Le ministre de l'Intérieur Ali Yerlikaya, qui a succédé à Süleyman Soylu, suscite les éloges de nombreuses personnes, y compris de journalistes issus de l'opposition.
Ce qui rend Yerlikaya populaire et lui vaut cette reconnaissance, c'est le fait qu'il partage fréquemment sur son compte X (anciennement Twitter) les opérations de sécurité menées ces derniers temps.
Les publications consistent généralement en des vidéos montrant un grand groupe de policiers, des motos, des véhicules alignés les uns après les autres, ainsi que des descentes effectuées dans les lieux où se trouvent les criminels, le tout rendu encore plus attrayant par des prises de vue réalisées par drone.
Ces images apportent évidemment un certain soulagement aux citoyens ordinaires, inquiets et vivant dans la peur. Les personnes isolées, sans soutien, reprennent espoir... Quand je parle de personnes isolées, je fais référence à ceux qui n'ont pas de protecteurs influents, d'oncles puissants ou de connexions politiques derrière eux.
Cependant, il existe une réalité colossale qui est ignorée.
Le principal responsable de la transformation de la Turquie en un enfer de criminalité est le gouvernement de l'AKP, qui dirige le pays depuis 21 ans. Aujourd'hui, ce même gouvernement tente de montrer qu'il mène une lutte acharnée contre le crime. S'il dirige l'État, n'est-ce pas déjà son devoir de lutter contre la criminalité ? N'est-ce pas là la norme ?
Des criminels venus du monde entier, notamment à Istanbul, poursuivent leurs activités dans notre pays. Nous sommes parfois témoins d'affrontements impliquant des armes à feu à canon long. Après le terrible meurtre commis dans une boutique de tabac à Esenyurt, les images du chauffeur de taxi abattu de 10 balles dans son véhicule ces derniers jours ont glacé notre sang.
Même la mafia suédoise est présente dans notre pays.
Le nombre de personnes interpellées et d'éléments criminels saisis dans les publications du ministre Ali Yerlikaya est également frappant. Par exemple, Yerlikaya rapporte lui-même que lors des opérations simultanées « NARKOGÜÇ » menées avec la participation de 387 équipes, 985 policiers, 2 aéronefs et 27 chiens détecteurs de stupéfiants, les perquisitions aux adresses des suspects ont permis de saisir : 846 kg de méthamphétamine, 223 kg de skunk, 11 kg de cocaïne, 15 kg de cannabis, 5 kg de bonzaï, 0,5 kg d'héroïne, 35 000 pilules stupéfiantes, 14 pistolets et 4 fusils.
UNE SEULE OPÉRATION ET LE TABLEAU QUI EN RÉSULTE
C'est la quantité de drogue saisie à l'issue d'une seule opération.
Aujourd'hui, le 6 novembre 2023, dans sa publication évoquant l'opération « Mengene », Yerlikaya a annoncé que des procédures administratives ont été engagées contre 517 personnes et des procédures judiciaires contre 118 autres, que 33 suspects ont été placés en garde à vue et qu'un total de 650 personnes faisant l'objet d'un mandat de recherche ont été appréhendées. Une seule opération et le tableau qui en résulte...
Il n'est pas possible de faire face au crime et aux criminels avec des opérations ponctuelles, concentrées sur un intervalle de temps limité. Il est nécessaire de comprendre quels facteurs ont conduit la Turquie et le peuple turc à cet état, et de définir une nouvelle feuille de route à long terme.
Les moyens les plus efficaces pour réussir la lutte contre la culture de la violence, le crime et tous les éléments criminels sont sans aucun doute une société éduquée et l'instauration de la justice.
Tout le monde, des membres de la magistrature à toutes les strates du pouvoir, en passant par le peuple et les journalistes, sait que le système judiciaire traverse un effondrement historique. Ceux qui n'ont plus foi en la justice et qui croient pouvoir rendre leur propre justice se tournent vers l'armement individuel. Nous savons que le nombre d'armes à feu non enregistrées en Turquie dépasse les 36 millions. Il existe également environ 4 millions d'armes enregistrées.
Des meurtres sont commis chaque jour dans notre pays. De simples disputes se transforment en guerres de quartier impliquant des dizaines de personnes, rappelant les luttes sanglantes des tribus primitives. Les gens s'attaquent avec des haches, des bâtons et des armes blanches. Et l'on s'aperçoit parfois que ceux qui ont commis des meurtres sont de nouveau parmi nous...
COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVÉS LÀ ?
Le crime et la force sont sacralisés. De très jeunes enfants ont des tendances violentes. Alors que les verres de raki sont floutés dans les séries télévisées, personne ne dit « stop » à la violence faite aux femmes, à la mafia, aux armes qui crachent la mort, aux organisations criminelles, aux structures obscures et à la domination masculine ; au contraire, on leur ouvre la voie.
Le résultat : des milliers de meurtres, des millions de jeunes et d'enfants grandissant avec des perceptions altérées...
En résumé, que Monsieur le Ministre continue de partager des images d'opérations, qu'il intensifie encore les opérations, il n'y a pas de problème. Mais il est utile de se rappeler et de rappeler ceci :
Comment en sommes-nous arrivés là ?
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