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Oummas restreintes : où finit la religion et où commence l'appartenance ?

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L'être humain est un être social. Ses comportements, ses actions et sa vision de la vie ne peuvent exister indépendamment de l'environnement dans lequel il vit. En ce sens, l'individu n'est pas seulement lui-même ; il est aussi une manifestation, un produit du milieu dans lequel il a grandi.

Cet environnement est composé d'éléments déterminants tels que la culture, l'idéologie et la religion. Alors, comment l'homme perçoit-il la religion, comment la voit-il et comment est-il influencé par elle ?

Dès sa naissance, l'individu tombe d'abord dans une micro-communauté : la famille. C'est là que s'établit le premier contact avec la religion. La religion présentée par la famille est celle que l'enfant connaît et qu'il adopte naturellement. Ensuite, ce cercle s'élargit ; des maillons tels que la communauté, la confrérie ou la secte enveloppent l'individu. Finalement, selon l'environnement sous l'influence duquel la personne est restée le plus longtemps, la « religion » qu'elle croit et défend devient, dans une large mesure, celle proposée par ce milieu.

Ce qui en résulte, ce sont des : oummas restreintes.

L'individu perçoit désormais la religion à travers ce prisme. Il construit sa perception du licite et de l'illicite, du péché et de la vertu, voire de Dieu et de la vérité, à l'intérieur de ce cercle étroit. Au bout du compte, non seulement les autres religions, mais aussi les autres groupes appartenant à sa propre religion sont codés comme des « autres », des personnes « non acceptables ». La personne prend soin de ne pas sortir de l'oumma restreinte à laquelle elle appartient.

De plus, à ce stade, les chefs de communauté, les cheikhs et les autorités ne consentent pas à cette sortie. Car l'extérieur est dangereux. Les autres groupes sont des structures qui comprennent mal la religion, la vivent de manière incomplète ou sont égarées. La métaphore du « loup qui dévore l'agneau qui s'éloigne du troupeau » entre ici en jeu. Pour que les disciples qui se séparent d'eux ne deviennent pas « la proie des loups », ils doivent rester fidèles au chef.

Désormais, l'appartenance a pris le pas sur la religion. Et briser ces chaînes est bien plus difficile qu'on ne le pense.

Alors, n'existe-t-il pas une « vraie religion » indépendante des sectes, des communautés et des groupes ?

L'histoire ne donne pas de réponse claire par l'affirmative. Dès l'instant où l'on commence à parler de religion, celle-ci s'est divisée pour des raisons théologiques, culturelles et politiques, et chaque division a produit une nouvelle oumma. Bien que les efforts intellectuels tentent d'ouvrir un espace aux débats sur la « vraie religion », la vie a depuis longtemps fermé la porte à cette discussion.

Car, en pratique, la « vraie religion » est celle acceptée par la majorité et les autorités. Les individus poursuivent souvent la sécurité plutôt que la vérité. La peur de l'exclusion, de l'excommunication, d'être poussé hors du groupe force l'humain à rester à l'intérieur. Le port sûr est plus séduisant que le questionnement.

Venons-en au phénomène religieux et à la réalité imposée par la vie.

La religion continuera d'exister en tant que fait sociologique. L'attachement de l'individu à la religion, tout comme l'influence de la religion sur l'individu, est un fait indéniable. Par conséquent, ce qu'il faut faire, ce n'est pas cibler la religion avec le débat « quelle est la vraie religion ? », mais discuter des groupes et des écoles qui menacent la vie sociale, qui font de l'autre un ennemi, et qui légitiment la violence et la guerre.

Car le débat sur la « vraie religion » n'a pas de destination finale.

L'humain est un tout avec ses histoires, ses souvenirs, son histoire, ses leaders et ses sacrés. Les débats menés en fragmentant cette intégrité créent des ravages dans la structure sociale. Sur une telle base, il devient impossible d'atteindre l'humain.

Si le but est de vivre ensemble, il faut construire des ponts.

Non pas pour détruire, mais pour comprendre.