Kızıl Goncalar est une série où l'on se perd dans un royaume de symboles. Des lieux sombres éclairés jour et nuit à la bougie, des tissus et des vêtements aux mille nuances de café, une atmosphère toujours crépusculaire, toujours lugubre, et des scènes constamment marquées par le traumatisme…
Je ne me souviens plus de la dernière série que j'ai regardée. Kızıl Goncalar est une production qui m'a tenue en haleine devant l'écran après une longue période. Bien qu'elle soit perçue comme similaire à « Bir Başkadır » et « Kızılcık Şerbeti », qui traitent de la polarisation et du conflit entre laïcs et religieux, ainsi que de la nécessité de l'empathie, elle occupe une place à part grâce à ses messages et à son symbolisme intense.
Elle se rapproche davantage de la catégorie de « Kurtlar Vadisi », qui, à l'époque de sa diffusion, donnait des indices sur la politique turque, l'État profond, la mafia et les luttes de pouvoir. En somme, on peut dire que c'est bien plus qu'une simple série.
Lorsque nous examinons la carte mentale de la série, nous constatons que les principaux acteurs de la politique turque sont incarnés par des personnages hautement symboliques : le grand-père malade et grincheux nostalgique du 28 février, sa fille « oui mais » qu'il considère comme une traîtresse et avec qui il est resté fâché pendant des années, le couple de médecins dont l'identité laïque est mise en avant et qui a retenu un bébé de manière irrégulière, leur fille laïque prête à se rebeller ou à dévier du droit chemin à tout moment, le jeune guide spirituel philosophe, le père sombre de ce dernier, l'oncle devenu un coffre-fort à secrets pour maintenir la confrérie à flot, la jeune fille conservatrice qui lutte à bout de souffle entre le destin d'enfant mariée et le désir d'éducation, sa mère qui se démène pour que sa fille puisse étudier, son père incarnant l'oppression et la méchanceté, et bien sûr, l'incontournable homme mystérieux, présent dans les relations des deux groupes, intervenant, toujours attablé au même café devant un jeu de backgammon, informé des méandres de l'État profond et en mission.
Bien que la guerre entre ces personnages, devenus les pions d'un jeu sur un échiquier, ralentisse parfois le rythme, la série parvient globalement à garder le spectateur captivé devant son écran.
Les vies des femmes et le destin de la géographie se croisent comme les lignes de la paume de la main… L'histoire de la mère, Meryem, rappelle dès le premier instant celle de Betty Mahmoody, partie des États-Unis pour un court voyage en Iran et luttant pour revenir avec sa fille après avoir été retenue en otage par son mari.
L'histoire de vie de Mahmoody a été adaptée au cinéma sous le titre « Jamais sans ma fille » et avait suscité un grand intérêt lors de sa sortie. Le duo Meryem-Zeynep ressemble à une micro-adaptation de ce film...
La lutte la plus réaliste de la série est celle de cette mère et de sa fille. Cela se voit au fait qu'elle rappelle une histoire vécue. Un autre personnage de la série se distingue des autres par sa forme mystique, imaginaire et éthérée. Le chef de la confrérie, appelé « Efendi Hazretleri » ou « mürşid efendi », n'apparaît jamais ; il est symbolisé par un rituel où ceux qui viennent à sa porte touchent la porte, embrassent leur main et la portent à leur front pour marquer leur respect et leur allégeance.
Son corps est inconnu, invisible. Une telle sainteté lui est attribuée... On ne s'en étonne pas en regardant, car on est submergé de symboles... Après tout, la politique turque nous a bien appris que les gens et les événements ne se limitent pas à ce que l'on voit. À tel point que l'on ne s'étonne même pas de la rencontre entre un universitaire partisan du 28 février et un cheikh de confrérie... De quoi ont-ils bien pu discuter ? Enfin, passons.
En fin de compte, il s'agit d'un portrait complet de la Turquie, dont la structure générale repose sur l'opposition séculaire entre confréries et laïcité — à l'image du titre du livre d'Uğur Mumcu : l'engrenage confrérie-commerce-politique. De plus, la partie invisible est plus importante que la partie visible... Cela reste à la discrétion de votre imagination. Même dans le poème récité par Cüneyd, le guide spirituel au profil de philosophe, l'accent est mis non pas sur l'objet lui-même mais sur l'effet qu'il produit, non pas sur le corps visible mais sur la valeur qu'il porte : « Ceux qui me regardent / voient mon corps / je suis ailleurs / ceux qui m'enterrent / enterrent mon corps / je suis ailleurs ».
Dans cette série, on ne se lasse pas du symbolisme. Cela continue jusqu'au bout... Les dialogues entre le docteur Levent et le guide Cüneyd, agrémentés de citations tantôt de Dostoïevski, tantôt de Nietzsche, tantôt de George Orwell, mettent en débat le soufisme et la science. Selon la fenêtre par laquelle le spectateur regarde, c'est celui de son propre camp qui remporte le débat. Le docteur Levent aime citer Atatürk, quel que soit le sujet. Pourtant, une telle réalité n'existe pas. Une telle habitude ou pratique n'existe pas non plus. Mais peu importe, tous les spectateurs sont satisfaits.
Une série qui fait dire au camp laïc « de tels mondes existent aussi » et au camp conservateur « ce n'est pas à ce point-là », une œuvre où chacun apprend quelque chose, se remet en question, s'éloigne de l'influence magnétique de son propre pôle pour s'approcher de son opposé, fusionner et s'apaiser. Le docteur Levent, qui commet l'un des plus grands péchés du scénario en s'emparant du bébé, gagne le cœur des conservateurs en se démenant pour Cüneyd Efendi, qui lutte contre des troubles psychiques, montant presque la garde auprès de lui. Est-ce seulement cela ? Bien sûr que non... Il y a aussi la possibilité que ce jeune et beau médecin s'éprenne de Meryem, membre de la confrérie. Cette simple éventualité rend possible l'impossible.
Une rencontre qui coïncide avec les jours où la politique turque traverse des douleurs de normalisation. Est-ce une coïncidence, un destin ou autre chose, nous ne saurions le dire. Du moins, pour l'instant...
En guise de conclusion, l'épisode diffusé avant la pause saisonnière a marqué un grand saut vers le surréalisme après tant de symbolisme. Un groupe d'hommes, ressemblant à des rebelles ayant fui le désert égyptien, encercle la loge avec des bâtons et des couteaux ; ils portent tous un tatouage sur le front et ne reculent devant rien : couper des bras, malmener un sage ou prendre des filles en otage au sein même de la loge. Une véritable insurrection...
Je pense que le message transmis est que l'obscurantisme n'a ni limites ni fin. Bien que le dernier épisode ait largement repoussé les frontières de la réalité, le fait que les membres de la confrérie inscrivent leurs filles à des examens externes pour obtenir un diplôme tombe sur nous comme des gouttes de pluie rafraîchissantes au milieu de ce chaos de messages élevés... Si cette série a pu influencer positivement une personne, un père qui hésitait à laisser sa fille étudier, alors tant mieux.
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