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À l'aube de la nouvelle année législative…

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La 3e année législative de la 28e législature de la Grande Assemblée nationale de Turquie a débuté hier.

L'événement marquant de cette ouverture a été la décision du groupe parlementaire du CHP de se lever lors de l'entrée du président Erdoğan pour son discours, une initiative validée par le comité exécutif central (MYK) du parti. Bien que ce sujet ne soit pas le cœur de cet article, je souhaite ouvrir une parenthèse à ce propos.

Au Parlement, la première action de protestation contre un président a été menée par le groupe du Parti démocrate (DP). Lorsque la 8e législature de la Grande Assemblée nationale de Turquie a débuté, nous étions le 1er novembre 1946. Alors que le président İsmet İnönü se présentait à l'Assemblée pour prononcer son discours d'ouverture, les députés du Parti démocrate avaient protesté en restant assis. Le président İsmet İnönü avait alors prononcé un discours rassembleur, soulignant que le passage au multipartisme s'opérait non seulement au sein de l'Assemblée mais aussi dans les administrations locales, et que l'hostilité entre les deux partis devait désormais cesser (Toker, 1991 : 154). Fait intéressant, le 22 mai 1950, lors de l'entrée du président Celâl Bayar à l'assemblée générale, le groupe du Parti démocrate est resté assis. Cependant, cette fois-ci, ils ont applaudi Bayar tout en restant assis. Le groupe du CHP, quant à lui, s'est levé au nom des traditions de l'État, mais n'a pas applaudi Bayar.

Le 20 octobre 1989, le leader du DYP, Süleyman Demirel, et le leader du SHP, Erdal İnönü, n'ont pas assisté à la cérémonie de prestation de serment du président Turgut Özal au Parlement. En 1993, le groupe du Parti de la prospérité (Refah Partisi) n'a pas assisté à la cérémonie de prestation de serment du président Süleyman Demirel, tandis qu'en 2007, le groupe du CHP a boycotté celle du président Abdullah Gül. Cette opposition entre les partis, née avec le passage au multipartisme dans la politique turque, s'est transformée en une véritable tradition qui a perduré pendant des années. Et aujourd'hui, alors que le calendrier affiche octobre 2024, le président du CHP, Özgür Özel, a décidé de rompre avec cette tradition de protestation. Dans sa déclaration à la sortie du Parlement, il a affirmé que la normalisation était bénéfique tant pour le pays que pour le parti, laissant entendre qu'il poursuivrait dans cette voie dans les jours à venir. Outre ce développement, les poignées de main entre les leaders et les relations chaleureuses entre les groupes parlementaires ont été un autre élément notable. Nous verrons comment cette « chaleur » se reflétera sur la politique. Fermons pour l'instant cette parenthèse, que nous approfondirons dans de prochains articles.

Sur les 42 minutes du discours d'ouverture prononcé par le président Erdoğan au Parlement, 17 minutes ont été consacrées au triangle Gaza-Liban-Israël, environ 10 minutes à la nouvelle Constitution, et le reste à l'économie. Si l'on examine ces trois sujets, on peut dire que la nouvelle Constitution pourrait occuper une place prépondérante dans l'agenda de l'AKP pour la période à venir. Mais quel genre de changement le pouvoir entend-il par « nouvelle Constitution » ?

Nous savons que 119 articles de la Constitution de 1982, rédigée après le coup d'État de 1980, ont été modifiés. Il est évident que la question ne porte pas tant sur le contenu global de la Constitution que sur certains articles spécifiques que l'on souhaite modifier. Parmi ces articles, il y a probablement des points concernant le système électoral. Le seuil de 50+1, la candidature et l'élection du président pourraient figurer parmi ces sujets. D'autre part, ils ont déclaré ne pas avoir l'intention de modifier les quatre premiers articles. Cependant, cela ne signifie pas qu'ils n'ont pas de telles intentions concernant le préambule de cette Constitution.

Pour le CHP, s'associer à une telle tentative de rédaction constitutionnelle pourrait engendrer de graves problèmes en termes de consolidation de l'opposition, tout en risquant de mener le parti vers une période électorale où il aurait du mal à s'exprimer. Je crains que le message selon lequel la normalisation se poursuivra ne soit aussi le signe d'une possible présence du CHP dans le processus de la nouvelle Constitution. Attendons de voir.

Sources

Toker, M. (1991). Demokrat Parti'nin Altın Yılları 1950-1954. İstanbul: Bilgi Yayınevi.

https://www.milliyet.com.tr/gundem/protesto-gelenegini-inonu-nun-yemininde-dp-li-vekiller-baslatti-1931397