Il n'y a pas si longtemps... En 20 ans, que de changements !
Je ne sais pas si cela découle du climat politique en Turquie, mais nous sommes confrontés à de graves problèmes... En tant que journaliste, je souhaite tout d'abord aborder la décomposition au sein des médias.
Au cours de l'année écoulée, j'ai été confronté sous des angles très différents à la corruption implacable qui règne dans le monde médiatique.
Par le passé, nous ne connaissions, n'entendions et ne méprisions que les petits journalistes pathétiques et leurs calculs d'intérêts tout aussi mesquins.
Ceux qui font la promotion des lieux de divertissement de leur partenaire, ceux qui mangent et boivent gratuitement dans les restaurants, ceux qui empruntent de l'argent à certains hommes d'affaires célèbres, ceux qui tentent de présenter des voleurs et des escrocs comme des « hommes d'affaires », ceux qui s'adonnent au chantage en utilisant des images de personnes trompant leur conjoint, ceux qui séjournent pendant des jours dans des hôtels ultra-luxueux dits « sept étoiles », ceux qui sont couverts de cadeaux au Nouvel An, ceux qui se prétendent journalistes économiques mais ne font des interviews qu'avec de grands patrons, ceux qui jouent les entremetteurs dans les affaires de cœur, ceux qui construisent le journalisme sur l'ensemble de ces laideurs et bien plus encore... Et ainsi de suite...
Parmi eux, j'ai rencontré des individus méprisables qui se vantaient d'avoir voyagé 220 fois gratuitement, ainsi que de véritables escrocs qui, après avoir dupé des personnes avec la promesse de supprimer des articles, appellent des journalistes honnêtes en se faisant passer pour des amis de longue date afin de piéger leurs victimes.
Pendant des années, j'ai essayé d'expliquer la sensibilité de ce sujet à tous ceux qui m'entouraient, du mieux que je pouvais.
Car si l'on perd le contrôle dans ses relations avec les représentants des agences de relations publiques, les représentants d'entreprises ou les patrons, un journaliste peut soudainement se retrouver endetté.
Les pièges sont également extrêmement effrayants.
Par exemple, l'invitation : « Peut-on prendre un thé ou un café, pour faire connaissance ? » est extrêmement dangereuse.
Imaginez : vous faites du journalisme au nom du « droit, de la justice, du travail », mais vous sirotez un café au Divan Otel avec le conseiller du « quintette de gangs » (beşli çete). Quelle image laide et difficile à justifier, n'est-ce pas ?
Certains pourraient rétorquer : « Un journaliste peut rencontrer tout le monde. »
Bien sûr qu'il le peut, mais le lieu, les témoins présents et la manière dont il se protège sont d'une importance capitale.
D'ailleurs, avant même d'en arriver au journaliste démuni qui rencontre le conseiller en communication du « quintette de gangs », que de choses à dire !
C'est un pays où des profils « plus que respectables », ayant accumulé de nombreux postes et fonctions au cours de leur longue carrière, fournissent des « services de conseil » aux patrons les plus riches de Turquie et aux financiers de structures réactionnaires.
Je suis témoin de la façon dont ceux qui donnent des leçons de morale à la société sur les écrans, dans les colonnes des journaux ou sur les réseaux sociaux, et qui parlent de justice, de lumières et de progrès, cachent en réalité la vérité pour des calculs si mesquins. Ils ne se sont pas contentés de la cacher. Ils ont aussi laissé seuls ceux qui défendent le journalisme.
Ceux qui, lorsqu'ils occupaient des postes importants, appelaient chaque jour en traînant les mots : « Patron, je vous jure que l'affaire n'est pas comme vous l'avez écrite, je vous en prie, supprimez l'article », commencent à harceler les portes des dirigeants avides de primes s'ils ne parviennent pas à leurs fins.
Ils brandissent la menace sous couvert de politesse en disant : « Nous avons passé des annonces, si cet article n'est pas supprimé, nous aurons des problèmes avec l'agence, c'est un avertissement de notre part. » Cette menace pitoyable et vile est prise très au sérieux par des personnes tout aussi pitoyables.
En mettant de côté tout sentiment de honte, un ersatz de publicitaire se dresse devant vous, avec une voix institutionnelle et une bouche qui se répand de tous côtés, et dit : « Nous sommes obligés de supprimer cet article. »
Non, nous ne le sommes pas, nous ne l'avons pas supprimé, et nous ne le supprimerons pas à l'avenir.
Il y a beaucoup de choses à dire, beaucoup de vérités à raconter...
C'est une question vaste et il n'est guère possible de tout transmettre en un seul article...
Je continuerai...
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