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Violence numérique

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La violence à l'égard des femmes revêt de multiples dimensions : psychologique, économique, physique, sexuelle, numérique, harcèlement moral (mobbing) ou encore harcèlement criminel. Le plus tragique est que, pour que les femmes comprennent qu'elles sont victimes de violence, elles doivent d'abord la remarquer, c'est-à-dire en prendre conscience. Ne dites surtout pas : « Comment peut-on ne pas se rendre compte de la violence que l'on subit ? »... Bien souvent, la violence psychologique progresse de manière si insidieuse et manipulatrice que vous ne comprenez même pas ce que vous subissez avant que les effets psychologiques qu'elle a créés en vous ne fassent surface... C'est pourquoi, pour comprendre que vous êtes victime de violence, la reconnaître est la première condition pour pouvoir lutter. Il n'est pas toujours facile de définir, de décrire ou de comprendre certains types de violence. Tout comme la violence psychologique, la violence numérique fait partie de ces formes de violence difficiles à cerner. 

Regardez ce que dit l'article 3 de la Convention d'Istanbul, dont nous nous sommes retirés du jour au lendemain : 

« Par « violence à l'égard des femmes », on entend une violation des droits de l'homme et une forme de discrimination à l'égard des femmes, et désignant tous les actes de violence fondés sur le genre qui entraînent, ou sont susceptibles d'entraîner, pour les femmes, des dommages ou souffrances de nature physique, sexuelle, psychologique ou économique, y compris la menace de se livrer à de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou privée. »

Si la Convention d'Istanbul était rédigée aujourd'hui, le terme « souffrance et dommage numériques » y aurait probablement été ajouté. Peut-être même qu'un paragraphe distinct aurait pu être consacré à la violence numérique. Il est beaucoup plus difficile de trouver les auteurs de violences commises dans l'environnement numérique que ceux d'autres types de violence. La raison en est qu'à travers un compte anonyme, une personne que vous ne connaissez absolument pas peut exercer une pression sur vous, vous menacer, vous harceler, vous insulter et vous traquer. De plus, cet acte de violence peut être perpétré à distance sans contact physique, ou se transformer en une action concrète grâce aux moyens technologiques permettant de localiser la personne visée. Par ailleurs, les auteurs de violences numériques peuvent être des hommes anonymes que la femme ne connaît pas du tout, mais aussi des « connaissances » qui dissimulent leur identité, comme un ex-mari ou un ancien compagnon.

La violence numérique ne connaît pas non plus de limite d'âge... Alors que les parents déploient souvent des efforts extraordinaires pour protéger leurs enfants des dangers, sans même s'en rendre compte, ces derniers peuvent être victimes de cyberharcèlement de la part d'inconnus sur Internet. Les recherches montrent que le cyberharcèlement se propage rapidement. Selon les résultats d'une enquête menée par l'UNICEF en 2019, il a été constaté qu'un tiers des jeunes dans 30 pays ont été victimes de cyberharcèlement. N'est-ce pas effrayant ?

Selon l'étude sur la violence numérique publiée par Konda en 2021, il a été établi qu'en Turquie, deux personnes sur dix ont été victimes de violence numérique. L'étude ne montre aucune différence selon le genre. Les insultes, les injures et les menaces sont les plus fréquentes, suivies, dans l'ordre, par les messages de harcèlement écrits, vocaux et visuels, le harcèlement constant et la création de faux comptes.

En ce qui concerne la violence numérique fondée sur le genre, selon l'Economist Intelligence Unit, 38 % des femmes ont été victimes de violence en ligne et 85 % des femmes passant du temps en ligne ont été témoins de violences numériques à l'encontre d'autres femmes. De plus, selon l'UNESCO, 73 % des femmes journalistes sont victimes de violence numérique dans le cadre de leur travail. Outre les femmes journalistes, il a été observé que les défenseures des droits humains, les militantes et les femmes juristes sont fréquemment exposées à la violence numérique. 

À la lumière de toutes ces données, je vous suggère de réexaminer les comportements auxquels vous êtes exposées sur les réseaux sociaux. Observez attentivement ce qui relève de la violence et ce qui n'en relève pas... Vous verrez que la violence numérique, tel un moustique qui pique sans que l'on s'en aperçoive, continue de planter son aiguillon et de blesser votre âme jour après jour. 

Sources :

https://www.unwomen.org/en/articles/faqs/faqs-trolling-stalking-doxing-and-other-forms-of-violence-against-women-in-the-digital-age

https://turkiye.unfpa.org/sites/default/files/pub-pdf/digital_violence_report.pdf