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Élections en Arménie, Caucase et rivalité entre grandes puissances

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Lors des élections législatives du 7 juin en Arménie, le Parti du contrat civil, dirigé par le Premier ministre Nikol Pachinian, a remporté, comme prévu, la victoire en obtenant la moitié des voix. Comme prévu également, bien qu'il ait remporté le scrutin, il n'a pas obtenu la majorité constitutionnelle (deux tiers). Ce tableau est susceptible d'avoir des conséquences importantes non seulement sur la politique intérieure arménienne, mais aussi sur la région et sur la rivalité entre les grandes puissances dans cette zone. 

Pourquoi ? 

Analysons cela point par point… 

Premièrement, Pachinian a bénéficié d'un fort soutien populaire malgré la défaite écrasante subie sur les plans militaire, politique et diplomatique dans la cause juste et légitime de l'Azerbaïdjan concernant le Karabakh. Malgré la défaite, sa promesse d'une Arménie réelle et non imaginaire, son intention de normaliser rapidement les relations avec l'Azerbaïdjan et la Turquie, ainsi que ses engagements à améliorer l'économie et à enrichir la population, ont trouvé un écho. 

Deuxièmement, à son arrivée au pouvoir, Pachinian avait sous-estimé le poids de la Russie dans la région et s'était trop fié à l'Occident, à l'impérialisme américain et européen. Voyant cela, le dirigeant russe Poutine, au lieu de frapper Pachinian directement de ses propres mains, a rappelé à ce dernier la réalité en ne freinant pas l'Azerbaïdjan face à l'Arménie et en n'empêchant pas Bakou de mettre Erevan en difficulté. 

Troisièmement, il existe un poids russe important dans la politique intérieure, l'économie et l'appareil de sécurité de l'Arménie. Un grand nombre d'Arméniens vivent en Russie. Il est impossible pour Pachinian de changer cette réalité rapidement, du jour au lendemain. Avec une population d'environ 3 millions d'habitants, une superficie de 30 000 kilomètres carrés et une économie fragile, l'Arménie exporte 90 % de ses produits vers la Russie et importe son gaz naturel de Russie (à un prix quatre fois inférieur à celui payé par l'Europe). Alors que le nombre d'Arméniens en Russie est d'environ 2 millions, Pachinian, même s'il le voulait, ne peut se permettre davantage de tensions avec Moscou. C'est pourquoi, avant les élections, il avait déclaré que s'il gagnait, son premier voyage à l'étranger serait pour Moscou, suivi d'un déplacement à Bruxelles. Bien qu'il bénéficie d'un grand soutien des États-Unis et de l'Europe, le fait qu'il annonce Moscou comme sa première destination internationale, alors que la Russie soutenait l'opposition contre lui, montre qu'il a tiré quelques leçons des erreurs commises lors de la première période de son leadership entamé en 2018.  

Quatrièmement, l'Arménie est très enthousiaste à l'idée d'établir les meilleures relations possibles avec l'OTAN, tout en souhaitant devenir membre de l'Union européenne. En réponse à cet enthousiasme, la Russie affirme que l'Arménie ne peut être à la fois membre de l'Union économique eurasiatique et de l'Union européenne. Elle lui demande de choisir l'une ou l'autre. En raison de la situation géographique de l'Arménie, de ses relations commerciales, de sa dépendance énergétique et de l'influence de la Russie sur Erevan, il n'est pas possible pour elle de renoncer facilement à l'Union économique eurasiatique. 

Cinquièmement, Pachinian estime que la normalisation rapide des relations avec la Turquie et l'Azerbaïdjan brisera également l'influence de la diaspora arménienne sur l'Arménie, et plus particulièrement sur sa politique étrangère, ce qui rendra également plus saines les relations de l'Arménie avec les pays occidentaux. 

Sixièmement, l'Arménie rencontre également des problèmes avec la Géorgie. Il existe une méfiance historique entre eux. Les relations sont tendues. L'Arménie, qui a des problèmes à des degrés divers et pour des raisons différentes avec la Turquie, l'Azerbaïdjan, la Russie et la Géorgie, n'a qu'un seul voisin avec lequel elle entretient de bonnes relations : l'Iran, avec lequel elle partage une frontière de 44 kilomètres. L'Iran, préoccupé par ses propres problèmes, ne peut pas non plus s'intéresser de trop près à l'Arménie, qu'il soutient pourtant depuis des années. 

En fin de compte, la nouvelle période de la politique arménienne revêt une importance non seulement pour le pays lui-même, mais aussi pour la région et pour la rivalité entre les grandes puissances dans cette zone, c'est-à-dire la rivalité entre les États-Unis et la Russie.