L'institut statistique turc (TÜİK) a annoncé une inflation de 1,03 % pour le mois de décembre. L'inflation des 6 derniers mois s'élèverait à 15,75 %... Et l'inflation annuelle à 44,38 %... Si vous y croyez...
Nous n'y croyons pas, mais nous en subissons les conséquences. Les salaires, les rémunérations et les pensions de retraite sont tous calculés sur la base de ce taux d'inflation mal mesuré par le TÜİK.
L'ENAG, un groupe d'économistes indépendants qui utilise les mêmes produits que ceux pris en compte par le TÜİK pour son calcul de l'inflation, a établi une inflation de 2,34 % pour décembre et de 83,40 % sur une base annuelle.
Depuis début janvier 2022, je mesure moi-même l'inflation que je subis au quotidien, non pas en me basant sur le panier de biens et services du TÜİK et leur pondération, mais en pondérant les biens et services de mon propre panier de consommation. Je l'appelle l'inflation MERİÇ K. Chaque mois, un jour avant l'ENAG et le TÜİK, je la partage sur mes comptes Facebook, X et Youtube. Selon mes calculs, mon inflation pour décembre a été de 3,08 % et l'inflation annuelle de 86,38 %.
Mon panier d'inflation m'est propre. Il ne reflète pas l'ensemble de la société. Mais il montre le niveau de variation générale des prix. C'est pourquoi je pense que l'inflation réelle vécue par la Turquie est celle mesurée par l'ENAG, soit 83,40 %.
Voici mon argument :
Depuis janvier 2020, nous disposons de deux données sur l'inflation. L'une provient du TÜİK, l'autre de l'ENAG... C'est pourquoi je remonte jusqu'en janvier 2020.
Depuis janvier 2020, selon le TÜİK, le niveau général des prix a été multiplié par 6. L'inflation sur 5 ans a atteint 507 %.
Selon l'ENAG, depuis janvier 2020, le niveau général des prix a été multiplié par 24,6. L'inflation cumulée sur cinq ans a atteint 2363 %.
Selon la dernière annonce du TÜİK, si le président ne prend pas de nouvelles mesures, la pension de retraite minimale sera de 14 469 lires. Examinons maintenant la situation en fonction de l'inflation que nous avons vécue au cours des 5 dernières années.
Dans ce cas, le niveau que devrait atteindre début 2025 la pension de retraite minimale, qui était de 1500 lires en janvier 2020, serait de 9000 lires selon le TÜİK... En d'autres termes, l'AKP, grâce au TÜİK, aurait amélioré le niveau de vie des retraités. C'est ce que disent le président et Mehmet Şimşek. Mais est-ce la réalité ? Les retraités regrettent amèrement même l'année 2020, dont ils n'étaient pourtant pas satisfaits à l'époque.
Selon l'inflation de l'ENAG, pour atteindre le pouvoir d'achat des 1500 lires de janvier 2020, la pension de retraite minimale doit être de 36 875 lires. (1500 x 24,6 = 36 900)
Dans les pays démocratiques où les individus ne sont pas des sujets mais des citoyens libres, il existe une dialectique qui fait toujours progresser la société dans la relation État-citoyen. Pour cela, la société doit exiger ses droits dans le cadre des règles démocratiques et orienter la politique en conséquence. Sinon, dans une société qui ne réclame pas ses droits et se contente de ce qu'on lui donne, la misère économique se généralise. Une poignée de personnes s'enrichit. La société, au lieu d'être composée de « citoyens libres », devient « les sujets – les serfs d'un régime autoritaire ».
Les retraités ne sont pas un fardeau pour la société, ils en sont les véritables propriétaires, ceux qui l'ont construite. Je l'avais écrit dans 12 Punto le 17 décembre 2023.
Trois grands philosophes, issus de trois courants de pensée différents à un siècle d'intervalle, ont défini « la source de la richesse comme étant le travail accumulé ». Les retraités, en plus des cotisations qu'ils ont versées pendant leur période d'activité, sont également propriétaires de toute la richesse créée par le budget public dans ce pays. Il est utile de répéter certaines idées pour qu'elles se diffusent. Voici un résumé de l'article du 17 décembre 2023 :
J. LOCKE, A. SMITH, K. MARX ET LES RETRAITÉS
Le philosophe John Locke (1632-1704), fondateur du libéralisme, des Lumières européennes et de l'Âge de la Raison, source d'inspiration des révolutions anglaise, américaine et française, considère le travail comme la source de la propriété, et donc de la richesse.
