citoyen et l'avocat dans les affaires portant sur des questions d'argent, l'allongement de la durée du procès a un ennemi insidieux : l'inflation. Dans les cas où des intérêts légaux sont appliqués, le montant de la créance perd de sa valeur en raison de la forte inflation dans notre pays. Conformément à l'article 1er de la Loi n° 3095 sur les intérêts légaux et les intérêts moratoires, l'intérêt légal est appliqué à un taux annuel de 24 % depuis le 1er juin 2024. Avant cette date, le taux d'intérêt légal était de 9 %. Si l'on considère les taux d'inflation annuels annoncés par les institutions officielles et privées, le problème dans les litiges où l'intérêt légal est appliqué sera mieux compris. Pour la partie en faveur de laquelle un jugement est rendu à l'issue du procès, la durée prolongée crée une situation qui peut être considérée comme une perte de droits.
Cela entraîne également des pertes financières pour les avocats, tout comme pour les clients. À moins que les honoraires convenus avec le client ne soient perçus à l'avance, ce qui n'est généralement pas très courant, les paiements étalés dans le temps s'érodent face à l'inflation. De même, les honoraires d'avocat perçus de la partie adverse subissent une perte de valeur car ils sont soumis à l'application de l'intérêt légal.
Un autre sujet qui, selon moi, diminue la confiance des citoyens envers la justice est l'incohérence entre les décisions rendues et l'influence de la pression de l'opinion publique sur le processus judiciaire. Je souhaite donner l'exemple de l'institution de la détention provisoire en droit pénal. Le deuxième chapitre du Code de procédure pénale n° 5271, sous le titre « Détention provisoire », réglemente les conditions de détention à partir de l'article 100. En droit pénal, le principe est le jugement en liberté. La détention provisoire est une mesure exceptionnelle. La loi réglemente les cas nécessitant une détention de manière claire et limitée.
Dans certaines affaires dont l'opinion publique a connaissance, on observe que la mesure de détention provisoire est appliquée de manière contraire aux conditions et à l'objectif prévus par la loi. Pour être plus clair, surtout lorsque des réactions intenses se forment contre un événement ou une personne sur les réseaux sociaux, des décisions de détention peuvent être prises même si elles sont contraires au droit. Lorsqu'une décision de remise en liberté est prise peu de temps après, alors qu'aucune condition n'a changé pour le suspect détenu depuis le jour de son incarcération, les gens commencent inévitablement à penser que cette décision a été prise avec l'approche : « qu'il reste un moment en prison pour qu'il apprenne la leçon ».
Il est triste que la mesure de détention provisoire se transforme en un outil pour satisfaire l'opinion publique.
Pour poursuivre sur le même sujet, même une décision conforme au droit concernant une personne membre ou proche du parti au pouvoir peut devenir un sujet de controverse. La position de la personne remet en question la décision rendue. Cet exemple montre également à quel point l'allégation et la croyance selon lesquelles la justice est maintenue sous pression par le pouvoir sont dangereuses. Une justice que l'on croit ne pas être distribuée de manière égale et équitable alimente la division sociale.
La confiance envers la justice ne s'obtient pas en construisant de grands palais de justice ou avec des robes d'avocat ostentatoires.
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