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Trahison

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Dans son poème « Vatan Haini » (Traître à la patrie), Nazım Hikmet apporte une clarté immense au concept de trahison et affirme que prendre le parti des traîtres revient également à trahir. Ceux qui l'accusent de trahison envers la patrie ne veulent pas se confronter à eux-mêmes, car ils ne seraient pas satisfaits de la vérité qu'ils verraient dans le miroir.

C'est par ce biais qu'il faut aborder la question de la trahison : en confrontant, en révélant la vérité, en rappelant les appartenances, les liens et les engagements. À quoi une personne trahit-elle, où commence sa malveillance, à qui fait-elle du tort ? Sans explorer les réponses à ces questions, il n'est guère sensé de parler au nom de la trahison.

Nous rencontrons la trahison dans un large éventail de domaines, des relations interpersonnelles aux valeurs, en passant par les croyances et les idéologies. Le monde est un lieu où les bons côtoient les mauvais. Il y a autant de loyauté que de perfidie, autant de bien que de mal. De plus, à l'époque où nous vivons, cette situation évolue malheureusement en faveur du mal. Car le système dans lequel le monde est plongé produit une conscience tournée vers les maux. Il ne récompense pas l'honnêteté, la moralité ou le partage, mais le pouvoir, la flagornerie et la richesse. Il privilégie non pas la société, mais soi-même, sa tribu ou sa communauté.

Dans un tel monde, dès l'instant où l'être humain commence à appréhender la vie, il se heurte à la réalité de la trahison et à l'attrait de cette réalité. C'est un aspect dur mais amer de cette question. C'est pourquoi il ne faut pas penser la trahison indépendamment des conditions sociales. D'un autre côté, il est nécessaire d'approfondir la question de l'appartenance que nous avons évoquée au début de cet article.

Commençons donc.

L'appartenance exprime, de manière générale, le fait de faire partie d'un ensemble de relations et l'attachement à celui-ci. Cela peut être une croyance, une pensée, une idéologie, voire une famille. Nous avons une acceptation concernant le lieu auquel nous prétendons appartenir : nous disons que nous nous approprions ses revendications, ses approbations ou ses objections, ses valeurs ; nous nous construisons à travers cette identité et nous nous intégrons à la vie à partir de là. C'est précisément à ce point que la trahison se manifeste sous deux formes différentes.

Premièrement, la personne abandonne les valeurs qu'elle revendiquait, adopte une direction opposée et adopte des comportements agressifs envers l'espace auquel elle appartenait auparavant. Cependant, l'appartenance que la personne prétend porter peut ne pas refléter la réalité. Il arrive même qu'une personne s'intègre dans un groupe précisément pour commettre une trahison. Une fois sa mission accomplie, elle quitte les lieux et révèle sa trahison. Il est facile de parler de trahison dans un tel domaine ; l'auteur est connu, ses actes sont clairs. Mais la trahison ne se montre pas toujours aussi facilement. Nous pouvons alors passer au second type de trahison.

Ici, la personne affirme ne pas renoncer à ses revendications : elle est musulmane, alévi, socialiste ou kémaliste, mais la vie qu'elle mène correspond à une autre réalité, à un monde distinct. Elle est musulmane, mais elle utilise cela pour ses intérêts personnels, ses plans d'avenir et ses calculs de carrière. Lorsque l'occasion se présente, la prière qu'elle récite, la photo dans laquelle elle apparaît ou les figures historiques qu'elle défend servent de marchepied à son processus de carrière. Peu importe qu'il s'agisse d'une mosquée ou d'un Cemevi ; pour la personne qui trahit, ce n'est pas un lieu de culte, mais une position, un arsenal où elle trouvera le soutien du monde auquel elle appartient. La raison de sa présence est de rendre sa puissance visible, de rassembler ses partisans, de consolider le soutien de masse qu'elle aura derrière elle. Sinon, il n'y a pas d'appartenance sincère, pas de lien profond et sincère. La relation qu'elle établit avec la foi est une sorte de relation marchande. Elle regarde la vie à travers l'équilibre des échanges. Elle se concentre sur les valeurs qu'elle va vendre. Dans un tel moment, elle met en vente sa religion, sa foi et les valeurs auxquelles elle croit. Selon les promesses faites, les valeurs à vendre sont mises en vitrine. Dès que le commerce commence, tous les canaux de la trahison sont ouverts.

Une situation similaire peut être observée chez des personnes, des partis ou des institutions qui prétendent défendre la pensée socialiste. Pour une structure qui ignore tous les principes du socialisme tels que le partage, l'égalité et la solidarité, qui se perd dans les relations bourgeoises et qui, de surcroît, agit avec un esprit capitaliste pour devenir un élément de la politique du système, de quelle revendication socialiste peut-on parler ? Si les actes sont commis selon une mentalité capitaliste, est-il nécessaire de discuter du nom de l'auteur ? Par exemple, quelqu'un qui se laisse porter par le courant de la bourgeoisie sous couvert de journalisme peut-il rester socialiste ? De même, comment une personne qui ne revendique le socialisme que par son nom, tout en faisant fonctionner son parti ou son institution comme une entreprise capitaliste et en agissant comme un patron plutôt que comme un camarade, peut-elle défendre sa revendication avec une quelconque loyauté ? Nous pourrions multiplier les questions, mais le point où nous en sommes est désormais clair : là où il y a exploitation, rente et calculs d'intérêts, les traîtres ne manquent jamais.

En terminant cet article, soulignons que plus la trahison est répandue dans une société, plus cette société est condamnée à perdre ses valeurs humaines, son avenir et une vie vertueuse. Ce sont les citoyens qui forment la patrie ; car c'est là que la vertu, la moralité, l'identité et les valeurs germent, c'est là que les frontières sont tracées, c'est là que le « destin » se révèle.