Le Müdâfaa-i Hukuk (Défense des droits) constitue la ligne de résistance civile, intellectuelle, spirituelle et organisationnelle d'une géographie que l'on cherche à coloniser et d'une nation opprimée que l'on veut anéantir. La Kuvayı Milliye (Forces nationales) est l'organisation de résistance armée populaire de la Guerre d'indépendance, avant la formation de l'armée régulière.
Du flambeau de l'indépendance allumé à Samsun en mai 1919, en passant par la circulaire d'Amasya en juin 1919, le congrès d'Erzurum en juillet-août 1919, le congrès de Sivas en septembre 1919, jusqu'à la période d'Ankara du 27 décembre au 22 avril, la Kuvayı Milliye sera l'élément principal de la résistance armée contre l'occupation.
Le 23 avril 1920, avec le début des travaux de la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM), institution représentative de la volonté nationale, la Guerre d'indépendance se dotera d'un organe de légitimité. La TBMM remplira à la fois les fonctions d'organe législatif et exécutif, et la période des gouvernements de l'Assemblée sera vécue durant le processus de la Guerre d'indépendance.
Le vainqueur de la compétition pour l'autorité et l'initiative entre l'Ankara de la Guerre d'indépendance et les gouvernements capitulards de l'Istanbul de l'armistice, sous la pression des occupants, sera Ankara. Avec le début des travaux de la TBMM, les préfectures, les sous-préfectures et les districts d'Anatolie seront rattachés à Ankara et seront soumis au contrôle et aux ordres administratifs, civils et financiers de la TBMM.
L'année 1920 est une période où l'Anatolie est en proie aux flammes, entre l'avancée de l'armée grecque occupante d'une part, et les révoltes intérieures déclenchées par les Britanniques et les gouvernements collaborateurs de Damat Ferit d'autre part. Il est vraiment difficile de faire face aux révoltes qui s'enchaînent sans fin, visant à neutraliser Ankara et la TBMM, à entraver la Guerre d'indépendance et à forcer l'acceptation du traité de Sèvres. Le peuple turc ne prêtera pas l'oreille aux fatwas des cheikh-ul-Islam de Vahdettin, hostiles à la Guerre d'indépendance, et soutiendra Ankara jusqu'au bout.
Dans l'Istanbul de l'armistice, la Société séparatiste pour l'essor du Kurdistan (Kürdistan Teali Cemiyeti), fondée avec l'intelligence et la livre sterling britanniques, sera impliquée dans toutes sortes de provocations et d'actions contre la Guerre d'indépendance. Elle fera preuve d'une pratique de trahison totale avec des révoltes séparatistes ethniques déclenchées pour attaquer le congrès de Sivas et tuer Mustafa Kemal, empêcher l'ouverture de la TBMM et détacher certaines régions d'Ankara.
La trahison de la Société pour l'essor du Kurdistan ne se limitera pas à la période de la Guerre d'indépendance et se poursuivra après la fondation de la République. La création de la République sur la base d'une structure unitaire d'État-nation et la poursuite des avancées révolutionnaires visant la civilisation contemporaine susciteront la réaction des tendances séparatistes éthno-féodales masquées par la religion, et des soulèvements visant directement la République et l'unité nationale seront menés.
Les racines spirituelles du soulèvement séparatiste ethnique du PKK, qui se poursuit depuis les raids de Şemdinli et Eruh en 1984 jusqu'à nos jours, doivent être recherchées dans la Société pour l'essor du Kurdistan. (Le succès du discours de gauche, utilisé tactiquement par le PKK à ses débuts, à obtenir le soutien de la gauche turque — qui n'a pas pu surmonter le choc du 12 septembre — tantôt ouvertement, tantôt de manière dissimulée, ainsi que l'histoire triste de la gauche turque qui, sous le vent de la mondialisation et avec le virus ethnique qui a pénétré sa structure, s'est détachée du camp du travail pour se transformer en une gauche « turquiste », est le sujet d'un autre article.)
Les racines spirituelles du Parti républicain du peuple (CHP), fondé par les cadres qui ont mené la Guerre d'indépendance et établi la République, reposent sur le Müdâfaa-i Hukuk. Il est tout à fait aberrant que le PKK, tueur à gages du Grand Moyen-Orient (BOP) ayant repris le flambeau de la trahison de la Société pour l'essor du Kurdistan — fondée par des seigneurs féodaux, des chefs de tribus soutenus par des États impérialistes en fonction de calculs d'intérêts régionaux, et certains cheikhs formés dans l'atmosphère des madrasas médiévales — soit perçu comme une gauche et fasse l'objet d'alliances.
Le silence significatif du CHP face à l'imposition du PKK, qui maudit Lausanne, titre de propriété de la République de Turquie, sacralise Sèvres, exige la destruction de la République fondée sur une structure unitaire d'État-nation et demande une modification de la Constitution pour passer de la propriété unique à la propriété partagée, afin de distribuer le titre de propriété du pays appartenant au peuple turc entre les ethnicités, est inquiétant.
Que personne ne doute que la base du CHP, attachée à la tradition du Müdâfaa-i Hukuk, fera entendre la voix que le peuple turc veut entendre de la manière la plus forte face à ce silence profond qui signifie, en discours comme en action, le reniement total de la ligne du Müdâfaa-i Hukuk !
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