À l'issue des élections qui se sont tenues dimanche dernier en Hongrie, Viktor Orbán a perdu le pouvoir qu'il détenait depuis 16 ans. La fin du mandat d'une personne ayant dirigé un pays de manière que l'on pourrait qualifier d'autoritaire-populiste, par le biais des urnes, constitue un développement important, quel que soit le contexte mondial actuel.
Après avoir terminé mon doctorat, j'ai enseigné pendant une courte période en Hongrie. Durant cette période, j'ai eu l'occasion d'écouter de nombreux politologues tentant de conceptualiser le cas hongrois. La Hongrie était débattue à travers une littérature qui nous est très familière en Turquie, telle que la démocratie illibérale, le populisme autoritaire, l'autoritarisme compétitif ou le recul démocratique. D'ailleurs, les deux pays étaient parfois analysés ensemble. D'autres fois, la Russie et la Pologne étaient ajoutées à ce duo pour des études comparatives.
Le fait que le parti d'opposition ait vaincu le Fidesz au pouvoir en Hongrie, dans des conditions loin d'être équitables, a suscité une vague d'enthousiasme légitime au sein de l'opposition en Turquie. Dans ce contexte, les élections hongroises nous disent effectivement que ce qui semblait invincible peut être vaincu. En effet, Orbán a perdu malgré le soutien reçu des États-Unis et de la Russie, les médias sous contrôle, la relation indissociable entre le parti et le capital, la bureaucratie transformée, le système électoral favorisant le plus fort et bien d'autres facteurs. Les conditions difficiles et la lassitude semblent avoir conduit à ce résultat.
Cependant, ces élections ne nous disent pas qu'un vent de changement soufflera sur d'autres géographies et pays. Premièrement, comparer les systèmes est un exercice intellectuel très important. Mais chaque pays a ses propres conditions. Par exemple, la Hongrie est, malgré tout, un pays membre de l'UE. Ces dernières années, l'UE a suspendu une partie importante des fonds destinés à la Hongrie, en invoquant notamment le respect de l'État de droit. Mais dans l'ensemble, ce type de relations, que l'on pourrait qualifier de normatives, n'est absolument pas à l'ordre du jour du reste du monde. Et cela ne les préoccupe pas. Deuxièmement, je pense que ces développements doivent être examinés sur le long terme. Par exemple, Trump a été élu aux États-Unis, a ensuite perdu, puis est revenu avec une version encore pire. Il faudra probablement analyser avec un peu plus de recul ce que cette époque représente réellement, c'est-à-dire si des changements à grande échelle sont en train de se produire ou non. J'attribue cette exigence davantage à mon identité d'historienne qu'à mon tempérament pessimiste.
Et enfin, renverser Orbán par les urnes en Hongrie était une réussite historique, certes. Mais si cela doit entraîner un vent de changement, il est essentiel de bien calculer ce qu'il emportera avec lui.
Depuis hier, il est écrit que Magyar est également issu du Fidesz et que le peuple hongrois a en réalité renoncé à une droite pour en préférer une autre. Je trouve cela à la fois juste et injuste. Après tout, je pense que notre société est la mieux placée pour savoir ce que la stratégie électorale peut pousser les gens à voter.
D'un autre côté, il est de notoriété publique que Magyar mène également une politique sur une ligne populiste et qu'il adopte une attitude conservatrice sur de nombreuses questions sociales. En somme, la question de savoir quel genre de changement cela représente vient inévitablement à l'esprit.
Je voudrais également attirer l'attention sur une question plus large, liée à ces sujets : dans ce type de changements, comment le système ou les structures politiques existants, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, façonnent-ils la personne, le groupe ou le parti nouvellement élu ? Il n'est pas possible d'y répondre pour le moment, mais c'est une question que je trouve importante. Les changements qui seront (ou ne seront pas) effectués, tant dans la nature du régime politique interne que dans la politique étrangère hongroise, répondront certainement à cette question à l'avenir.
En résumé, félicitations à la Hongrie, qui a ravivé la passion pour l'analyse électorale en Turquie...
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