Trouvez les actualités publiées dans la plage de dates ci-dessous
et et
et et
et et
Effacer
Euro
Arrow
53,9958
Dollar
Arrow
47,3674
Livre sterling
Arrow
62,8837
Or
Arrow
6169,2131
BIST 100
Arrow
10.729

Des Jeunes-Turcs aux « Jeunes-Turquois »

Ne laisse pas l'algorithme choisir tes actualités, décide toi-même ce que tu lis. Ajoute 12punto à tes sources préférées !

L'Europe les avait baptisés Jeunes-Turcs (Jeunes Turcs). Ils étaient opposés au régime répressif d'Abdülhamid. Ils exigeaient l'application de la Kanun-i Esasi (Constitution), suspendue par le sultan, l'ouverture du Meclis-i Mebusan (Parlement ottoman) et la levée de la censure. La plupart étaient des enfants d'Istanbul, bien éduqués et polyglottes. La France était alors comme un centre de rencontre pour les intellectuels dissidents de l'époque. On y publiait des journaux et des revues, on y fondait des associations et on y prenait des décisions. Le despote de Yıldız était au centre et dans la ligne de mire des critiques.

Ce ne sont pas ceux de l'extérieur, mais les Jeunes-Turcs de l'intérieur, c'est-à-dire les Unionistes, qui parviendront à obtenir l'ouverture du Parlement, la levée de la censure et le retour à Istanbul des exilés vivant à l'étranger ou dans les régions lointaines de l'Empire. Incapable de résister plus longtemps à la pression des jeunes officiers montés au maquis en Roumélie, au déluge de télégrammes s'abattant sur Yıldız et à la montée de l'opposition, Abdülhamid finira par céder le 23 juillet 1908 ! Par la volonté impériale, qui restera dans l'histoire comme la Proclamation de la Liberté, les demandes que nous avons énumérées furent acceptées.

Après l'émergence du Comité Union et Progrès en tant qu'organisation politique ou parti, le nom de Jeunes-Turcs ne sera plus utilisé. Durant la Première Guerre mondiale, le Comité Union et Progrès est au pouvoir. Après la grande guerre qui s'est soldée par une défaite, ses dirigeants s'exileront, mais l'organisation unioniste à la base et en province perdurera. Durant la période de la Guerre d'indépendance, la structure de la Défense des droits s'appuiera largement sur cette base, qu'elle transformera en l'alignant sur les politiques d'Ankara. Il convient de réfléchir aux raisons pour lesquelles les Unionistes et l'unionisme font encore l'objet de débats aujourd'hui.

Le Comité Union et Progrès est encore aujourd'hui au centre de critiques et d'accusations en raison de ses méthodes de comité, de ses assassinats politiques, de sa brutalité envers l'opposition, de son aventurisme, de son uniformisme et de la violence exercée contre les minorités. Il est indéniable que toute critique ignorant les conditions de l'époque et occultant les projets de l'impérialisme occidental visant à démembrer et diviser l'Empire ottoman (l'Homme malade) serait incomplète et biaisée. Le véritable défaut des Unionistes, qui ne leur sera jamais pardonné et qui les mènera au supplice, est d'avoir voulu « turquifier » le capital durant la période de soins intensifs de l'Empire !

La turquification du capital signifiait une indépendance politique et le passage à un État-nation indépendant, économiquement autosuffisant, capable de maintenir et de développer son existence ! Cette orientation signifiait un modèle d'indépendance que les nations opprimées allaient adopter. Cette pensée et ce modèle politique, qui faisaient perdre le sommeil à l'impérialisme, devaient être éliminés avant de pouvoir se développer et s'épanouir. Derrière le dénigrement de l'architecture politique de la jeune République de Turquie, fondée sur l'État-nation, la structure unitaire et l'économie nationale après la Guerre d'indépendance, se cachent les raisons expliquées ci-dessus.

La difficulté de condenser ce sujet très vaste, très profond et multidimensionnel dans une courte chronique est évidente. Nous avons tenté de tracer une perspective historique pour mieux comprendre la campagne insidieuse et extrêmement planifiée menée aujourd'hui non pas au nom de la littérature turque, mais de la littérature de Turquie/littérature turcophone. Pour comprendre à quel point des sujets qui semblent indépendants et étrangers les uns aux autres sont liés, il est nécessaire de combiner la connaissance avec la sensibilité. Il ne suffit pas de dresser le portrait des intellectuels turcs qui glissent de la « Jeune-Turquie » vers une « Jeune-Turquité » ; il faut prendre conscience que nous sommes tous, sujets et objets de cette histoire qui semble extérieure à nous, en train de dériver vers l'inconnu sur le même navire. C'est le seul moyen d'assurer la sécurité du navire et d'atteindre un port sûr. Car nous sommes Turcs et il n'y a pas d'autre Turquie !