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La stratégie de l'AKP

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La Turquie, après les élections locales, est secouée par un intense trafic de rencontres entre les dirigeants politiques. Les répercussions des entretiens, notamment ceux entre le président du Parti républicain du peuple (CHP), Özgür Özel, et le président de l'AKP et chef de l'État, Recep Tayyip Erdoğan, sont devenues le sujet numéro un de l'agenda politique turc. La visite effectuée par le président Erdoğan au siège du CHP, une première en 18 ans, a suscité une vive curiosité, allant de l'attitude des dirigeants à leurs sièges, en passant par le tableau accroché au mur ou encore ce qu'ils ont mangé et bu.

Il faut d'abord rappeler que l'histoire démocratique de la Turquie est riche de souvenirs politiques où des dirigeants rivaux ont pu se rencontrer, échanger et même débattre lors d'émissions télévisées à différentes époques. Sous le gouvernement de l'AKP, ces rencontres, ces échanges et ces débats télévisés avaient laissé place à la polarisation, à l'exclusion, voire à l'hostilité. Au-delà des dirigeants, même les députés de la majorité ne participaient plus à des débats contradictoires.

Un pouvoir aussi isolé a fini par se couper du peuple et de ses problèmes réels, se transformant en une structure hautaine. Si l'on observe l'attitude actuelle, on peut dire que le président Erdoğan, ayant perdu le pouvoir local lors des élections de 2024, a compris grâce à son expérience politique qu'il devait changer de méthode et a élaboré une nouvelle stratégie.

En tant qu'opinion publique d'opposition, nous avons l'habitude d'analyser les questions sous l'angle de l'opposition et du CHP ; nous passons donc parfois à côté de ce que ces développements signifient pour le président de l'AKP, Erdoğan, de ses objectifs et de la manière dont cette stratégie va évoluer. Après que la première proposition de rencontre est venue du président du CHP, M. Özel, le président Erdoğan a élargi ces entretiens au-delà du CHP, les transformant en une stratégie étendue à différents segments de la société. Bien que ce soit M. Özel qui ait lancé le jeu, il est clair qu'Erdoğan aspire à être celui qui décide de la suite des événements.

On peut affirmer qu'Erdoğan a pris conscience qu'après les élections locales, la structure actuelle de l'Alliance populaire ne suffit plus pour rester au pouvoir et que cette alliance doit impérativement être élargie. Il est évident que cette stratégie d'élargissement ne se limite pas aux partis. Il s'agit avant tout d'adoucir l'« anti-erdoganisme » présent dans le camp de l'opposition et, si possible, de rencontrer et de discuter avec des figures politiques de premier plan de l'opposition. Les rencontres ayant eu lieu jusqu'à présent — notamment celle avec le président du CHP Özgür Özel, celle présumée avec l'ancien président Abdullah Gül avant le 31e camp d'évaluation et de consultation de l'AKP, celle annoncée avec Ayşe Ateş, l'épouse de Sinan Ateş assassiné, et celle avec l'ancienne présidente du Bon Parti (İYİ Parti), Meral Akşener — peuvent être considérées comme les prémices d'autres entretiens avec des personnalités importantes d'autres horizons dans les jours à venir.

Il est évident que l'AKP, qui aurait besoin d'une élection anticipée pour permettre une nouvelle candidature du président Erdoğan — alors que le scrutin devrait normalement avoir lieu en 2028 —, a besoin de ces négociations pour atteindre la majorité parlementaire nécessaire, que ce soit pour une nouvelle Constitution ou pour décider d'une élection anticipée.

Nous entrons dans un nouveau processus où, en attendant que l'économie se redresse un peu et que l'AKP se prépare à une éventuelle élection, un climat plus apaisé sera instauré, tandis que les transferts parlementaires se multiplieront et que des personnalités que l'on pensait ne jamais se parler se rencontreront. Il est bon de garder à l'esprit qu'Erdoğan, un dirigeant focalisé sur la victoire électorale et le maintien au pouvoir, est un maître en la matière. Le CHP, de son côté, ne doit pas oublier que s'il peut transformer ce processus en avantage en obtenant la résolution de certains problèmes importants, il court aussi le risque de conduire la Turquie vers une situation sans opposition si une certaine ligne est franchie. Jusqu'à présent, on peut dire que l'équilibre entre négociation et lutte est bien maintenu. Un résultat positif de ces rencontres pour le CHP est également de donner aux fonctionnaires honnêtes travaillant dans l'État le sentiment qu'ils pourront continuer à exercer leurs fonctions en cas d'une éventuelle arrivée au pouvoir du CHP.

Enfin, puisque nous avons rappelé que l'histoire politique turque a connu de nombreuses rencontres entre dirigeants, maintenant que nous « normalisons », ce ne serait pas une mauvaise idée de voir les chefs de partis débattre lors d'une émission télévisée, n'est-ce pas ? Qu'en dites-vous ?