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Agrégateurs de contenu : le grand géant silencieux qui dévore le journalisme

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En plein cœur de l'ère numérique, nous sommes littéralement bombardés de contenus. Pourtant, lorsque nous réfléchissons à la manière dont ces contenus parviennent au lecteur, un acteur invisible mais gigantesque entre en jeu : les agrégateurs de contenu.

Pour le dire simplement, les agrégateurs de contenu sont des plateformes numériques qui rassemblent les informations produites par différents médias sous une seule et même bannière pour les présenter à l'utilisateur. Des applications comme Google News, Flipboard ou Apple News permettent à des millions d'utilisateurs de suivre l'actualité en temps réel. En apparence, ces outils rassemblent des informations éparses et font gagner du temps aux gens. Mais quel est le coût invisible de ce service ?

ILS NE PRODUISENT PAS DE CONTENU ORIGINAL

En réalité, les agrégateurs ne produisent ni informations ni contenus originaux. La pratique journalistique est façonnée par un travail intense : les heures passées par les reporters sur le terrain, la vérification des faits par les éditeurs, la recherche d'images et la mise en forme de l'information. Or, les agrégateurs présentent à nouveau tout ce processus coûteux sur leurs propres interfaces sans produire le moindre contenu. De plus, ils conservent souvent les revenus publicitaires en gardant l'utilisateur sur leur plateforme au lieu de le rediriger vers la source originale. Sur le marché de la publicité numérique, des géants comme Google, Meta et Amazon captent environ 50 % des revenus publicitaires mondiaux. Le secteur devrait atteindre une valeur de 1 000 milliards de dollars. Google continue de générer plus de 90 % du trafic de redirection mondial. Alphabet devrait investir 75 milliards de dollars dans l'IA et l'infrastructure cloud en 2025. Cela signifie que ces revenus publicitaires seront encore davantage soutenus par l'IA. Les journaux qui produisent l'information, quant à eux, doivent généralement se contenter des miettes des revenus générés par leur propre travail. Cette situation affaiblit la capacité des organisations productrices d'informations à capter des revenus, tandis que les coffres des plateformes se remplissent chaque jour davantage.

QUI POURRA LES ARRÊTER ?

Bien entendu, les éditeurs axés sur l'information contestent cette situation. Certains pays ont mis en place des réglementations obligeant les plateformes à rémunérer les organisations de presse pour l'utilisation de leur contenu. Dans ce contexte, les actions de la commission des médias numériques en Turquie sont cruciales. Cependant, pour l'instant, négocier avec les plateformes géantes est presque impossible pour la plupart des sites d'information locaux et nationaux.

L'économie des plateformes, combinée aux habitudes des utilisateurs, rend le tableau encore plus complexe. La plupart des utilisateurs préfèrent consommer l'actualité via les réseaux sociaux ou des « agrégateurs » plutôt que sur le site web primaire de la source. Ainsi, le trafic direct et les modèles d'abonnement, qui constituent les revenus les plus fondamentaux du journalisme numérique, s'affaiblissent progressivement.

Les recherches qualifient cette situation de menace pour l'écosystème de l'information publique. En devenant des « gardiens » algorithmiques, les plateformes décident de ce qui doit être mis en avant, ce qui nuit aux principes d'indépendance et d'éthique du journalisme. D'autre part, il est nécessaire de souligner l'attente des utilisateurs en matière d'« informations gratuites ». Les producteurs de contenu et d'informations doivent repenser leurs stratégies de capture de valeur pour briser ce cycle. Car, comme le souligne Napoli (2015) : « Les agrégateurs ne créent pas de contenu ; ils capturent la valeur économique du contenu ».

QUELLE EST LA SOLUTION ?

Pour inverser cette tendance, certains médias se tournent vers des plateformes basées sur l'abonnement, tandis que d'autres privilégient des forfaits de contenu exclusifs. Certains pays, quant à eux, contraignent les plateformes au partage des revenus avec les producteurs de contenu par le biais de réglementations légales. Cependant, la réglementation seule ne suffit pas. Pour que le secteur du journalisme survive à l'ère numérique, il est nécessaire de développer de nouveaux modèles qui valorisent le contenu original, et le public doit également être prêt à sortir du confort de l'information gratuite. Sinon, la crise de la « réalité », encore mal perçue par les lecteurs dans l'environnement numérique, persistera : l'information existe, l'histoire réelle existe, mais personne ne paie le prix de cette histoire. Plus important encore, alors que les véritables créateurs d'histoires cherchent une issue à la crise financière, ils perdent chaque jour un peu plus de terrain. La réalité politique, économique et sociale ainsi que l'espace public numérique sont laissés à la merci des entreprises technologiques mondiales détenant un capital immense.