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Les petits bonheurs sacrifiés sur l'autel du perfectionnisme…

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Selon vous, quel est le plus grand succès dans la vie ? Gagner beaucoup d'argent ? Faire de bonnes études ? Posséder des biens ? Avoir une carrière ? Ou simplement vivre selon ses propres choix ? Bien que cela puisse paraître simple, élaborer un projet de vie conforme à nos propres aspirations est peut-être la tâche la plus difficile qui soit. La pression familiale, la pression de l'entourage social et les pressions morales que nous nous imposons à nous-mêmes rendent cela presque impossible.

Ces derniers jours, les échanges entre une femme célèbre et sa fille, partagés sur les réseaux sociaux, ont suscité de nombreux débats. Il est très difficile de porter un jugement sur cette affaire sans connaître précisément les points de vue des parties, sans vivre au sein de cette famille ou sans en avoir été témoin direct. Ce n'est d'ailleurs pas mon intention. Cependant, après avoir été exposée aux échanges WhatsApp entre cette mère et sa fille, j'ai inévitablement voulu résumer, en m'appuyant sur des recherches scientifiques, le type de pression que le plan de vie « parfait » que les parents tentent d'imposer à leurs enfants devient dès l'enfance, puis à l'adolescence et à l'âge adulte, et les nombreux regrets qu'il entraîne par la suite. En somme, c'est l'occasion de faire notre propre examen de conscience.

Les parents veulent généralement que leurs enfants soient parfaits. L'enfant ou le jeune idéal devra au moins réussir dans une discipline sportive, parler deux langues étrangères, jouer avec brio d'au moins un instrument de musique, intégrer les meilleurs lycées, faire les meilleures universités, devenir si possible médecin ou ingénieur, tout en conservant une silhouette parfaite et en étant un être humain irréprochable, toujours aimable et respectueux envers autrui.

Mais pourquoi tant d'attentes ?

Peut-être est-ce pour tester sur nos enfants les idéaux que nous n'avons pas pu réaliser dans notre propre vie, ou peut-être est-ce pour appliquer à notre enfant ce perfectionnisme qui nous gâche déjà la vie, comme si cela ne suffisait pas. N'oublions pas non plus la phrase souvent utilisée par les parents : « Si j'avais eu ces opportunités, j'aurais fait bien mieux ». On ignore si une bonne éducation est directement proportionnelle aux revenus. À ce sujet, John Burn-Murdoch, chroniqueur spécialisé dans les données pour le Financial Times, souligne que la génération Y est la plus instruite de l'histoire, mais que cette réussite ne s'est pas traduite par une réussite économique. Par exemple, au Royaume-Uni, le taux de propriété immobilière chez les milléniaux est inférieur de 23 % à celui des baby-boomers au même âge. Quelle déception !

Le professeur Thomas Curran, psychologue social spécialisé dans les recherches approfondies sur le perfectionnisme, considère cette obsession, dont il a lui-même été victime, comme une « épidémie silencieuse ». Le Dr Curran classe le perfectionnisme en trois dimensions : le perfectionnisme imposé à soi-même, celui imposé aux autres et celui imposé par la société. Il ne faut pas oublier que les femmes sont plus touchées par cette « épidémie » que les hommes.

Les résultats des recherches menées par le Dr Curran et le Dr Hill au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada révèlent une augmentation des tendances perfectionnistes chez les étudiants universitaires entre 1989 et 2016.

Selon Rasmussen, expert en développement de l'enfant à l'Université de Virginie-Occidentale, deux enfants ou jeunes sur cinq sont perfectionnistes. Pour Rasmussen, ce phénomène commence à devenir un problème de santé publique. Selon les recherches, la pression exercée par le perfectionnisme sur l'individu entraîne des conséquences néfastes telles que la dépression, l'anxiété, l'automutilation, les troubles alimentaires et même le suicide.

Quaroni, dans un article sur le sujet publié dans EurscMag, partage une donnée frappante. Selon cette donnée, « les recherches menées en 2013 montrent que 68 % de tous les suicides d'adolescents sont liés à la déception et au doute de soi engendrés par l'incapacité à atteindre certains idéaux ».

Êtes-vous toujours déterminé à être perfectionniste ? Alors continuons un peu.

Les recherches du Dr Curran montrent que lorsque les gens échouent — surtout en présence d'autrui — ils perçoivent cela comme une performance défaillante issue d'un soi incomplet, ce qui génère une profonde culpabilité et de la honte. Si vous pensez que le sentiment de culpabilité créé par le perfectionnisme se limite à un cercle local ou restreint, vous vous trompez. Selon l'ordre économique néolibéral, des barrières de réussite à l'échelle mondiale sont désormais imposées aux jeunes, de sorte que l'ampleur des succès qu'ils doivent atteindre prend souvent des dimensions universelles.

L'existence des réseaux sociaux est un autre facteur qui accroît cette compétition. La technologie, qui fait tenir le monde dans un téléphone portable, nous amène à intérioriser des valeurs irréalistes, voire utopiques. Corps parfaits, vies idéales, luxe… Tout ce qui est difficile, voire impossible à atteindre, nous est imposé sous les yeux. Nous en sommes venus à chercher désespérément des vies ordinaires pour des gens ordinaires.

Si vous demandez comment revenir à la normale, la réponse commence par l'individu lui-même. Le Dr Curran voit dans des mouvements comme la « grande démission » ou la « démission silencieuse », apparus après le COVID-19, une situation saine et une lueur d'espoir pour les nouvelles générations.

Concluons cet article avec la question posée par Josh Cohen dans son article intitulé « Le piège du perfectionnisme », publié dans The Economist et portant le même titre que le livre du Dr Curran :

« La société nous bombarde d'injonctions à être plus heureux, plus en forme et plus riches. Pourquoi ne sommes-nous pas satisfaits d'être ordinaires ? ».

Au fait, pourquoi ne sommes-nous pas satisfaits d'être ordinaires ?

Sources :

https://www.apa.org/pubs/journals/releases/bul-bul0000138.pdf

https://www.lse.ac.uk/research/research-for-the-world/health/over-stressed-and-under-pressure-the-problem-with-being-perfect

https://amp.theguardian.com/society/2023/jun/04/the-rise-of-perfectionism-and-the-harm-its-doing-us-all

https://www.economist.com/1843/2021/08/10/the-perfectionism-trap

http://eurscmag.eu/?p=1741