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Une proposition fiscale « gagnant-gagnant »

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En Turquie, alors que l'État étrangle les bas revenus, il ne perçoit pratiquement aucun impôt auprès des hommes d'affaires. Nous avons un système étrange d'incitations et d'exonérations fiscales. Il n'apporte aucun bénéfice au développement économique ni à l'emploi. Il ne sert qu'à enrichir les hommes d'affaires, les politiciens et les bureaucrates.  

Je l'ai écrit la semaine dernière. Si l'État turc est capable de collecter 6 000 milliards de lires en impôts indirects, taxes et amendes sans même prendre en compte l'économie informelle, il pourrait faire passer les impôts directs de 2 500 milliards à 14 000 milliards de lires sans même trouver un seul nouveau contribuable dans le secteur informel. Je maintiens cette affirmation. 

Cette semaine, la Chambre d'industrie d'Istanbul a publié la liste des 500 plus grandes entreprises industrielles de Turquie. Ces données montrent les bénéfices des entreprises, mais pas les impôts qu'elles paient. Cependant, comme les bilans des sociétés cotées en bourse sont publics, nous pouvons voir combien d'impôts elles paient, ou plutôt, combien elles n'en paient pas en raison des incitations accordées par l'État.

Le taux d'imposition sur les sociétés pour les entreprises cotées est de 23 %... Mais les entreprises paient-elles vraiment autant d'impôts ? Jamais, et non...

Prenons un exemple. Une entreprise réalise un bénéfice de 32 milliards de livres turques en 2023. Sur la base de 23 %, elle devrait payer 7 milliards 590 millions de livres d'impôts. Cette entreprise ne fraude pas le fisc, mais l'État ne perçoit pas l'impôt. L'État dit : « Si tu réalises un nouvel investissement ou si tu fais ceci ou cela, je t'accorderai des exonérations. Investis, crée de l'emploi... »

Dans l'exemple que nous examinons, l'entreprise paie seulement 133 millions de livres d'impôts au lieu des 7 milliards 590 millions dus à 23 %. Soit seulement 4 pour mille de son bénéfice... 

Il existe de nombreuses entreprises similaires. Le taux d'imposition sur les sociétés de 23 % se traduit, selon les cas, par zéro, 4 pour mille, 2 % ou 9 %... Mais le taux de 23 % est quasi inexistant...

À QUI APPARTIENT L'INVESTISSEMENT ?

Au milieu de ce chaos d'incitations et d'investissements, la question qui doit être posée et qui passe à la trappe est la suivante : à qui appartient ce nouvel investissement réalisé ? Aux associés de cette entreprise, ou à l'État qui ne perçoit pas l'impôt et, par conséquent, aux 85 millions de citoyens ?

Puisque, sous couvert de nouvel investissement, aucun impôt n'est prélevé sur les bénéfices, alors l'entreprise devrait augmenter son capital à hauteur de ce nouvel investissement et transférer des actions à l'État en contrepartie. Cependant, l'État ne devrait pas s'immiscer dans la gestion de l'entreprise, celle-ci restant dirigée par ses anciens associés.  

L'ÉTAT ET LES CITOYENS SONT GAGNANTS… Si l'entreprise n'est pas cotée en bourse, elle devrait l'être... L'État devrait percevoir des dividendes sur les bénéfices futurs... Si nécessaire, ces actions pourraient être introduites en bourse à la valeur du marché. 

L'ENTREPRISE EST ÉGALEMENT GAGNANTE : Il n'y a pas de perte pour le propriétaire de l'entreprise. Il ne paie pas d'impôts, il donne des actions de l'entreprise à hauteur de l'impôt dû, mais en contrepartie, il développe l'entreprise qu'il dirige grâce au nouvel investissement, augmentant ainsi la valeur de sa société et son potentiel de bénéfices pour les années à venir.

Autant renoncer à percevoir l'impôt, autant mettre de l'argent dans la poche de quelqu'un en lui disant « investis et sois le propriétaire de l'investissement que tu as réalisé ». Où est le « tout pour moi » ? Un tel système de pillage peut-il exister ? Ce n'est pas seulement pour une personne ou une petite minorité. C'est une situation gagnant-gagnant pour tout le monde. Comme on le sait, le Président aime l'expression « win-win ». 

Si jamais cette proposition fiscale leur plaît et est acceptée, je demanderais, en guise de droits d'auteur, une part de 4 pour dix mille sur les actions supplémentaires... (Si vous vous demandez d'où sort ce chiffre... Puisque l'entreprise de l'exemple ci-dessus paie 4 pour mille d'impôts, j'ai proposé un dixième de ce montant, soit 4 pour dix mille. Mais je suis ouvert à la négociation !) 

Il n'est pas nécessaire de débattre longuement. Si vous le souhaitez, discutons-en. Mais toutes les incitations accordées et toutes les exonérations fiscales fournies sans une planification réaliste n'apportent pas la moindre contribution à la croissance, au développement, à l'emploi de l'économie ou du secteur concerné, ni à l'augmentation des recettes fiscales de la période suivante. Les incitations, les exonérations et les exemptions servent uniquement à l'enrichissement des entreprises, des individus, des politiciens et des bureaucrates. Je pourrais citer des centaines d'exemples à ce sujet.