Nous sommes le 6 février.
Trois ans se sont écoulés depuis le plus grand séisme qu'ait connu la Turquie.
Nous avions déjà vécu des tremblements de terre par le passé.
Cependant, le séisme de Maraş que nous avons vécu le 6 février 2023 était très différent des autres.
L'épicentre, c'est-à-dire la source, situé dans le district de Pazarcık à Maraş, a dévasté toute la région jusqu'à Hatay, à 200 kilomètres de là.
11 provinces et 14 millions de nos concitoyens ont été touchés par cette catastrophe.
D'une manière inédite dans la littérature géologique mondiale, deux ruptures majeures se sont produites simultanément.
En d'autres termes, une faille s'est rompue deux fois.
Après le séisme de magnitude 7,8 centré à Pazarcık, une seconde rupture de magnitude 7,6 a eu lieu à Elbistan.
La quasi-totalité de nos anciens bâtiments, ainsi qu'une partie des nouveaux, ont été affectés par ce séisme.
Quatre-vingt-quinze pour cent des décès ont été causés par l'effondrement d'anciens bâtiments.
Tous les bâtiments qui n'avaient pas bénéficié de services d'ingénierie et qui avaient été construits par des entrepreneurs incompétents se sont effondrés.
Plus de cinquante mille de nos concitoyens ont perdu la vie.
Plus d'un million de nos logements ont été soit détruits, soit rendus inutilisables.
Nous avons dû procéder à des enterrements collectifs à la pelleteuse.
Il est également dit que certains corps n'ont toujours pas été retrouvés.
S'il est bien sûr impossible de mesurer nos pertes morales, beaucoup estiment que nos pertes matérielles avoisinent les 200 milliards de dollars.
Nous avons constaté que les décisions structurelles prises après le séisme d'Izmit en 1999 n'ont pas été efficaces.
Les sociétés de contrôle technique ont été rendues inopérantes sous la pression d'entrepreneurs incompétents.
Les municipalités n'ont pas résisté, ou n'ont pas pu résister, à ces entrepreneurs de bas étage.
Le règlement parasismique, repensé après 2002 et constamment amélioré au fil du temps, n'a pas non plus donné les résultats escomptés.
Après cette grande catastrophe, une nouvelle modification sera apportée au règlement parasismique et le système de voiles en béton armé sera rendu obligatoire dans les bâtiments.
Ce système, dont le coût ne représente même pas un pour cent du coût total de construction, permettra d'éviter de nouvelles destructions.
En d'autres termes, les colonnes fines comme des brindilles appartiendront désormais au passé et les bâtiments seront entourés de systèmes de voiles en béton armé sur toute leur hauteur, afin que nous soyons plus résistants face à un nouveau séisme.
Le coût de cette opération ne représente qu'un millième de l'argent et du temps consacrés aux bâtiments détruits après le séisme.
Au-delà de l'aspect financier, il est pertinent de dire que ces catastrophes, qui revêtent une importance stratégique pour le pays, constituent également une menace pour notre indépendance.
L'histoire n'est pas exempte d'exemples.
Le plus connu est Pompéi.
Pompéi était une grande cité romaine située dans la région italienne de Campanie, qui a disparu en 79 après J.-C. en étant ensevelie sous les cendres volcaniques suite à l'éruption du Vésuve. Les scientifiques ont démontré que Pompéi, mise au jour par des fouilles aux XIXe et XXe siècles, avait été détruite à la suite d'une catastrophe.
Reprenons nos esprits, mettons en place un système d'ingénieurs et d'entrepreneurs certifiés, excluons les entrepreneurs incompétents du système, et ne devenons pas Pompéi.
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