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Paysages politiques

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Les sociétés fonctionnent sur deux plans économiques. Pour donner quelques exemples : lorsque nous achetons un produit, nous ne pensons pas au travail humain investi à chaque étape de sa production. C'est un aspect des choses. Il y en a un autre. C'est le suivant : en payant le prix d'un produit qui nous plaît, nous ne nous rendons même pas compte que nous avons comparé, voire équilibré, la valeur créée par notre propre travail avec le travail qui a ajouté de la valeur au produit que nous achetons. Même si nous ne sommes pas conscients du processus, celui-ci fonctionne et continue de fonctionner en permanence.

L'image négative que la politique a prise ces derniers temps n'est pas propre à la politique elle-même, mais est le signe d'une pathologie sociale latente qui fait surface au point faible du système. En réalité, ce que nous voyons aujourd'hui en politique est le reflet de toutes sortes de fluctuations individuelles — corruption, trahison, infidélité, non-respect des engagements — qui existent dans presque toutes les couches de la société mais qui ne parviennent pas à faire surface. Pourtant, le principal coupable n'est pas la politique, mais l'effet délétère sur les individus et la société du gouffre moral dans lequel le système entraîne la population. En d'autres termes, la politique est la zone de réflexion symptomatique où s'accumulent les inflammations du corps social. Approfondissons donc la question.

Notre question est la suivante : si la politique devient si dépersonnalisée et si laide, et si ce qui se passe n'est pas la cause principale mais le reflet d'une formation et de causes différentes, quelle est la cause profonde et dans quelle couche de la société, pour quelle raison, prend-elle racine ? Puisque la base du problème se reflète dans les indicateurs extrêmes, nous pouvons commencer l'analyse en examinant ces questions de pointe. Comment se fait-il que des candidats aux législatives, après avoir reçu les voix des électeurs en fonction du parti pour lequel ils se présentent, puissent bafouer le jugement de ces mêmes électeurs d'un trait de plume et passer à d'autres partis ? Il faut analyser la question non pas au stade du changement de parti, mais dès l'entrée de l'individu en politique. Avec quelle motivation les gens entrent-ils en politique ? Pourquoi et par quel processus rejoint-on un parti politique ? S'agit-il de principes partisans ou de programmes politiques ? Je vous laisse le soin d'analyser ces domaines, mais ne perdez pas de vue ces données. Regardons les avantages matériels (et non des privilèges !) qu'une personne obtient lorsqu'elle devient député : les salaires, les droits sociaux inépuisables pour lui-même et sa famille proche, alors qu'ils devraient être des serviteurs du peuple, notre peuple généreux affichant une sorte de pathologie masochiste en qualifiant son député élu de « dignitaire de l'État » et en le vénérant, et le fait que tous les canaux médiatiques soient mis à sa disposition comme un torrent. Toutes ces opportunités sont-elles des bénédictions à rejeter alors que l'économie est de plus en plus sous pression ! Face à l'augmentation des avantages des députés alors que les problèmes du pays s'aggravent, seule une personne dotée d'une nature prophétique pourrait résister. L'érosion de la moralité humaine apparaît dès ce stade. Si l'on ajoute à ce paquet d'avantages la possibilité de trouver des emplois pour les membres de sa famille dans le secteur public ou privé, une fois que l'on a mis le grappin sur le parlement, le reste vient tout seul. La deuxième étape, selon le poste et la fonction occupés en politique, consiste en des revenus supplémentaires qui agissent immédiatement comme un abrasif moral aux côtés du politicien, car l'avantage de l'autre dépend directement de l'avantage du politicien lui-même. Surtout dans un environnement de « privilèges » où la justice est politisée, où les institutions de contrôle comme la Cour des comptes sont partiellement neutralisées, bref, où « les pierres sont attachées et les chiens sont lâchés », des attitudes comme dire à un policier de la circulation « sais-tu qui je suis ? » ou « choisis ta place sur la carte » font perdre à l'homme son humanité. Dans un tel environnement, personne n'a plus de conscience ! Même chez les diplômés des écoles Imam Hatip ou les fonctionnaires des affaires religieuses qui visent une génération morale, il ne reste aucune trace de la justice du calife Omar. Ce que je veux dire, c'est qu'après avoir tout fait pour égarer l'homme et le détourner du droit et de la justice, nous devons comprendre que la saleté qui fait surface n'est qu'un résultat.

Réfléchissons, une objection peut-elle s'élever de la société face à cette structure ? Pourquoi la mentalité qui essaie de devenir millionnaire avec une chance sur un million à la loterie nationale ne songerait-elle pas à atteindre ces bénédictions un jour ; qu'il s'agisse d'un footballeur ignorant du terrain, d'un champion de rallye ou d'un chauffeur privé, peu importe. La question est de réussir à entrer au parlement une fois. Pour le reste, aucun effort n'est nécessaire, il n'est même pas nécessaire d'aller souvent au parlement, tant qu'il n'y a pas de mission de lever la main pour le président !

En attendant de compléter les fondements de cette réflexion dans les prochains articles, à la semaine prochaine…