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Élections et économie

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Bien que les prochaines élections locales concernent les administrations municipales, les attentes du pouvoir en place sont très différentes ; en effet, le bloc au pouvoir espère se renforcer grâce à un succès électoral, et plus particulièrement en remportant la mairie d'Istanbul, afin de concevoir une nouvelle Constitution, très probablement réactionnaire. Car, avant de réprimer par la police une économie de plus en plus sous tension, le bloc au pouvoir tente de remplir, ou du moins de parachever en cette période finale, les missions assignées par l'impérialisme mondial, en condamnant la population à la résignation par le biais de modèles réactionnaires teintés de religiosité.

À l'approche des élections, le gouvernement porte un lourd fardeau : une inflation élevée, des taux d'intérêt inévitablement relevés et qui continueront de l'être pour rattraper l'inflation, un stock de dettes intérieures et extérieures important, ainsi que le problème du déficit courant qui tend à augmenter continuellement. À cela s'ajoutent, comme conséquences inévitables, une dégradation de la répartition des revenus et une pauvreté croissante. Le groupe au pouvoir, qui se comporte presque comme un parti d'opposition à l'approche du scrutin, tente de critiquer les quatre années de gestion à Istanbul en oubliant ses propres vingt-cinq années de pouvoir cumulées, si l'on inclut la période de la mairie métropolitaine d'Istanbul. Il semble que le programme futur de la coalition au pouvoir repose également sur des taux d'intérêt élevés et une politique de compression des salaires. Cela signifie que les inégalités de revenus persisteront, voire s'aggraveront. Quant aux aides dérisoires accordées aux retraités comme appât électoral, elles seront supprimées une fois les élections passées, puisqu'il n'y aura plus de scrutin à l'horizon.

Alors, sur quoi le bloc au pouvoir se base-t-il pour nourrir des espoirs économiques dans cette nouvelle période ? Nous retrouvons ici la même rengaine. L'espoir est que si la livre turque est valorisée et que les fluctuations des taux de change sont évitées, les investisseurs étrangers pourraient revenir. Malgré le tableau général positif ainsi projeté, si l'on examine les relations humaines dans le fonctionnement de l'économie, le système est conçu pour être bâti sur une exploitation intensive du travail, sous la pression du capital étranger et en coopération avec le capital intérieur. Pourtant, il semble que ce projet ne résoudra rien à court terme, qu'il liera encore plus intensément l'économie au monde impérialiste et que, par conséquent, la politique nationale deviendra encore plus complexe.

Bien que l'on s'attende à ce que les hausses de taux d'intérêt après les élections accélèrent l'entrée de capitaux étrangers, le renforcement de la livre qui en résultera jouera en défaveur des termes de l'échange, ce qui aura des effets négatifs tant sur les importations que sur les exportations. Le ralentissement des importations freine le déficit courant, ce qui est un point positif. Cependant, le ralentissement des exportations a un effet inverse qui creuse le déficit. Dans une économie ralentie, il est fort probable que le chômage augmente et que les salaires soient comprimés. Si la généralisation du chômage est un problème politique, elle sert les intérêts du capital. En effet, en situation de chômage massif, les revendications des travailleurs sont également étouffées. Avec la hausse des taux, le système des dépôts protégés par le taux de change (KKM) pourrait être abandonné ; il est d'ailleurs progressivement réduit parallèlement à la hausse des taux. En résumé, tout le coût de la remise sur rails de l'économie sera supporté par les travailleurs. Les déclarations vont d'ailleurs dans ce sens. Il semble que les augmentations de salaires seront effectuées une fois par an, sur la base du taux d'inflation anticipé par l'État. La question des salaires érodés par l'inflation passée sera passée sous silence. Selon ce tableau, le projet envisagé repose sur un programme de type FMI. Les travailleurs doivent réfléchir sérieusement et faire leurs choix politiques en tenant compte du fait que, aux lourds fardeaux de l'exploitation, s'ajoutent désormais les taux d'intérêt bancaires.

Les problèmes de la Turquie ne sont pas superficiels. Pourtant, au lieu de produire des projets et de faire des efforts pour une production suffisante afin de redresser l'économie, la question de savoir pourquoi nous sommes contraints de recourir aux ressources extérieures n'a jamais été posée, en dehors de la période de fondation de la République, et je pense qu'elle ne l'est toujours pas aujourd'hui. Le fait que les taux d'intérêt aux États-Unis ne soient pas augmentés mais maintenus stables nous rassure, mais il ne nous vient même pas à l'esprit qu'il s'agit là d'une exploitation par les taux d'intérêt. Alors que nous sommes secoués par les difficultés dans lesquelles nous sommes plongés, que l'économie se dégrade et que notre peuple s'appauvrit, nous ne sommes pas capables de remettre en question les politiciens ; au lieu de cela, nous nous égarons dans des débats stériles, faisant ainsi le jeu des impérialistes venus nous exploiter. Je ne comprends vraiment pas pourquoi il est si difficile de comprendre l'impérialisme, qui cherche à asservir les sociétés qu'il a capturées de l'intérieur, non pas à leur Créateur, mais à lui-même !

Notre peuple travailleur mise sur les résistances ouvrières, et nos retraités espèrent une amélioration de leur situation en implorant le pouvoir. Chaque segment de notre population doit savoir que ni les résistances ouvrières ni les supplications adressées au pouvoir ne leur seront profitables. La raison en est très claire : le pouvoir est pro-capital. D'ailleurs, à l'approche d'une nouvelle élection, le bloc au pouvoir multiplie les promesses généreuses envers ceux qui tendent la main. Les travailleurs et les retraités doivent savoir que ce qui est donné avant les élections est presque entièrement repris après, et que les promesses faites avant le scrutin seront oubliées par le personnel politique, qui n'est que le prolongement du capital. Nous devons bien nous mettre dans la tête que les gouvernements bourgeois ne sont pas du côté du travail qui produit, mais inévitablement du côté du capital. Si tel est le cas, les travailleurs et les retraités disposent d'un outil de lutte extrêmement approprié, sans aucun risque et très efficace. Cet outil de lutte consiste à montrer très clairement au personnel politique leurs décisions et préférences politiques. Si le personnel politique considère les travailleurs et les retraités comme des électeurs acquis, mais voit le secteur du capital comme conscient, il fera naturellement, comme hier, tout son choix en faveur du capital, conformément à la logique du système.