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Au-delà de la réforme constitutionnelle, un processus au service du GOM

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Le président de l'AKP, Recep Tayyip Erdoğan, a prononcé aujourd'hui son discours « historique », attendu depuis longtemps, lors de la réunion de consultation et d'évaluation de son parti. Depuis plusieurs jours, il était affirmé que ce discours marquerait un tournant critique. De plus, cette déclaration intervient seulement un jour après la cérémonie symbolique de « dépôt des armes » organisée par le PKK à Souleimaniye, aux allures de production hollywoodienne.

Pour être franc, je m'attendais à ce qu'Erdoğan annonce aujourd'hui une alliance avec le DEM.

J'avais encore quelques interrogations en tête. « Peuvent-ils vraiment aller aussi loin, se contredire à ce point avec leurs propres discours ? » me demandais-je.

Mais si l'on regarde le passé de l'AKP, on constate que mettre en pratique l'exact opposé de ce qu'ils ont déclaré n'est plus une exception, mais une règle. Tout ce qu'ils ont dit a fini par se retourner contre eux, et ils ont fini par s'asseoir à la même table que ceux qu'ils avaient attaqués avec virulence.

Ils ont utilisé La Mecque, puis Gaza, comme des faire-valoir pour leurs intérêts. Certains jours, ils se sont réfugiés derrière Atatürk et les kémalistes, d'autres jours, ils ont qualifié Mustafa Kemal Pacha d'« ivrogne ». Alors qu'ils étaient les meilleurs amis du monde avec les États-Unis et Israël, ils ont prononcé des discours commençant par « Eyyyyy Israël » sur les places publiques, tout en menant un commerce de plusieurs milliards de dollars.

Il est étrange que, malgré la répétition constante de ces attitudes contradictoires, ils aient continué à recevoir les applaudissements de leurs électeurs.

Les relations établies avec des structures qualifiées de « terroristes » pendant les périodes électorales, dans le seul but de rester au pouvoir, nous aident à mieux comprendre le point où nous en sommes aujourd'hui. Il ne s'agit pas seulement d'une négociation de pouvoir, mais aussi d'un grand projet de transformation que l'on souhaite couronner par une réforme constitutionnelle. Cependant, même la réforme constitutionnelle reste dans l'ombre de l'objectif réel.

Derrière ce processus se cache le scénario écrit par les centres impérialistes, au premier rang desquels les États-Unis. Les propos d'Erdoğan, qui avait déclaré ouvertement par le passé « je suis le coprésident du Grand Moyen-Orient (GOM) », restent frais dans les mémoires.

La Turquie est aujourd'hui confrontée à un processus qui démantèle étape par étape la structure de l'État-nation et cible les valeurs fondatrices de la République.

Dans son discours d'hier, Erdoğan a insisté à plusieurs reprises sur les termes « Turc, Kurde, Arabe ». Ces répétitions ne sont absolument pas fortuites. Cette insistance est l'expression d'une volonté de créer une nouvelle « Turquie des partenaires ». L'objectif est de détacher la République de Turquie de son identité historique pour la transformer, sous le nom de « République d'Anatolie », en une structure sous tutelle américaine et malléable. Désormais, le but de la guerre déclenchée en Syrie apparaît plus clairement, et le plan qui sous-tend l'immigration est mis en pleine lumière.

Ce projet progresse étape par étape depuis longtemps. Il a été mis en œuvre de manière systématique par les cadres islamistes politiques. Au point où nous en sommes, il est clair que nous sommes passés à une phase où les résultats sont sur le point d'être obtenus.

Nous vivons une période où la destruction économique s'aggrave, où les travailleurs vivent au seuil de la pauvreté, où les retraités ne peuvent plus faire leurs courses au marché, où des pères se suicident parce qu'ils ne peuvent pas acheter de pantalon à leurs enfants, où la justice est anéantie et le droit réduit au silence. Cette obscurité n'est pas seulement gérée par le pouvoir politique, mais aussi par des opérations de perception diffusées via les médias.

C'est pourquoi un appel à une véritable lutte est nécessaire.

Du kémaliste au socialiste, du républicain au communiste ; des organisations de la société civile aux associations, des enseignants aux médecins, des jeunes aux personnes âgées, il est désormais impératif que toutes les couches de la société se retrouvent sur un terrain commun. Quiconque souhaite protéger son droit à la vie et son pays doit lutter pour défendre la République, la démocratie, la laïcité et l'État-nation.

Nous ne sommes pas seulement face à la réaction islamiste politique, mais face aux interventions impérialistes alliées qui la créent et la nourrissent. Le front de lutte est large, mais le point commun de ce front est très clair : défendre l'intégrité et les valeurs fondatrices de la République de Turquie.