Trouvez les actualités publiées dans la plage de dates ci-dessous
et et
et et
et et
Effacer
Euro
Arrow
53,9958
Dollar
Arrow
47,3674
Livre sterling
Arrow
62,8837
Or
Arrow
6167,0033
BIST 100
Arrow
10.729

La vitre brisée du château de verre

Ne laisse pas l'algorithme choisir tes actualités, décide toi-même ce que tu lis. Ajoute 12punto à tes sources préférées !

La vitre du château de verre s'est brisée et l'illusion d'invincibilité a volé en éclats. Pendant des années, une image du « Reis » (chef) a été soigneusement construite : celle d'un homme qui sait tout, décide de tout, ne se trompe jamais et ne perd jamais. Des séries télévisées relatant les exploits de nos glorieux ancêtres, telles que Diriliş Ertuğrul, Kuruluş Osman, Payitaht Abdülhamid, Alparslan: Büyük Selçuklu, Kudüs’ün Fatihi Selahaddin Eyyubi, Mehmed: Fetihler Sultanı, n'étaient en réalité que des outils de communication visant à ancrer dans le subconscient collectif l'idée d'un chef dont chaque ordre doit être obéi.

Il semble très difficile de compenser les dommages subis le 31 mars par cette image du leader unique/Reis unique, injectée à travers le budget de l'État, les médias publics et partisans, ainsi que la presse écrite et audiovisuelle. La facture de la transformation de la présidence, qui devrait être neutre et servir de garantie aux institutions étatiques, en une fonction de « Reis » est désormais devant eux. Les responsables du démantèlement des mécanismes de poids et contrepoids de l'État, du bouleversement de la hiérarchie qui maintient l'État debout et de la rétrogradation de la Turquie hors de la ligue des États de droit, sont en plein désarroi.

Les résultats, inattendus et imprévisibles, ne sont pas tant le fruit du succès des partis d'opposition que l'expression de la colère du peuple, condamné à la pénurie et à la pauvreté, qui s'est reflétée dans les urnes. Les élections locales du 31 mars ne doivent pas être lues comme une compétition entre le pouvoir et l'opposition, mais comme un bras de fer entre le régime du « Reis » et le peuple. Je le répète : le tableau qui se dessine doit être interprété comme une objection à l'imposition despotique et comme un rejet politique et sociologique de l'injection autocratique qui ne correspond pas à la philosophie fondatrice de la République.

La lourde défaite subie par le parti au pouvoir montre que la politique façonnée autour du modèle du « Reis »/leader, au détriment de l'institutionnalisation du parti, a volé en éclats. Le peuple ne sera pas convaincu par le discours disant : « Le 31 mars, c'était une élection locale, les élections générales sont encore loin. Continuons comme si de rien n'était. » Ce qu'il faut faire, c'est commencer à réparer les dégâts causés à la vie politique et sociale par un conditionnement qui privilégie la conformité au « Reis » plutôt que la conformité au droit. Revenir à l'ordre constitutionnel d'avant le coup d'État porté au droit et à la démocratie sous couvert de démagogie anti-putschiste est difficile pour le « Reis », mais c'est une nécessité inévitable pour la Turquie !

En ce moment, nous tenons à rappeler aux dirigeants du CHP que considérer la réaction du peuple face au système présidentiel partisan, à l'ego despotique, à la corruption et à la dégénérescence comme une approbation du changement et de la transformation au sein du CHP serait extrêmement trompeur. Le peuple turc voit le CHP comme l'héritage politique des cadres fondateurs de la libération et de la création de la République, avec Atatürk en tête, et comme la garantie politique du régime. Il ne faut pas oublier que les fantasmes de Nouvelle Ouverture / Nouvelle Constitution, dont les échos commencent à se faire entendre, et le fait que des références ethniques soient évoquées au sommet du parti au lieu de mettre en avant le dénominateur commun de la nation turque, risquent de transformer ce succès aux élections locales en un échec aux élections générales.

Le Manifeste du 31 mars, exprimé par le peuple face au régime présidentiel partisan en conflit avec les partis d'opposition, doit être lu correctement. Il apparaît clairement que le régime de fusion des pouvoirs, où le législatif est inefficace, où la Grande Assemblée est pratiquement mise hors jeu et où la justice, sous l'ombre de l'exécutif, est discréditée, ne pourra pas être maintenu aussi facilement qu'auparavant.

Le pays doit se retrouver sur le dénominateur commun de la démocratie et de l'État de droit, avant d'être davantage malmené par un ego personnel remplaçant l'institutionnalisation, par une subjectivité dépourvue de savoir et d'expérience remplaçant la mémoire collective de l'État, et par une approche en conflit avec l'équation fondatrice de l'État/régime du 29 octobre 1923.