Environ 100 ans plus tard, le philosophe Adam Smith (1723-1790), théoricien de l'économie capitaliste (non pas le fondateur, mais le théoricien qui explique de manière systématique et scientifique le fonctionnement d'un système existant), considère le travail comme la source de la richesse dans le cadre de sa théorie de la valeur-travail.
Le philosophe Karl Marx (1818-1883), théoricien de l'économie socialiste, ayant vécu environ 100 ans après Adam Smith, a développé la théorie de la valeur-travail d'Adam Smith dans le but de critiquer le capitalisme, définissant la source du profit et de la richesse comme la plus-value créée par le travail.
Les opinions de ces trois philosophes, ayant vécu à un siècle d'intervalle et théoriciens de systèmes de pensée différents, convergent sur la question de la richesse. Dans toute richesse créée, le travail, et donc les retraités, ont des droits indéniables. Et, compte tenu de leur âge, les retraités ne tiennent pas le bon bout de la corde de la vie. Attendre de la patience de la part des retraités est une très grande injustice.
PROPRIÉTÉ PUBLIQUE ET RETRAITÉS
Pour des droits individuels forts et un État social fort, il est nécessaire de définir la propriété publique et la propriété sociale (collective). La source légitime de ces droits est le principe d'égalité des citoyens et la définition de la propriété publique (sociale).
Le principe d'égalité des citoyens ne se limite pas aux questions juridiques. Les ressources naturelles d'un pays, telles que ses mers, ses rivières, ses lacs, ses plaines, ses mines et ses pâturages, appartiennent à l'ensemble des citoyens de ce pays et ne peuvent être utilisées comme une source de profit (privilège) par un petit groupe.
Par ailleurs, en partant de la définition des trois grands philosophes cités plus haut selon laquelle « la source de la richesse est le travail », la propriété publique (sociale) de toutes les infrastructures, routes, autoroutes, centrales électriques, barrages, réseaux de distribution d'électricité, infrastructures de télécommunications, satellites dans le ciel, ainsi que tous les investissements réalisés par l'État et les gains obtenus, appartient également à tous les citoyens du pays. Ce n'est pas tout : les rentes, telles que les rentes foncières issues de diverses lois et règlements, ne sont pas le droit d'une poignée de privilégiés, mais le droit égal des citoyens de ce pays.
Derrière tous ces droits, il y a les citoyens qui travaillent, qui prennent leur retraite, qui continuent de travailler, ou qui, même sans travailler, paient le prix face à une inflation élevée et subventionnent les investissements en infrastructures de l'État ou les investissements du secteur privé par des taux d'intérêt négatifs, des aides publiques en nature ou en numéraire.
En résumé, tout comme un entrepreneur, lorsqu'il prend sa retraite et transmet ses affaires à sa famille ou à des professionnels, continue de percevoir une part des bénéfices de l'entreprise en tant qu'actionnaire, tous les retraités, tous les contribuables, tous les citoyens qui paient le prix de l'inflation, doivent recevoir une part des gains issus de ces actifs publics.
Pour donner un exemple...
Vous ne pouvez pas vendre au public un service Internet payant en utilisant une infrastructure de télécommunications dont nous avons tous financé le coût en payant nos impôts à temps ou en subissant une forte inflation. Le coût du service ici ne peut être transféré aux entreprises sous forme de profit. Il doit être tarifé par l'État à un niveau permettant d'assurer la continuité du service. Il en va de même pour la distribution d'électricité et pour toutes les ressources naturelles, à commencer par les mines que nous possédons.
La propriété publique n'appartient pas à une clique qui s'empare du pouvoir et à ses partisans, mais à nous tous, en vertu du principe d'égalité des citoyens, et les premiers à devoir bénéficier de ces actifs sont le travail et les retraités, qui constituent la source de la richesse.
Nous ne devons pas nous contenter de ce qui nous est donné, nous devons exiger nos droits.
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