Selon Atatürk, le seul moyen d'assurer l'indépendance économique et de rendre le trésor public fiable, tant au niveau national qu'international, est de garantir l'équilibre budgétaire annuel. En conséquence, les dépenses ordinaires de l'État doivent être couvertes par ses revenus ordinaires, sans recourir à l'emprunt intérieur ou extérieur.
Dans un autre discours prononcé en 1933, Atatürk exprime qu'il considère l'équilibre budgétaire comme une garantie pour la survie de l'État. « Je crois que votre haute assemblée accordera une importance particulière à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger et assurer l'équilibre budgétaire. Le fait que la Grande Assemblée nationale de Turquie, consciente des innombrables inconvénients d'un budget déficitaire, soit fermement résolue à assurer un budget équilibré, constitue une grande garantie pour la politique financière et même générale de l'État. » İsmet İnönü, qui a présidé le gouvernement de la République de Turquie pendant quatre mandats jusqu'en 1930, a quant à lui déclaré dans ses mémoires que l'équilibre budgétaire était une nécessité et qu'il n'existait aucun autre moyen de financement que les impôts. Pour cette raison, il a souligné qu'il fallait empêcher l'habitude de dépasser les crédits alloués, modifier la méthode de clôture des comptes budgétaires et qu'il n'y avait pas d'autre solution que d'exercer une pression sur les dépenses pour maintenir l'équilibre. Alors que les revenus budgétaires étaient supérieurs aux dépenses entre 1923 et 1929, le principe d'un budget excédentaire et équilibré a été maintenu entre 1930 et 1938, à l'exception de 1929. En examinant les données de la période concernée, on constate que les budgets de 1923-1929 étaient excédentaires chaque année, tandis que pour la période 1930-1938, le budget de 1930 ainsi que ceux de 1936 et des années suivantes étaient excédentaires, le budget de 1933 était équilibré et celui de 1929 était déficitaire.
Le déficit budgétaire est apparu principalement pour deux raisons : la première est l'impact de la crise, et la seconde est liée aux investissements publics réalisés conformément au principe de l'étatisme. Bien qu'il soit devenu très difficile d'établir un budget équilibré dans un contexte de crise, cet objectif n'a pas été abandonné, car l'équilibre budgétaire était perçu comme le fondement de l'indépendance financière et de la souveraineté.
Atatürk considérait l'inflation comme l'un des problèmes les plus graves auxquels l'économie d'un pays puisse être confrontée ; conscient de ses effets négatifs, il a toujours évité l'émission monétaire. Le montant de l'émission jusqu'en 1938 est resté limité à 10 millions de TL. De même, il n'existe aucun autre exemple de pays ayant traversé une guerre d'indépendance sans subir d'inflation. En ce sens, l'importance qu'Atatürk accordait à la protection de l'économie nationale contre l'inflation est clairement démontrée. En 1931, le « Principe du budget équilibré » a été intégré au programme du Parti républicain du peuple. Avec la crise, alors que le pouvoir d'achat de la population diminuait parallèlement aux revenus, les crédits initiaux des budgets ont été réduits, mais les réalisations budgétaires ont largement dépassé ces crédits. Les budgets ne peuvent pas être réduits dans les faits, c'est pourquoi la part des dépenses et des revenus budgétaires dans le PIB augmente. Alors que toutes les mesures visant à réduire les dépenses sont prises, on constate que les dépenses atteignent une limite incompressible. Il n'est jugé approprié ni de réduire les dépenses de l'État, ni de laisser les revenus diminuer sans prendre de mesures. En 1933, l'objectif de la politique de budget équilibré est atteint. L'État est renforcé, le système financier et l'ordre monétaire sont établis, un budget équilibré est assuré sur la base des ressources propres et les déficits commerciaux extérieurs sont comblés. La Turquie démontre au monde entier sa puissance politique et sa détermination, tant par les politiques qu'elle a suivies que par les résultats obtenus.
Si l'on évalue la période 1930-1938 dans son ensemble, alors que l'économie mondiale était aux prises avec les effets de la crise et que celle-ci entraînait la plupart des pays sous-développés dans la dépression, il est possible d'affirmer que la Turquie a réussi à rester en marge de la crise dans une certaine mesure et a franchi des étapes importantes en matière d'industrialisation. Elle y est parvenue à la lumière d'une politique économique aussi fermée que possible sur l'extérieur et accompagnée des efforts de l'État pour planifier les investissements des entreprises industrielles.
Prof. Dr. Duran BÜLBÜL
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