Trouvez les actualités publiées dans la plage de dates ci-dessous
et et
et et
et et
Effacer
Euro
Arrow
53,9958
Dollar
Arrow
47,3674
Livre sterling
Arrow
62,8837
Or
Arrow
6168,8431
BIST 100
Arrow
10.729

De la ligue de la démocratie à la ligue du Moyen-Orient

Ne laisse pas l'algorithme choisir tes actualités, décide toi-même ce que tu lis. Ajoute 12punto à tes sources préférées !

Nous subissons les répliques du choix de la Turquie de s'aligner non pas sur la ligue de la démocratie, mais sur celle du Moyen-Orient. Le fossé profond entre le portrait juridique, politique et administratif d'avant et d'après le 3 novembre 2002 est un indicateur frappant du changement radical opéré. Le problème a des racines historiques plus profondes qu'on ne le croit ou qu'il n'y paraît. Pour le dire simplement, la Turquie vit les conflits, les douleurs et la polarisation d'un pays qui, en reculant son horloge sociologique de 500 ans, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, s'est figé dans le Moyen Âge.

Au début du XIXe siècle, la modernisation ottomane, initiée par Selim III, s'était inspirée de l'Occident. Sous le règne de Selim III, représentant du sultanat et du califat, la modernisation ottomane entreprise sous une institutionnalisation théocratique allait se heurter à la résistance de la médersa au centre et des foyers de pouvoir locaux en province. Les tentatives de modernisation du sultan-calife furent qualifiées d'opposition à la charia ; sous le slogan « La charia est en péril », l'alliance entre la médersa et les janissaires prit d'assaut le palais et fit tomber les têtes de certains administrateurs, y compris celle du sultan !

Mahmud II, qui échappa de justesse à l'exécution lors de la révolte qui coûta la vie à Selim III, est le sultan qui a institutionnalisé la modernisation. Il allait apporter des changements radicaux dans la bureaucratie, l'armée et l'administration, et tenter d'imposer l'autorité de l'État central contre la médersa au centre et la féodalité hors du contrôle du centre en province. Avec le Règlement sur les tenues vestimentaires publié en 1828, il interdit le port du turban, de la coiffe et de la robe, imposant la veste, le pantalon et le fez. Il se coupa la barbe et apparut devant le peuple avec une tenue contemporaine pour l'époque. Il fit accrocher son portrait dans les bureaux de l'État, fit réaliser le premier recensement de la population en 1831 et publia le premier journal officiel en turc (Takvim-i Vekayi). Il posa les fondements de la bureaucratie, élément indispensable de l'institutionnalisation de l'État moderne. L'enseignement primaire obligatoire et des écoles dispensant un enseignement de style occidental, comme la Mekteb-i Tıbbiye-i Şahane (École de médecine) et la Mekteb-i Harbiye (École de guerre), furent mis en œuvre sous son règne. Les premiers pas du Conseil d'État et de la Cour de cassation furent franchis, et en 1838, le Meclis-i Vükela (Conseil des ministres) fut créé pour remplacer le Divan-ı Hümayun.

La modernisation ottomane dont les bases furent jetées sous le règne de Mahmud II ne se limite sans aucun doute pas à ce que nous avons écrit. La médersa, incapable d'empêcher les tentatives de modernisation du sultan-calife, affubla Mahmud II du surnom de « Sultan infidèle » ! Si nous avons longuement parlé du sultan pionnier de la modernisation ottomane, c'est pour montrer que, deux siècles après Mahmud II, alors que l'écart entre nous et le monde civilisé devrait se réduire en termes d'État de droit, de démocratie, d'indépendance de la justice, de liberté de pensée et d'expression, il s'est au contraire creusé davantage !

La feuille de route de la République était d'atteindre le niveau de civilisation contemporaine indiqué par Atatürk. Malheureusement, la Turquie d'aujourd'hui, dans le tourbillon d'une crise chronique du régime et de l'État, donne l'image d'un pays ayant perdu son sens de l'orientation historique et son bon sens collectif. La Turquie vit ce qui devait arriver lorsqu'une mentalité en incompatibilité de tissu avec les valeurs représentées par la République s'empare du pouvoir.

La Turquie, reléguée de la ligue de la démocratie, ne trouvera pas non plus ce qu'elle cherche dans la ligue du Moyen-Orient, où elle a été transférée avec un grand enthousiasme. Ceux qui dirigent le pays cherchent au mauvais endroit l'image ternie et le respect perdu dans le monde civilisé. Il faut savoir que les efforts vains pour chercher en dehors du monde civilisé ce qui a été perdu dans le monde civilisé ne serviront qu'à humilier le pays !