C'est une recommandation que nous entendons depuis des années de la part des médecins : « Pour votre santé, évitez les trois blancs : la farine, le sucre et le sel ». Tout comme le corps humain doit se tenir à l'écart de certains aliments dangereux, d'un mode de vie malsain, du stress et de la pollution pour rester en bonne santé, les partis politiques doivent, dans certains cas, éviter certaines polémiques pour réussir. Dans ce contexte, nous pouvons énumérer les 3 « A » dont le Parti républicain du peuple (CHP) doit se tenir à l'écart pour sa santé politique : les débats clivants, les débats sur les candidatures et les débats sur la Constitution.
Commençons par les débats clivants, si vous le voulez bien. Si l'on examine la loi sur les partis politiques en Turquie, le changement de président lors d'un congrès n'est pas une situation très courante. On peut dire que le poids, l'influence et le pouvoir décisionnel des présidents au sein des partis politiques atteignent un niveau quasi divin. Imaginez que vous puissiez prendre un stylo et décider qui sera député ou candidat à la mairie dans les 81 provinces. L'opinion publique turque devrait débattre de la loi sur les partis politiques autant qu'elle débat des pouvoirs attribués à l'« homme seul » engendrés par le système présidentiel. Dans ce cadre, la méthode la plus démocratique semble être la désignation des députés et des maires par des élections primaires avec les membres ou par un bulletin de vote préférentiel proposé aux citoyens. Force est de constater que la démocratisation interne au parti n'est pas privilégiée, car elle réduirait l'hégémonie du président au sein des partis politiques.
Malgré cette structure oligarchique de la loi, le Parti républicain du peuple est l'un des partis au sein du système politique turc où la démocratie interne fonctionne relativement bien. Peut-être en raison d'une différence née du changement de président lors du congrès, le parti s'est transformé, après la défaite électorale de 2023, en une formation dotée de multiples centres de pouvoir, avec son nouveau président sorti victorieux des élections locales et des maires devenus de puissants leaders politiques. Cette situation montre certes que l'espoir concernant l'avenir de la Turquie, les ressources humaines et les cadres solides existent au sein du Parti républicain du peuple, mais elle laisse également présager un processus d'élections générales difficile à gérer.
Dans ce contexte, il serait judicieux de rappeler la différence entre les élections locales et les élections générales. Lors des élections locales, on assiste à un processus électoral axé sur les services, où le pouvoir est davantage concentré entre les mains d'une seule personne, sans tenir compte de paramètres importants à gérer tels que l'économie, la politique étrangère ou la sécurité. C'est-à-dire une élection où tous les regards sont braqués sur le candidat à la mairie. Lors des élections générales, en revanche, un climat différent s'installe, où l'économie, la sécurité et la politique étrangère sont prises en compte, et où non seulement le candidat à la présidence, mais aussi la structure générale du parti, la confiance qu'il inspire au public et les relations entre ses cadres revêtent une importance capitale. Dans ce contexte, il serait très bénéfique pour le Parti républicain du peuple, qui marche clairement vers le pouvoir, de se tenir à l'écart des débats internes clivants, de l'atmosphère de commérages politiques et des discussions qui pourraient donner l'image d'une structure incapable de trouver un consensus ou génératrice de rivalités internes.
Le deuxième « A » dont il faut se tenir à l'écart, ce sont les débats sur les candidatures. Le CHP ne doit pas oublier qu'il fait de la politique face à une structure parfaitement sclérosée et autoritaire, façonnée autour d'un seul leader, et même avec un partenaire d'alliance qui a accepté inconditionnellement l'existence de ce leader unique. Bien que cette situation de « leader unique », parfaite, incontestable et sans l'ombre d'un doute, se transforme en handicap lors des élections locales — faute de pouvoir se cloner dans les 81 provinces —, elle peut devenir un avantage lors des élections générales. Bien sûr, si l'on considère l'inverse, le fait d'avoir de multiples alternatives de candidats peut être un facteur négatif pour l'opposition. En effet, lors du processus électoral de 2023, les débats sur « qui sera le candidat de l'opposition » ont duré très longtemps. En fin de compte, c'est l'opposition elle-même qui a le plus souffert de ces débats. En somme, il serait préférable de ne pas s'engager dans ces discussions autant que possible. Néanmoins, nous pouvons dire ceci comme un avantage pour les prochaines élections générales : alors qu'en 2023, plusieurs partis avaient leur mot à dire sur la candidature à la présidence, il semble aujourd'hui que le Parti républicain du peuple prendra seul la décision concernant la candidature cette fois-ci. C'est un avantage important.
Venons-en maintenant au troisième « A » dont il faut se tenir à l'écart : les débats sur la Constitution. Dans une période marquée par une crise économique, l'annonce successive de politiques d'austérité — et il est probable que d'autres paquets de mesures soient annoncés —, la multiplication des pressions et des menaces sur la presse, la déformation des programmes scolaires, le maintien en prison des détenus de Gezi, le procès du maire de la municipalité métropolitaine d'Istanbul, et au lendemain d'élections locales où l'AKP a subi une défaite historique, aller aux élections générales en plein débat constitutionnel soulagerait considérablement l'AKP dans l'impasse où il se trouve, et rendrait invisibles les vrais problèmes et les véritables préoccupations des citoyens. Bien entendu, le Parti républicain du peuple doit poursuivre ses entretiens avec l'AKP au niveau des dirigeants. De nombreux résultats positifs peuvent en découler. Mais dès qu'il est question de la Constitution, il est possible d'offrir sur un plateau d'argent à l'AKP un succès qu'il ne mérite pas, par le biais d'un éventuel référendum et des débats qui l'accompagnent. Il serait bon que le CHP soit vigilant sur ce point.
En conclusion, nous vivons la dernière période d'un pouvoir désormais épuisé. Dans ce contexte, il est très important de considérer les jours qui nous séparent des élections comme une période de préparation au pouvoir, et d'être prêt à gouverner avec une infrastructure technique, des cadres, des ressources humaines, des politiques et un programme. Tout comme l'être humain, bien qu'il connaisse les trois blancs dont il doit se tenir à l'écart, finit par succomber à leur goût, au plaisir qu'ils procurent et à ses propres désirs, ces 3 « A » peuvent aussi tromper le CHP, l'attirer, le séduire. Je dis : attention, soyez vigilants.
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