Le chemin menant à la République de Turquie s'est ouvert avec la victoire de la Guerre d'indépendance. Durant cette guerre, il a fallu combattre deux ennemis. Le premier était l'ennemi extérieur, la Grèce, qui, agissant comme le bras armé de l'impérialisme, a étendu son occupation commencée à İzmir le 15 mai 1919 jusqu'aux rives de la Sakarya, menaçant les faubourgs d'Ankara. Le second était le front de la trahison collaborationniste, qui a choisi la reddition plutôt que la résistance et s'est allié à l'ennemi.
Ce qui est frappant, c'est que le patron de l'ennemi extérieur et de l'ennemi intérieur est la même puissance impérialiste. C'est le Royaume-Uni, c'est-à-dire l'Angleterre, qui a dirigé la Grèce vers l'Anatolie et qui a confié aux collaborateurs locaux leur mission ! C'est cette même puissance impérialiste qui a prêté de l'argent à la Grèce, l'a encouragée dans son aventure en Asie Mineure et a fourni les armes et l'équipement à l'armée grecque.
Pour étouffer la résistance turque avant même qu'elle ne puisse se structurer et se transformer en armée, les révoltes intérieures fomentées donneront beaucoup de fil à retordre à Ankara. Les soulèvements visant à empêcher l'ouverture de la Grande Assemblée nationale de Turquie avant le 23 avril 1920 se poursuivront même après son inauguration. À Istanbul, trois foyers de trahison, produits de la maternité britannique (Société des amis de l'Angleterre / Société pour l'élévation de l'Islam / Société pour l'élévation du Kurdistan), poursuivront leurs activités sans relâche jusqu'à la victoire finale.
Comme preuve concrète de ce qui est avancé, lisons le télégramme de Mustafa Kemal en date du 9 septembre 1919 concernant la tentative de la Société pour l'élévation du Kurdistan, avec le gouverneur de Harput Ali Galip, de prendre d'assaut le Congrès de Sivas : "Le major britannique Mister Novil, qui fait de la propagande pour la création d'un Kurdistan indépendant sous protectorat britannique, avec Ekrem (Cemilpaşazade Ekrem), Kâmran Ali, Celadet, des beys kurdes ayant vendu leur religion et leur nationalité, ainsi que le gouverneur de Harput, traître à la nation et à la patrie, et le mutasarrıf de Malatya Halil, issu des Bedirhani, qui s'est joint à eux..." La trahison échouera et les collaborateurs seront contraints de fuir à l'étranger.
Un autre exemple de trahison est le soulèvement de Koçgiri. Là encore, la Société pour l'élévation du Kurdistan est à la manœuvre. Les chefs de la rébellion sont Haydar et Alişan Bey, membres de cette même société. Il était devenu à peu près clair que l'armée grecque progresserait vers Ankara après Bursa et Eskişehir. L'objectif était d'affaiblir le front pour faciliter l'avancée grecque. En effet, le fait qu'il ait fallu retirer 10 000 soldats du front grec pour réprimer la rébellion montre la dimension stratégique de cette trahison.
Le soutien politique, militaire et économique du Royaume-Uni à la Grèce, ainsi que les tentatives de trahison intérieure visant à faciliter la tâche de l'occupant, ne suffiront pas à empêcher la sainte révolte des Turcs. La Guerre d'indépendance a été couronnée de succès, et le temps était venu de construire une société et un État modernes. La République, fondée sur une structure unitaire, laïque et démocratique, ne pouvait être acceptée par l'impérialisme. Car la République de Turquie est un modèle de libération pour les nations opprimées, et un modèle dangereux pour les impérialistes, car il conduit à la perte de leurs zones coloniales !
Après la proclamation de la République, l'impérialisme a continué de soutenir les soulèvements visant à faire s'effondrer le nouveau régime avant qu'il ne se renforce et ne s'institutionnalise. Les révoltes de Cheikh Saïd en 1925, d'Ağrı en 1930, de Dersim en 1937-1938 et d'autres insurrections séparatistes, grandes ou petites, ont toutes été soutenues par des impérialistes ayant des comptes non réglés avec la Turquie. La République a su surmonter toutes ces tentatives contre l'intégrité indivisible du pays. Car à cette époque, la nation turque avait un leader comme Atatürk et un État dont la mémoire n'avait pas été effacée par la maladie d'Alzheimer, les infiltrations impériales et les suggestions trompeuses !
Que personne ne se laisse tromper par les enseignes que le parti séparatiste change aussi souvent que des vêtements, ni par ses discours démagogiques. Il ne faut pas oublier que les racines profondes du kurdisme politique en Turquie proviennent de la Société pour l'élévation du Kurdistan (Kürdistan Teali Cemiyeti), née dans la maternité britannique.
Lorsque la poussière des discours postmodernes sur l'ouverture et la paix sera retombée, on verra que le produit commercialisé comme neuf n'est rien d'autre que la recette de la division et de la désintégration qui avait été jetée à la poubelle pendant la période de la Lutte nationale !
En cette 101e année de la République, la question à laquelle il faut répondre honnêtement est la suivante : malgré tout, la République de Turquie, fondée dans le sang et la sagesse, ou la République de l'ouverture, qui mènera à la dissolution et à l'effondrement ?
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