Bien sûr que non, et il ne faudrait pas l'attendre...
Alors que Tayyip tente de manipuler le CHP pour instaurer un régime à forte tonalité islamique, façonné sur une politique identitaire, où il garderait les rênes du pays à vie et où sa famille et son entourage proche bénéficieraient d'une immunité judiciaire après son départ, tout en essayant de faire avaler cela à mes concitoyens sous couvert d'une volonté de constitution démocratique, civile et libérale, le pot aux roses a été découvert hier.
La fête du Travail du 1er mai a, pour ainsi dire, jeté un froid sur le pouvoir qui s'était drapé dans les habits de défenseur de la démocratie pour sa nouvelle constitution.
Pourtant, ils s'étaient retroussé les manches pour expliquer à quel point ils voulaient une constitution libérale, démocratique et civile, qui ne porterait pas l'ombre du coup d'État de 1980 !
Mais la mentalité prohibitionniste de l'islamisme politique a soudainement refait surface.
Lorsque Tayyip a interdit l'accès à la place Taksim pour les célébrations du 1er mai à Istanbul, leurs masques sont tombés.
Les phrases apprises par cœur par le président du Parlement, Numan Kurtulmuş, lors de sa tournée pour convaincre les partis politiques de soutenir la nouvelle constitution, se sont révélées être un immense mensonge.
En réalité, la psychopathologie de cette interdiction et de la motivation qui la sous-tend mérite vraiment d'être expliquée.
Énumérons les faits...
Le ministère de l'Intérieur, sur instruction du Palais, a mobilisé pas moins de 42 000 policiers pour empêcher les groupes de se rendre à Taksim.
Comme si un soulèvement populaire majeur était en cours ou que le pays était sous la menace d'une attaque terroriste de grande ampleur...
Un « état de siège » non déclaré a été instauré à Istanbul.
La police a utilisé des balles en caoutchouc contre les manifestants.
217 personnes tentant de progresser vers la place Taksim ont été placées en garde à vue.
Les manifestants et ceux qui voulaient marcher vers Taksim n'étaient pas les seuls à être entravés.
Le leader du CHP, Özgür Özel, et le maire de la municipalité métropolitaine d'Istanbul, Ekrem İmamoğlu, ont également subi les conséquences de cette interdiction.
L'ordre donné par la police aux journalistes couvrant les événements de « balayer la presse » a été diffusé en direct sur les écrans.
Comme si les événements d'Istanbul et les images qui en ont résulté ne suffisaient pas à illustrer la vision du pouvoir sur cette question et à révéler l'arrière-plan de leur pensée, le conseiller principal de Tayyip, Oktay Saral, est monté au créneau sur les réseaux sociaux.
Dans sa publication, il a pris pour cible ceux qui voulaient marcher de Saraçhane à la place Taksim.
En déclarant : « La démocratie est bien trop pour vous et pour ceux qui, comme vous, ne reconnaissent ni la loi ni les règles... Soit l'État l'emporte, soit c'est le chaos ! », il a étalé au grand jour l'importance qu'il accorde à la démocratie et aux libertés.
Pendant que Tayyip et la police s'en prenaient aux manifestants à Istanbul, il a publié un message surréaliste, comme s'il n'était pas celui qui avait donné les instructions.
« Je célèbre la Journée du Travail et de la Solidarité du 1er mai, fêtée dans notre pays comme dans le monde entier. J'adresse mes salutations et mon affection à tous mes frères ouvriers et travailleurs qui cherchent à gagner leur vie honnêtement », a-t-il déclaré.
La sauce religieuse dans son message n'a échappé à personne.
Alors, pourquoi le pouvoir a-t-il adopté une approche aussi prohibitionniste, qui réduit à néant même les manœuvres politiques qu'ils mènent avec tant d'efforts pour rédiger une nouvelle constitution ?
Ou pourquoi ont-ils persisté dans leur refus de faire marche arrière ?
Il ne serait pas faux de dire qu'une peur profonde habite l'arrière-plan de leur esprit.
Il semble que cette grande peur, héritée des manifestations de Gezi en 2013, continue d'alimenter fortement la mentalité prohibitionniste du pouvoir.
Bien qu'ils soient politiquement au pouvoir, ils sont conscients d'avoir perdu le soutien populaire.
Jusqu'à présent, les élections qu'ils ont remportées par des moyens douteux n'ont pas été trop remises en question.
Cependant, le vent a désormais tourné.
On ne peut plus cacher le soleil avec un tamis.
L'inquiétude née de la concrétisation de cette situation lors des élections locales du 31 mars les pousse à recourir à des mesures que l'on ne voit que dans les régimes autoritaires.
Et si les célébrations du 1er mai se transformaient en un soulèvement collectif...
Et si, avec ces manifestations, la masse des opposants se renforçait davantage...
Et si l'on comprenait que l'AKP a perdu sa puissance au pouvoir...
Ils pensent qu'interdire Taksim est une démonstration de force, surtout contre l'opposition. Ils veulent dire : « Le pouvoir de l'État est entre nos mains, tenez-vous à carreau ».
Il est déjà évident qu'ils n'ont aucun lien avec la démocratie, le droit, les droits de l'homme ou les libertés.
Alors qu'ils ont la question de la nouvelle constitution à la bouche, le fait qu'ils ignorent même la décision prise par la Cour constitutionnelle concernant Taksim révélait déjà leur vrai visage.
Concluons notre article en disant que tout cela doit être très bien compris et interprété par ceux qui se précipitent pour négocier la constitution avec Tayyip.
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