D'une part, les événements survenus au sein du CHP ces derniers mois, les débats sur la nullité absolue, la purification et la fragmentation, et d'autre part, le sommet de l'OTAN qui se tiendra à Ankara le mois prochain, imposent de discuter de la politique sur un plan d'économie politique et idéologique. Cela va au-delà de la nécessité, cela devient une obligation.
Car tant que ce débat n'aura pas lieu, il sera impossible de comprendre les causes de la pauvreté, les conséquences des privatisations, les exigences d'une éducation éclairée, l'importance du service public dans la santé, les impasses de la politique étrangère et la corruption au sein de la société.
Mener ce débat est, avant tout et surtout, le devoir des républicains sur les plans politique, social, idéologique, de classe et culturel. C'est le devoir des républicains, des socialistes et des communistes qui savent mener des analyses politiques, économiques, de classe et de rapports de force.
Mais pour mener ce débat sur une base saine, il est impératif que les républicains et les gauchistes se libèrent de certaines ombres, de la facilité et des zones d'influence.
La première d'entre elles est l'ombre du CHP. Il faut souligner que se libérer de cette ombre et de cette influence soulagera aussi bien les républicains que les gauchistes.
Pour se libérer de cette ombre, il faut commencer par souligner que le débat actuel au sein du CHP n'a aucun fondement idéologique et que les forces opposées au sein du parti ne présentent aucune différence sur le plan de l'économie politique, du positionnement contre l'impérialisme, du regard porté sur les États-Unis, l'OTAN et l'UE, ou de l'interprétation des « Six Flèches », qui sont le résumé et le symbole de la Révolution républicaine.
Rappelons-nous : Özel, le président élu du CHP, était le vice-président du groupe parlementaire de Kılıçdaroğlu, le président nommé. Il a suivi son enseignement. Kılıçdaroğlu est celui qui a ouvert la voie politique à tous ceux dont il se plaint aujourd'hui, qu'il a exclus ou qu'il a tenté de « purifier ». Il a soutenu ceux qu'il qualifie aujourd'hui de Brutus, ceux qu'il a implicitement traités de voleurs, en les faisant élire députés ou maires.
Aujourd'hui, tous ceux que Kılıçdaroğlu a exclus du parti n'ont pas construit leur carrière politique avec İsmet İnönü ou Bülent Ecevit, ni avec Deniz Baykal ou Altan Öymen, mais avec Kılıçdaroğlu. Dans les deux camps, on trouve des ethnicistes, des confessionnalistes et des républicains de façade. Les deux camps défendent une politique étrangère pro-atlantiste. Les deux camps sont fermement attachés aux dogmes des États-Unis, de l'OTAN et de l'UE. Kılıçdaroğlu, qui se disait « Kemal le Dersimli, Kemal le révolutionnaire » lors de sa première élection à la présidence, a prouvé à quel point il était « révolutionnaire » au cours de ses 13 années de présidence, par exemple en proposant la candidature d'Ekmeleddin İhsanoğlu à la présidence ou en distribuant généreusement des sièges de députés lors de la « table des six ».
Aujourd'hui encore, objectivement et factuellement, il remplit la même fonction. Chaque fois que Kılıçdaroğlu évoque les racines historiques du CHP, on pense immédiatement à Mehmet Bekaroğlu, issu du Milli Görüş, à Hüseyin Aygün, issu de l'EMEP, à Yüksel Taşkın, auteur d'un article affirmant que le kémalisme est du fascisme, ou à Orhan Sarıbal, qui a laissé entendre qu'Atatürk était un dictateur et un massacreur. Les choix de Kılıçdaroğlu montrent que le révolutionnarisme n'a rien à voir avec le « dersimisme », qu'ils sont au contraire opposés, et qu'il est impossible de concilier conscience politique et féodalisme.
