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Le rêve de Damas devenu cauchemar

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L'avenir féerique que l'Anglais aux longues jambes lui murmurait depuis longtemps à l'oreille semblait si proche qu'on aurait pu le toucher. Il ne restait que quelques jours avant que le monde arabe ne se libère des 400 ans de domination ottomane. L'histoire allait se répéter une fois de plus : du Hedjaz à Bassora, de Bagdad à Mossoul, de Jérusalem à Damas, toute la géographie arabe allait être à nouveau gouvernée par les Hachémites. Après tout, avec le Royaume-Uni, dont le soleil ne se couchait jamais sur ses terres, à leurs côtés avec sa marine, son armée et ses millions d'or, qui était l'Empire ottoman pour s'y opposer ?

Il ne faudra pas attendre longtemps pour constater que les rêves d'indépendance vendus aux Arabes étaient bien différents de ce qui était écrit dans l'agenda du Royaume-Uni. Avec les accords Sykes-Picot (1916), conclus entre l'Angleterre et la France, et auxquels la Russie se joindra plus tard, un tout autre avenir est dessiné pour le monde arabe ! La géographie arabe, en dehors de la péninsule arabique, est partagée entre l'Angleterre et la France. Le fait que des régions riches en pétrole comme Bassora et Mossoul aient été désignées comme zones d'influence britannique est révélateur de qui a obtenu la part du lion. Avec le retrait de la Russie de l'alliance suite à la révolution bolchevique de 1917, la marche se poursuivra en août 1917 avec l'accord de Saint-Jean-de-Maurienne, auquel l'Italie sera associée. En novembre 1917, alors que le sort de la guerre est scellé, la publication de la Déclaration Balfour ouvrira la voie à un État juif en Palestine.

Après ce rappel historique en deux paragraphes, venons-en au sujet principal. La Turquie d'aujourd'hui vit l'impasse d'être gouvernée par des fantasmes personnels plutôt que par une raison d'État fondée sur les intérêts nationaux. La situation dans laquelle les rêves déconnectés de la réalité d'une approche ignorant les calculs historiques de l'impérialisme dans la région ont plongé le pays est préoccupante. On dirait que la tradition diplomatique honteuse de l'Istanbul de l'armistice, qui a signé le traité de Sèvres, véritable arrêt de mort de la nation turque, a remplacé la tradition diplomatique axée sur les intérêts nationaux de l'Ankara qui a signé le traité de Lausanne. Pour ceux qui trouveraient injuste la critique à l'encontre des signataires de ce traité de la honte à Sèvres, dans la banlieue parisienne, à savoir Hadi Pacha de Bagdad (membre du Sénat), Rıza Tevfik et Reşat Halis (ambassadeur à Berne), faisons un bref rappel :

Tout au long de la conférence, la délégation sera tournée en dérision et constamment humiliée par les représentants des États vainqueurs. Ils signeront le texte de mort qui leur a été présenté, sans que leur conscience ne soit troublée et sans que leurs mains ne tremblent, conformément aux instructions de Vahdettin et de Damat Ferit ! L'attitude affichée par la délégation lors de son retour au pays via la Suisse est aussi révélatrice que honteuse. Alors que la nation turque mène une lutte à mort pour l'indépendance du pays, la délégation de la honte à Genève est en pleine frénésie d'achats, achetant tout ce qu'elle voit et commandant des costumes sur mesure les uns après les autres ! Pour les sceptiques, citons un court extrait des mémoires de Rıza Tevfik, l'un des signataires de la honte : « J'ai trouvé tout le monde debout à Genève. Le Pacha avait ordonné : “Nous partirons demain sans faute, qu'ils se préparent rapidement”, avait-il dit. Tout le monde était dans la précipitation. Car les objets qu'ils avaient achetés ne tenaient pas dans les valises. Nous avons supplié l'hôtelier. Qu'il fasse ouvrir l'un des magasins qu'il connaissait pour que nous puissions acheter de grandes valises... »

Le jargon de « tulumbacı » (voyou) qui a remplacé la diplomatie républicaine, expérimentée, équilibrée, prévoyante et axée sur les intérêts nationaux, héritée de Lausanne, n'est pas pris au sérieux par les interlocuteurs et porte un grave préjudice à la réputation de la Turquie. Il est temps de se débarrasser au plus vite de l'obsession du néo-ottomanisme, incapable de lire le processus qui a conduit à l'effondrement de l'Empire ottoman et totalement déconnecté de la réalité, et de revenir à la philosophie fondatrice symbolisée par le 29 octobre 1923. Immédiatement, maintenant, sans perdre une seconde !

Av. Hüseyin Özbek