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Le problème des présomptions et du sérieux dans la lutte contre la drogue

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Dans le cadre d'une affaire concernant le crime de fabrication et de trafic de stupéfiants, j'ai été amené à rencontrer plusieurs de nos policiers qui luttent contre ce fléau. 

Le dévouement avec lequel nos policiers mènent ce combat m'a beaucoup touché. 

Lorsque je leur ai demandé leurs propositions de solutions à ce sujet, cela m'a plongé dans une profonde réflexion. 

Dans le cas du crime de fabrication et de trafic de stupéfiants, il n'est pas toujours facile de prendre l'individu en flagrant délit. Il peut exister certains indices suggérant que la personne fabrique de la drogue. Par exemple, une balance de précision, une grande quantité d'acétone, du tabac, du papier à rouler...

Cependant, à mon avis, aucun de ces indices n'est suffisant. Après tout, en raison du coût de la vie, les gens roulent leurs propres cigarettes. L'acétone est présente dans le foyer de nombreuses personnes. Une balance de précision peut également être utilisée pour de multiples raisons. En réalité, tous ces objets peuvent être présents dans une même maison à des fins totalement étrangères à la drogue, et c'est d'ailleurs souvent le cas. Par conséquent, leur présence ne constitue pas une présomption de fabrication de stupéfiants. 

Pourtant, dans la pratique, en raison de la simple présence de ces éléments, nos juges, confortés par le fait que la fabrication et le trafic de stupéfiants figurent parmi les crimes catalogués, peuvent ordonner la détention provisoire en se fondant sur l'existence d'une « forte présomption de culpabilité ». Cela conduit à une restriction disproportionnée et excessive des libertés. 

D'un autre côté, la drogue circule librement dans les rues. Toutes les parties concernées, nos policiers et le personnel judiciaire, sont témoins de l'accès rapide et facile aux stupéfiants. Les familles, les membres de la magistrature et les forces de sécurité en sont préoccupés. Ce malaise doit évidemment être dissipé. Toutefois, pour y parvenir, une politique pénale intelligente doit être mise en place. Les lois et les pratiques doivent être adaptées à cette politique pénale. 

Si l'objectif est de lutter contre la consommation, la fabrication et le trafic de drogue, il faut recourir à des solutions plus radicales et systématiques. Un soutien psychologique, social et économique solide doit être apporté aux consommateurs de drogue. De cette manière, il convient de tirer parti de la coopération des personnes consommant des substances stupéfiantes. Au lieu de traquer un par un les éléments les plus infimes de la fabrication et du trafic de drogue au risque de compromettre les droits et libertés, il faut remonter la piste du trafic des substances actives utilisées dans la fabrication, traiter sérieusement la question des ressources humaines impliquées dans la fabrication et le trafic de drogue, et leur offrir une véritable vie sociale. 

Tenter de lutter contre la fabrication et le trafic de stupéfiants en se basant sur l'acétone, les balances de précision, le tabac et le papier à rouler revient à essayer de prévenir les guerres en traquant les couteaux de cuisine.

Soyons sérieux. Sans toucher aux barons de la drogue, sans cibler les propriétaires mondiaux, régionaux et nationaux de la drogue, nous n'avons aucune chance de réussir. De cette façon, nous ne faisons que soulager notre conscience. Et, par la même occasion, nous faisons travailler inutilement le trio composé des forces de l'ordre, des tribunaux et des avocats. 

Nous devons assécher le marécage. Sinon, nous passerons nos journées à chasser les mouches.