La deuxième ombre est celle du DEM Parti. En réalité, il n'est pas nécessaire de faire beaucoup d'efforts pour se libérer de cette ombre. Il suffit de comprendre ce qu'est la politique identitaire, qui est un instrument de l'impérialisme, et de voir au service de qui travaille l'organisation terroriste PKK, un autre instrument de l'impérialisme. La loyauté du DEM Parti envers l'impérialisme américain, outre le grand nombre de ses membres qui déclarent « avoir demandé un rôle aux États-Unis dans la résolution de la question kurde », ainsi que son comportement de partenaire de fait de l'Alliance populaire lors du nouveau processus d'ouverture, sont évidemment remarquables. Il est important de se libérer de la tutelle de ce parti raciste, réactionnaire et ethniciste qui ne mentionne jamais les concepts de classe, de travail, d'égalité, d'illumination, d'indépendance ou de lutte contre l'impérialisme.
La troisième ombre, étroitement liée à la deuxième, est celle de la politique identitaire. Il est impératif de se débarrasser de cette ignorance qui prend l'ethnicisme pour du marxisme, le confessionnalisme pour du communisme et le régionalisme pour du socialisme. Il faut insister, faire comprendre et enseigner que le fait d'être de gauche, révolutionnaire, patriote ou républicain n'a rien à voir avec le lieu de naissance, ni avec la confession ou l'identité ethnique reçue de ses parents. Car en tant que républicain ou gauchiste, il ne faut pas aborder les sujets et les problèmes avec des prismes comme le regard du Kurde, la parole de l'Alévi, la fenêtre du Dersimli, la voix du Laz ou du Circassien, l'angle de vue du Chiite ou du Sunnite, ni avec des appartenances ou des identités héritées du féodalisme ou du Moyen Âge, mais avec une identité de citoyen et une perspective de classe. Tout comme il est impossible de faire de Saidi Nursi un pionnier de la démocratie ou de Cheikh Saïd un leader d'ONG, il faut affirmer avec la même cohérence, la même détermination et le même courage qu'il est impossible de faire de Seyit Rıza un leader socialiste. Il ne faut jamais oublier qu'au sein d'une République, il n'y a pas d'infirmière alévie, de syndicaliste kurde, de médecin sunnite ou d'ingénieur de Kastamonu, mais des citoyens qui fournissent ou reçoivent un service public, et il faut souligner avec force l'identité de travailleur et la conscience de classe.
La quatrième ombre est celle des libéraux de gauche et des républicains de façade. Ces individus sont très influents en politique ; ils disposent d'une vaste zone d'influence allant de l'AKP au CHP, du DEM Parti aux organisations professionnelles, barreaux, syndicats, ordres des médecins et universités. Ils sont composés d'amoureux des États-Unis et de l'UE. Ils disent « Japonais » pour un Japonais, « Russe » pour un Russe, « Français » pour un Français, mais ils ne peuvent pas dire « Turc » pour un Turc. Dans leur dictionnaire, il y a la langue et la littérature anglaises, mais pas la langue et la littérature turques. Ils disent « littérature turque » (en utilisant le terme *Türkçe*), ils disent « littérature de Turquie » (*Türkiyeli*). Dans leur langage, il y a le cinéma iranien, mais pas le cinéma turc. Ils disent « cinéma de Turquie ». Ils sont peu nombreux, mais leur influence est grande. Par le passé, ils étaient très présents dans les journaux *Yeni Yüzyıl*, *Yeni Binyıl*, *Radikal* et dans le journal *Taraf*, organe de presse du FETÖ. Les éditions *İletişim* et la revue *Birikim* se distinguent comme les fleurons de ce camp.
En résumé, il est nécessaire de se libérer de ces ombres, de ces zones d'influence et de ces tutelles, sans jamais oublier que ceux qui luttent en premier lieu et en première ligne contre ceux qui veulent faire passer la Turquie du féodalisme au fédéralisme sont les républicains. Pour y parvenir, une conscience conceptuelle, une clarté idéologique et une cohérence politique sont indispensables. Concrètement, il faut commencer par expliquer ce qu'est l'OTAN, l'appareil d'agression et d'occupation de l'impérialisme américain.
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