Après l'effondrement de l'Empire ottoman, ceux qui se sont retroussé les manches pour bâtir un nouvel État et une nouvelle nation ont suivi une méthode systématique, peu théorique et davantage fondée sur la pratique, à l'ombre des souvenirs effrayants des génocides perpétrés contre les Turcs des Balkans et les musulmans du Caucase.
En analysant grossièrement les causes de la dislocation du vaste empire, ils ont conçu une structure pour le futur État national afin d'éviter les défaillances passées.
L'unicité religieuse en faisait partie, et elle a été réalisée.
Avec la permission de Dieu, biiznillah, il ne reste plus que des musulmans.
Surtout après les événements des 6 et 7 septembre et le climat sombre de la guerre froide, les derniers restants ont été effrayés, et nous nous sommes retrouvés entre nous.
Aurait-il été préférable qu'il en soit autrement ?
Cela aurait été très bien, mais le Département de la guerre spéciale ne l'a malheureusement pas permis.
Surtout le Département de la guerre spéciale britannique.
Ceux qui restent à Istanbul, à peine une poignée, ne sont guère visibles.
Dans les Balkans aussi, à l'exception de quelques villages pauvres, il est difficile de voir des musulmans.
Quoi qu'il en soit, une fois la question de l'unicité religieuse réglée, celle de l'unicité confessionnelle est arrivée, mais malgré des efforts considérables, elle n'a pas abouti.
Les Turkmènes alévis ont résisté et ont été relativement couronnés de succès.
L'exode rural, amorcé surtout après les années 1960, a rendu les Alévis visibles. Lorsque les Sunnites ont compris que les rumeurs colportées à leur sujet n'avaient aucun fondement et que les Alévis avaient, eux aussi, deux yeux et deux oreilles, ils ont desserré les poings.
Même s'il n'est pas vraiment possible d'expliquer ces nuances aux Turcs sunnites des petites villes qui ne connaissent pas la différence entre les Arabes alévis et les Turkmènes alévis, le problème s'est résolu avec la multiplication des contacts grâce aux migrations.
Les Chaféites, voyant les difficultés rencontrées par les Alévis, ne se sont jamais mêlés de cette affaire.
Ils s'en sont sortis sans avoir à subir les coups de matraque de la gendarmerie.
Restait la question de l'unicité nationale.
Ce n'est pas comme si cela n'avait pas fonctionné non plus.
C'est peut-être même plus réussi que prévu.
C'est peut-être un exemple isolé, mais le professeur qui donne des cours particuliers aux enfants de notre résidence est un mathématicien qui, bien que né dans un hameau à mille kilomètres à l'est d'Ankara, est devenu enseignant grâce à la lumière de la République, au lieu de devenir un brigand ou un berger.
L'organisation terroriste, véritable fléau, n'a pas réussi malgré le soutien international, elle n'a pas pu engendrer la haine, et cela fait deux ans que nous continuons avec cet enseignant.
Malgré l'assassinat d'enseignants et de médecins envoyés dans les villages de montagne, la région n'est restée ni sans enseignants ni sans médecins.
Il ne reste plus personne qui ne parle turc.
Électricité, routes, eau.
Il n'y a presque aucun endroit qui ne soit desservi.
Même si les étudiants manquaient, des universités ont été créées, bref.
Ces universités, restées vides, ont accueilli un grand nombre d'étudiants étrangers.
Les salles de classe ont débordé d'étudiants arabes et africains.
Ils ont beaucoup aimé la Turquie.
Ils voyagent de ville en ville.
Ils partagent leurs expériences pendant les cours.
Ils cherchent la recette de notre unité nationale, malgré le fait que chaque ville ressemble à un pays ou une nation différente, malgré les 7 régions, les 7 danses folkloriques différentes, les rythmes musicaux variés, le davul, le zurna, le kemençe, le bozlak et l'uzun hava.
Au passage, ne boudons pas le mérite de la TOKİ, dont la contribution est indéniable avec ses blocs de béton construits dans chaque région, chaque ville, chaque climat, chaque montagne, chaque colline et chaque plaine, selon un système architectural à coffrage tunnel uniforme.
Ils ont commencé à regarder avec suspicion les mentors qui, avec la sagesse démocratique reçue des puissances impériales et de leurs collaborateurs locaux lettrés et polyglottes, les ont poussés à fragmenter les institutions en structures micro, à les diviser sur une base confessionnelle, pensant ainsi survivre, pour finalement finir en pièces détachées.
Et puis, ces discours ont fini par apparaître chez nous aussi.
Dieu merci, personne de chez nous n'a sauté à pieds joints dans cette absurdité.
Il est clair que l'absence des gauchistes libéraux et des partisans de la seconde République, ainsi que l'écrasement des membres du FETÖ, ont permis au projet de fragmentation ethnique et confessionnelle de la Turquie de s'éteindre avant même de grandir.
Dans une République de Turquie où l'espionnage et le contre-espionnage ne fonctionnent pas, les manipulateurs en tout genre vont également mordre la poussière.
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