C'est un fait établi : à mesure que le pouvoir se corrompt, les institutions s'effondrent, l'individu s'isole et la justice s'étiole.
Si l'on vous demandait de décrire la Turquie d'aujourd'hui, cette phrase suffirait amplement, et même plus encore…
C'est une célèbre citation de Marc Aurèle, le dernier empereur de l'ère de la vertu et de la sagesse : « Les lois sont comme des toiles d'araignée : les petites mouches y sont prises, tandis que les grosses mouches déchirent la toile et passent à travers. »
Bien que Marc Aurèle ait prononcé ces mots il y a près de 1900 ans, sous l'ère des « Cinq bons empereurs » de l'Empire romain, ces paroles n'ont jamais perdu leur pertinence.
Le pouvoir nourrit le pouvoir ! Mais vient un moment où le pouvoir se transforme en arrogance ; les pays sombrent et les empires sont effacés de l'histoire.
Si les institutions construites par la République existent encore, c'est peut-être grâce à quelques idéalistes qui placent la « raison d'État » au-dessus de tout.
Nous essayons de survivre en tant qu'enfants d'un pays condamné à un système judiciaire devenu l'exécuteur de politiques répressives, sous la direction d'un leader qui tente de maintenir son pouvoir par un langage clivant, marginalisant et belliqueux.
Nous sommes témoins de l'agonie et de la lutte pour la survie d'un système judiciaire autrefois perçu comme le gardien de la démocratie et des libertés.
Une période sombre de l'ère moderne nous est échue, où ceux qui n'appliquent pas les arrêts de la Cour constitutionnelle deviennent vice-ministres ou procureurs généraux de la Cour de cassation, et où ceux qui ont mené des enquêtes controversées sont nommés membres de la Cour constitutionnelle…
D'un côté, la Cour de cassation et les tribunaux locaux qui ignorent les arrêts de la Cour constitutionnelle et de la CEDH, et de l'autre, les discours d'un partenaire de la coalition au pouvoir réclamant la fermeture de la Cour constitutionnelle…
Sommes-nous donc quelques romantiques à invoquer la « sécurité juridique » face à un pouvoir politique qui tente de museler l'opposition en brandissant le bâton judiciaire, qui réprime les journalistes et les militants par l'intermédiaire des parquets, et qui a adopté les arrestations comme méthode contre la liberté d'expression ?
Si l'on met tout cela bout à bout, on peut dire que nous sommes témoins de l'une des périodes les plus sombres de l'histoire du droit turc.
Laissez de côté l'époque des tribunaux martiaux ; nous devons aujourd'hui faire face à des illégalités que nous n'avions même pas rencontrées lors des procès complotistes menés avec de fausses preuves.
La différence entre aujourd'hui et hier, c'est qu'autrefois, avant de décider d'une arrestation, on « fabriquait des preuves », alors qu'aujourd'hui, même sans rien en main, l'approche est : « enfermons-le 3 ou 5 mois, ça lui remettra les idées en place »…
Souvenez-vous des images de Metin Akpınar et Müjdat Gezen dans les couloirs du palais de justice, des motifs d'arrestation de Gülşen et Dilruba… de ce qu'ont vécu Osman Kavala, Can Atalay et Tayfun Kahraman…
D'un autre côté, nous vivons une époque où les concepts sont vidés de leur substance. Le mot « coup d'État », par exemple, n'a plus aucun sens…
Le communiqué de presse des militaires à la retraite soulignant l'importance de la Convention de Montreux face à un projet fou est qualifié de coup d'État, tout comme le serment de jeunes lieutenants enthousiastes… D'un côté, les manifestations de Gezi Park sont un coup d'État, de l'autre, les procès montés de toutes pièces avec de fausses preuves le sont aussi…
En résumé, tout a été vidé de son sens dans ce pays…
Ce qui nous incombe, c'est ce même discours à chaque époque : « Mieux vaut agir avec justice et rester seul, plutôt que de suivre la foule dans l'injustice. »
Comme la philosophie de vie honorable de Gandhi…
Mais contrairement à cette citation, nous ne sommes pas seuls ; heureusement, nous sommes des millions à nous dresser contre l'injustice.
Bonjour aux lecteurs de 12 Punto,
Avec cet article, nous avons dressé un cadre général du système judiciaire. Dans les prochains, nous commencerons à en remplir le contenu.
Nous ne sommes pas pessimistes, au contraire, nous sommes ici pour affronter les illégalités qui nous endurcissent.
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