Lors de sa tournée au Moyen-Orient, le président américain Trump a rencontré le président syrien Ahmed al-Shara à Riyad, la capitale de l'Arabie saoudite. Qualifiant cette brève entrevue de formidable, Trump a déclaré à propos d'al-Shara : « C'est un homme jeune et séduisant. Un homme dur. Il a un passé solide. C'est un guerrier. » Alors qu'un président américain et un président syrien se rencontraient pour la première fois en 25 ans, Trump a appelé al-Shara à signer les Accords d'Abraham avec Israël.
Puisqu'il est nécessaire d'aborder le processus de « Turquie sans terrorisme », ou en d'autres termes le nouveau processus d'ouverture, en parallèle avec les développements en Syrie, il convient d'analyser sous plusieurs angles les propos élogieux du président américain à l'égard du président syrien.
Nous le savons, le nouveau régime en Syrie est dans une soumission totale envers les États-Unis et Israël. Il n'est capable ni de dire non à l'occupation par Israël de la zone tampon, au-delà même de l'occupation du plateau du Golan, ni de contester les bombardements fréquents sur le territoire syrien.
Alors qu'Israël encourage et incite constamment les Kurdes et les Druzes de Syrie à prendre des mesures vers l'indépendance, la Syrie ne pipe mot. Surtout, l'invitation des États-Unis à la Syrie pour signer les Accords d'Abraham est édifiante quant à la soumission et à l'impuissance de l'administration syrienne.
Rappelons-nous que Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Soudan et le Maroc sont les pays arabes ayant signé les Accords d'Abraham jusqu'à présent. Si la Syrie signe également, le processus sera probablement consolidé par la signature de l'Arabie saoudite.
Dans ce contexte, les propos tenus par Ahmed al-Shara peu après son entrée en fonction sont très importants : « La nouvelle Syrie ne constitue pas une menace pour Israël ».
Rafraîchissons-nous la mémoire : parmi les raisons pour lesquelles les États-Unis et leurs alliés se sont acharnés sur la Syrie, figurait la question de savoir par quel itinéraire les riches ressources énergétiques du Moyen-Orient seraient acheminées vers les marchés mondiaux. Car la Syrie s'opposait aux projets qui excluaient notamment l'Iran.
Ses relations avec la Russie étaient bonnes. Elle soutenait le Hamas en Palestine et le Hezbollah au Liban contre Israël. Une autre raison importante pour laquelle la Syrie a été prise pour cible était la tentative des États-Unis de saboter le projet « la Ceinture et la Route », porté par la Chine depuis 2013. Car la Syrie était importante dans ce cadre, tant par sa position au Moyen-Orient que par son littoral méditerranéen.
Rappelons qu'Israël souhaite également l'indépendance des Kurdes en Irak. Lorsque Barzani a organisé un référendum pour l'indépendance dans le nord de l'Irak en 2017, le message suivant était venu d'Israël : « Si vous déclarez votre indépendance, nous vous reconnaîtrons immédiatement ». Les relations étroites et profondes de la famille Barzani avec la CIA et le MOSSAD sont connues. L'un des premiers à avoir écrit sur ces relations est Uğur Mumcu.
Mumcu a traité ce sujet dans son article intitulé « MOSSAD et Barzani » (07.01.1993, Cumhuriyet) ainsi que dans de nombreux autres écrits.
Selon le plan d'Israël concernant les Kurdes d'Irak et de Syrie, grâce aux Kurdes des deux pays, l'Irak et la Syrie seront divisés. Un État kurde sous l'influence d'Israël sera établi. Une vive tension éclatera entre Kurdes et Arabes. L'État kurde gênera inévitablement beaucoup la Turquie et l'Iran.
Le plan d'Israël est ainsi fait, mais rien ne garantit que les organisations kurdes du nord de l'Irak et celles du nord de la Syrie ne se livreront pas à une lutte de pouvoir acharnée entre elles. Les États-Unis le savent très bien. C'est précisément pour cette raison que, depuis les années 1960, ils souhaitent que la Turquie prenne sous sa protection les Kurdes du Moyen-Orient. Ils suggèrent que la Turquie s'agrandisse en incluant les Kurdes du Moyen-Orient et qu'elle envisage, dans ce contexte, une fédération ou une confédération. Dans tous les cas, les États-Unis imposent à la Turquie le fédéralisme sur le féodalisme.
Alors qu'il est évident que les extensions de l'organisation terroriste PKK, qui n'a plus aucune influence en Turquie et s'est auto-dissoute, font de la politique en Turquie depuis des années, les États-Unis, en préparant le terrain pour que l'organisation terroriste PYD-YPG signe un accord avec Damas et s'organise comme un État dans l'État en Syrie, visent ceci : après le nord de l'Irak, établir une région autonome kurde dans le nord de la Syrie. Empêcher la Turquie, qui disait autrefois qu'un État kurde en Irak ou en Syrie serait un « casus belli », c'est-à-dire un motif de guerre, de s'opposer à la région autonome kurde dans le nord de la Syrie. Exactement comme elle a été empêchée de s'opposer à la région kurde en Irak, et a même été amenée à la soutenir.
En Turquie, l'infrastructure de cela est créée comme suit : aux islamistes et aux néo-ottomans, on dit : « La Turquie grandit, elle s'étend vers ses anciennes terres ».
Aux nationalistes, on dit : « La Turquie n'a pas été divisée, le Kurdistan n'a pas été fondé, nous mettons en œuvre le Pacte National (Misak-ı Milli) ».
Aux kurdistes et aux libéraux, on dit : « Après le nord de l'Irak, une région autonome kurde s'est formée dans le nord de la Syrie, soyez patients, dans quelque temps ils deviendront indépendants, le Kurdistan sera fondé, puis viendra le tour de l'Iran ».
Le côté amer de l'affaire est que, dans ce processus, les Turkmènes d'Irak et de Syrie ne sont même pas mentionnés, et la question de savoir quel pays sera le prochain après l'Iran n'est jamais posée.
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