Pendant une longue période, pour des raisons personnelles, je n'ai pas pu écrire pour 12punto. En vérifiant, j'ai réalisé que mon dernier article remontait à février 2025. Aujourd'hui, j'écris ce texte sur le « retour » en prenant conscience que, bien que cinq mois seulement se soient écoulés, il s'est passé autant d'événements qu'en cinq ans.
Il faut admettre que ces cinq mois ont conduit la Turquie vers l'un des points de rupture les plus importants de l'histoire de la période républicaine. Le maire d'Istanbul, Ekrem İmamoğlu, a été placé en garde à vue puis incarcéré le 19 mars 2025. Les opérations successives menées ensuite contre la municipalité d'Istanbul et d'autres mairies dirigées par le CHP ont montré que le pouvoir est entré dans une nouvelle phase dans sa manière de gouverner la Turquie. D'autre part, comme on pouvait s'y attendre, le processus de paix, qui n'avait aucune justification démocratique, a progressé de manière significative. Alors que des maires sont en détention sous le prétexte de « consensus urbain », le bloc d'alliance a à la fois redéfini Öcalan et décidé de faire un bout de chemin avec le parti DEM.
Où ce chemin mènera-t-il ? Nous ne le savons pas. Nous vivrons et nous verrons. Cependant, je pense que nous sommes tous d'accord sur le fait que nous nous trouvons à un moment de rupture. En fin de compte, nous sommes dans un climat politique audacieux où l'année 1923, celle de la fondation de la République, peut même être qualifiée de « coup d'État ». La question est la suivante : la République de Turquie pourra-t-elle rester « éternelle » ? Notre modèle d'État-nation va-t-il évoluer vers un modèle « oummiste » composé, pour reprendre une expression à la mode, de la fraternité « turco-kurdo-arabe », ou vers un modèle « confessionnel » incluant un vice-président « alévi » ? Il semble que nous débattrons de ces modèles un par un lors des discussions sur la Constitution.
Il ne faut pas oublier que toutes ces idées ont aussi de nombreux acheteurs et partisans à l'extérieur. Récemment, de nombreux discours, allant de l'éloge du système des millets ottoman sorti des étagères poussiéreuses à l'idée qu'Israël ne souhaite pas voir un État-nation fort dans la région, ont trouvé leur place dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il est clair que les projets impériaux ne sont pas toujours en conflit, ils se chevauchent parfois. Tous ceux qui se définissent comme républicains en Turquie doivent analyser attentivement ces dynamiques internationales, prendre position en conséquence et, pour ainsi dire, accepter de ramer à contre-courant. C'est ainsi, en tout cas, que j'ai interprété les propos de l'ambassadeur.
Cependant, il apparaît que tout ce processus politique s'accompagne d'un climat qui rappelle l'adage « tout finit par revenir à sa source ». En bref, un autre retour... Par exemple, la veine oummiste du courant politique conservateur en Turquie semble avoir - à nouveau - pris le dessus sur le nationalisme turc qui dominait la politique depuis dix ans. Tout comme le paradigme d'avant 2000. Ou encore, il est également compris - ou plutôt, redécouvert - que les partis dominants du mouvement politique kurde ne considèrent la politique en Turquie qu'à travers une seule dynamique, celle kurde, et n'ont rien à dire sur l'ensemble du pays. Sinon, pourquoi tiendrait-on des propos du genre « que le CHP s'assoie aussi à la table, İmamoğlu sera peut-être libéré » ? Sans oublier que, dans tout ce processus, je tiens à dire que le CHP a également redécouvert sa veine républicaine. Il faut ajouter que, pour l'avenir du parti, il est contraint de maintenir cette veine vivante. Admettons-le : l'existence du CHP ne sera pas défendue par Serap Yazıcı, qui a apposé sa signature sur le dossier de levée d'immunité de 61 députés du CHP après avoir été élue députée sur les listes du parti.
Nous parlerons davantage à l'avenir de la mathématique de toutes ces listes en politique, ainsi que des tables formées et occupées. Mais nous verrons aussi la répercussion des décisions prises au sein des partis et autour des tables sur la population. Les républicains sont à leur phase la plus faible en termes de relations avec l'appareil d'État au cours des 100 ans de vie politique turque. En bref, il n'y a pas de mécanisme d'État pour les soutenir. Mais l'arithmétique populaire ne reflète pas cette même faiblesse. Si c'était le cas, cette union, dont on n'avait pas besoin ces dix dernières années, ne serait pas nécessaire aujourd'hui. Je n'écris pas cela comme une phrase de conclusion porteuse d'espoir. Au contraire, je le note ici comme une remarque qu'il faudra manifestement se rappeler de temps à autre. Mieux on s'en souviendra, mieux ce sera...
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