L'Assemblée générale des Nations Unies a voté la semaine dernière une résolution exigeant un « cessez-le-feu humanitaire » à Gaza. Sur les 193 membres de l'assemblée, 153 ont voté pour, et si l'on ne compte pas les 23 abstentions, seuls 10 pays ont voté contre. Deux de ces dix pays ayant voté contre étaient, comme on pouvait s'y attendre, Israël et les États-Unis. Il n'y avait certes rien de surprenant à ce qu'Israël vote contre. Les regards étaient davantage tournés vers ce que feraient les autres pays. Surtout les États-Unis…
Pour ceux qui critiquent la politique étrangère américaine, une telle position de la part des États-Unis n'est guère inattendue. Néanmoins, les déclarations de l'administration de Joe Biden, qui cherche depuis quelque temps à fixer des limites à Israël, ont suscité l'espoir que les États-Unis pourraient adopter une position plus claire. Certaines déclarations et actions, telles que la déclaration de la vice-présidente Kamala Harris selon laquelle « trop de Palestiniens ont été tués », ainsi que la visite infructueuse du conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan, dont nous avons souvent relayé les opinions dans cette chronique, visant à suggérer à Israël de « rendre ses opérations contre le Hamas plus ciblées », ont renforcé cette attente. Pourtant, comme cela a été traité précédemment dans cette chronique, ces éléments découlaient des contradictions internes de l'administration Biden.
En effet, Biden a fait, toujours la semaine dernière, l'une de ses déclarations les plus claires semblant fixer des limites à Israël, en affirmant que « les bombardements aveugles commencent à coûter à Israël son soutien dans le monde entier ». Selon lui, « Bibi » — il a ressenti le besoin de souligner sa proximité avec Benjamin Netanyahu en utilisant son surnom — « doit prendre une décision ferme » : « Je pense qu'il doit changer, et avec ce gouvernement, ce gouvernement en Israël, il lui est très difficile de bouger. »
Biden a utilisé ici le verbe « change » (changer), peut-être sciemment ou peut-être pas, d'une manière qui pourrait signifier à la fois que Netanyahu doit changer lui-même et qu'il doit changer son gouvernement. C'est pourquoi, notamment dans les milieux républicains, certains ont interprété cela comme une ingérence dans les affaires intérieures d'Israël.
Cependant, cette déclaration de Biden a été faite le jour même où le représentant américain levait la main pour voter « non » à la résolution exigeant un cessez-le-feu à l'Assemblée générale de l'ONU. En réalité, il ne pouvait guère en être autrement pour les États-Unis. Alors que les États-Unis s'efforcent de donner l'impression d'être une puissance qui fixe des limites à Israël — bien que Netanyahu terrorise constamment cette impression — voter en faveur d'une résolution contre Israël à l'Assemblée générale de l'ONU aurait donné l'image d'un pays incapable de se faire entendre par Israël autrement et cherchant à transmettre des messages par le biais d'autres plateformes.
D'ailleurs, leur position lors du vote de l'Assemblée générale était déjà connue quelques jours auparavant, lors du vote au Conseil de sécurité de l'ONU sur le projet de résolution présenté par le Secrétaire général Antonio Guterres en vertu de l'article 99 de la Charte des Nations Unies. L'appel au cessez-le-feu, inscrit à l'ordre du jour du Conseil de sécurité par Guterres dans le cadre du pouvoir conféré aux Secrétaires généraux de l'ONU par cet article de soulever les « menaces pour la paix et la sécurité internationales », n'avait été opposé que par le veto des États-Unis.
Les responsables américains, y compris Sullivan dont j'ai souvent relayé les opinions, se plaignent que des questions brûlantes comme la question palestinienne soient « exploitées » par des puissances que les États-Unis qualifient d'« adversaires », en s'appuyant sur les allégations selon lesquelles l'ordre international dirigé par les États-Unis ne parvient pas à assurer la paix internationale. Les observateurs américains, quant à eux, soutiennent que si les États-Unis avertissent Israël qu'il est confronté à la menace d'un isolement croissant dans le monde, le maintien inébranlable de leur soutien à Israël expose essentiellement les États-Unis eux-mêmes à la menace d'un isolement croissant sur la scène mondiale.
En revanche, on observe également que les responsables américains sont sereins. Ils expriment cette sérénité par le fait que leur coopération avec les pays qui se plaignent n'a pas été affectée dans d'autres domaines ou sujets. Ils vont même jusqu'à affirmer que le soutien continu à Israël montre à quel point les États-Unis sont déterminés à protéger même leurs alliés les moins populaires. D'autre part, ils estiment que les plaintes ou les objections émanant des dirigeants du monde arabe découlent davantage du besoin d'apaiser leur propre opinion publique, ce qui n'est pas tout à fait faux.
Néanmoins, ils prouvent de plus en plus à quel point ils ont raison sur le sujet dont ils se plaignent, à quel point l'ordre international dirigé par les États-Unis est incapable d'assurer ou de maintenir la paix internationale, et au contraire, à quel point il rend les problèmes internationaux plus profonds et insolubles au nom du maintien de l'équilibre international en faveur des États-Unis. Dans cet état, ils sont peut-être à l'aise pour le moment, mais à moyen et long terme, ils auront de plus en plus de mal à générer un consentement à l'échelle internationale pour l'ordre international dirigé par les États-Unis. Biden, comme Barack Obama dont il a été le vice-président, utilise le mot « changement », mais cela ne semble pas se limiter à Netanyahu ou à son gouvernement qui doivent changer. Le besoin de changement dans le monde ne s'était pas fait sentir avec autant d'acuité depuis longtemps. De la structure de l'ONU à l'ordre international et au système capitaliste mondial sur lequel il repose…
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