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Réflexions sur le « raid de Navarin » postmoderne à l'occasion du 111e anniversaire du 18 mars 1915

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Les puissances impériales de l'époque, le Royaume-Uni, la France et la Russie tsariste, sont à l'origine de la révolte de Morée. Le calcul est fait depuis longtemps. Les trois grands vont agir en tant que sages-femmes de la naissance de la Grèce, à qui sera confié le rôle de gendarme occidental contre l'Empire ottoman en Méditerranée et dans la mer Égée !

Face au rêve du tsarisme d'accéder aux mers chaudes, aux calculs de la France sur la Méditerranée et l'Afrique du Nord, et à la stratégie de domination méditerranéenne du Royaume-Uni, la sauvagerie envers les musulmans de Morée n'a aucune importance ! Pour le dire simplement, le bloc impérialiste est en totale solidarité pour empêcher toute intervention ottomane contre le nettoyage ethnique des Turcs en Morée.

Si l'Empire ottoman, dont l'armée de terre (le corps des janissaires) a été dissoute en 1826, venait à perdre également sa puissance navale, rien ne s'opposerait plus à ce que les trois grands agissent en toute impunité. Le raid mené par la coalition tripartite, bien qu'il n'y ait pas d'état de guerre, contre la flotte ottomane composée de 57 navires ancrés dans le port de Navarin le 20 octobre 1827, est l'application tragique sur le terrain de ce calcul insidieux.

Ayant perdu 57 navires de guerre et 8 000 marins lors du raid de Navarin, l'Empire ottoman n'a plus la force d'empêcher la création de ce petit État artificiel sous tutelle impériale. Vaincu par la Russie tsariste en Roumélie et à l'Est, ayant perdu Edirne, Akhaltsikhé, Kars et Erzurum, l'Empire ottoman signera le traité d'Andrinople (14 septembre 1829), ouvrant ainsi la voie à l'indépendance de la Grèce.

La condition sine qua non pour que l'Empire ottoman, étendu sur trois continents, puisse maintenir sa puissance, son efficacité et sa force de dissuasion, était de disposer d'une marine puissante capable de faire flotter son pavillon simultanément en Méditerranée et en mer Noire. Malheureusement, l'époque des Barberousse et des Turgut Reis appartient au passé ! La réalité des XVIIIe et XIXe siècles est celle d'un Empire ottoman en déclin, ayant perdu la maîtrise de la Méditerranée et de la mer Noire face à de puissants adversaires, et perdant continuellement du terrain et des territoires sur terre comme sur mer.

- Le raid de la Russie tsariste sur le port de Çeşme le 7 juillet 1770 (flotte détruite et 11 000 martyrs)

- Le raid des flottes française, britannique et russe sur Navarin le 20 octobre 1827 (flotte détruite et 6 000 martyrs)

- Le raid de la Russie tsariste sur le port de Sinop le 30 novembre 1853 (flotte détruite et 4 000 martyrs)

Bien que le 18 mars 1915 soit qualifié de victoire navale de Çanakkale, cette victoire n'a pas été suffisamment analysée sous l'angle maritime. Si l'Empire ottoman avait disposé d'une puissance navale suffisante, les Alliés auraient-ils pu atteindre les Dardanelles aussi facilement ? Auraient-ils pu approcher les deux rives du détroit avec leurs cuirassés et bombarder les tranchées turques en toute sérénité ?

Les conséquences du manque de puissance navale se feront sentir tout au long des batailles terrestres de Gallipoli. Les voies de ravitaillement maritime des Alliés n'ont jamais été menacées ; les Britanniques ont pu transporter des dizaines de milliers de soldats et leur logistique depuis Alexandrie en Égypte jusqu'à Gallipoli sans encombre, se déplaçant avec autant d'aisance que dans leurs propres eaux territoriales.

Comme l'a dit l'amiral Mahan, architecte de la stratégie navale américaine : « Quiconque domine les mers domine le monde ». Ajoutons une seconde phrase : celui qui ne domine pas ses mers ne se contente pas d'être confiné au continent, il finit par disparaître !

Après avoir commémoré avec respect et gratitude les martyrs et les vétérans des batailles navales et terrestres de Çanakkale, ainsi que le héros d'Anafartalar et ses commandants, il est temps d'aborder le « raid de Navarin postmoderne » mené contre la marine turque.

Pensez-vous que les complots judiciaires comme « Balyoz » (Masse), « l'assassinat des amiraux » et d'autres ne sont que l'œuvre du réseau de trahison parallèle ? Pensez-vous que les inquisitions de Silivri montées contre les héritiers spirituels de Barberousse, de Turgut Reis et des capitaines pacha n'étaient que les embuscades des disciples du prédicateur ?

Si vous n'avez toujours pas compris que le complot « Balyoz » était un raid de Navarin postmoderne orchestré par un consortium impérial souhaitant isoler la Turquie de la mer Égée et de la Méditerranée, l'expulser de Chypre et l'enfermer sur le continent anatolien, alors vous êtes atteint d'une forme d'inconscience qui ouvre la voie aux futurs raids de Lépante, de Çeşme, de Sinop et de Navarin !