Le système parlementaire repose sur la séparation des pouvoirs entre le législatif, l'exécutif et le judiciaire. Dans ce système, la concentration du pouvoir, de l'autorité ou de la puissance entre les mains d'une seule entité n'est pas autorisée. Le système parlementaire, qui répartit et équilibre le pouvoir entre trois pôles ou piliers, repose sur des élections libres permettant l'expression de la volonté souveraine du peuple.
Jusqu'à un passé récent, en Turquie, le pouvoir législatif était exercé par la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM), l'exécutif par le pouvoir politique ou le gouvernement, et le judiciaire par des tribunaux indépendants. Malgré de nombreux aspects critiquables et des lacunes sérieuses, la Turquie était considérée comme un pays appartenant à la ligue des démocraties, grâce à son parlement, son passé constitutionnel et son système judiciaire. À cet égard, elle occupait une position privilégiée dans le monde islamique.
Il faut savoir que ce que nous venons de décrire est l'histoire d'un passé récent, et non celle d'aujourd'hui. Après le référendum constitutionnel instaurant le système présidentiel, suivi de mesures ayant neutralisé la TBMM, fusionné le judiciaire et l'exécutif, et rattaché toutes les dynamiques au Président, la Turquie est désormais qualifiée de pays dirigé par un système de « chef » (reis), ayant été rétrogradée de la ligue des démocraties.
En passant de la séparation des pouvoirs à la concentration des pouvoirs, ou en d'autres termes, de la séparation des pouvoirs au privilège du plus fort, la Turquie a radicalement rompu avec la démocratie. Les discours prononcés lors de la cérémonie d'ouverture de la « Nouvelle année judiciaire » à la Cour de cassation, le 2 septembre, doivent être interprétés comme l'expression, au plus haut niveau, du passage de la Turquie de la ligue des démocraties à la ligue du « chef ».
Le consensus qui s'est formé entre l'exécutif et le judiciaire concernant une « Nouvelle Constitution civile », évoquée dans le but de légitimer la situation de fait du Président et de lui offrir un bouclier juridique, est préoccupant. Le discours religieux, imprégné de la culture des madrasas, qui a remplacé le discours juridique lors de cette nouvelle année judiciaire, a été suffisamment explicite pour montrer l'état d'un pouvoir judiciaire sous l'ombre de l'exécutif.
Le discours prononcé par le président de la Cour constitutionnelle lors de la cérémonie de prestation de serment du nouveau membre, après l'ouverture de l'année judiciaire, confirme notre évaluation ci-dessus. Le pouvoir judiciaire, façonné autour et sous l'exécutif, c'est-à-dire sous l'initiative de ce dernier, offre une image frappante du nouvel ordre juridique dans lequel la Turquie est entrée.
Ceux qui sont confus quant aux véritables objectifs de la « Nouvelle Constitution civile », dont on tente de créer une demande dans l'opinion publique et qui est constamment évoquée aux sommets du pouvoir, devraient observer le processus que nous vivons. Il en va de même pour la liberté de pensée et d'expression, le droit à un procès équitable et l'indépendance de la justice.
Il est une nécessité historique que la Turquie abandonne au plus vite cette concentration des pouvoirs, dont les résultats négatifs sont visibles en peu de temps, qui aggrave les problèmes au lieu de les réduire et les rend plus complexes, pour revenir à la séparation des pouvoirs. C'est le problème le plus important et le plus brûlant auquel la Turquie est confrontée. La Turquie traverse une véritable crise de régime, une situation de blocage institutionnel.
Il est difficile de dire que nos barreaux, qui devraient toujours faire de la démocratie, du droit et de l'indépendance de la justice leur priorité, ont réussi cet examen. Les organisations professionnelles, et en particulier nos barreaux, ne doivent jamais oublier qu'en plus de protéger et de défendre les droits et intérêts professionnels de leurs membres, elles ont des devoirs et des responsabilités découlant de la nature même de la profession et de son passé honorable, tels que la défense de la démocratie, de l'État de droit, des droits de l'homme, ainsi que de la liberté de pensée et d'expression.
Dans le processus actuel, la réponse que nos barreaux apporteront à la question de savoir s'ils sont du côté de la séparation des pouvoirs ou du côté du plus fort, ainsi que la pratique qu'ils adopteront, seront sans aucun doute notées dans les annales de l'histoire !
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