La Turquie a ratifié l'Accord de Paris sur le climat par décret présidentiel le 7 octobre 2021 et, dans le cadre de cet accord, a annoncé son objectif de zéro émission nette de carbone d'ici 2053.
Certaines critiques à l'encontre de l'Accord de Paris soutiennent que l'objectif de « zéro carbone » est un piège utilisé pour désindustrialiser les pays en développement comme la Turquie. Il est avancé que les Nations Unies, le Forum économique mondial (WEF) et les grandes institutions financières utilisent le discours sur le « changement climatique » pour tenter de contrôler les flux de capitaux mondiaux, et il est souligné que la Turquie pourrait être confrontée à des taxes carbone dont le montant annuel devrait atteindre 2,5 milliards de dollars d'ici 2032.
Dans ce contexte, le projet de loi sur le climat, soumis à la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM) par le parti au pouvoir conformément à l'Accord de Paris, a rencontré une résistance efficace de la part des partis d'opposition et des organisations de la société civile. Le fondement de cette résistance reposait sur l'idée erronée que le projet de loi résoudrait le problème du changement climatique mondial en permettant aux entreprises émettant massivement des gaz à effet de serre d'acheter des crédits carbone.
D'après les informations parues dans les médias le 15 avril 2025, nous avons appris que le projet de loi sur le climat a été retiré pour être réexaminé en commission.
Quelles sont les principales critiques à l'encontre du projet de loi ?
• En dehors de l'objectif de zéro émission nette en 2053 mentionné dans la « Contribution déterminée au niveau national », aucun objectif intermédiaire n'a été fixé, par exemple sur ce qui devrait être atteint dans cinq, dix ou vingt ans.
• Le projet de loi ne contient aucun objectif concret pour réduire l'utilisation du charbon, du pétrole et du gaz, qui causent la pollution atmosphérique dans le pays, ni pour améliorer la qualité de l'air. Par exemple, les centrales à charbon seront-elles fermées ou la priorité sera-t-elle donnée aux transports collectifs pour réduire l'utilisation des voitures individuelles ?
• Le projet de loi ne contient aucune disposition sur la manière de gérer les concessions accordées aux entreprises nationales et étrangères qui détruisent notre nature. Par exemple, comment empêcher la coupe des arbres dans les monts Kaz, dans la région de la mer Noire, en mer Égée et en Méditerranée ?
• Le projet de loi n'apporte pas de solutions claires aux problèmes que le changement climatique posera pour la production agricole.
Comme on le sait, la sécheresse augmente, le régime des précipitations change et, par conséquent, la Turquie perd sa souveraineté alimentaire. Notre production agricole ne peut être maintenue sans pétrole, engrais chimiques, pesticides synthétiques et matières premières fourragères importées, qui contribuent également au changement climatique. L'augmentation excessive des coûts de production a réduit les surfaces cultivées, faisant de la Turquie un importateur de nombreux produits agricoles, du blé aux haricots.
• Le projet de loi ne prend pas en compte les effets multidimensionnels de la crise climatique sur la santé humaine, animale, végétale et environnementale. Le changement climatique menace également la santé des deux composantes principales de l'agriculture, à savoir la production végétale et animale, et augmente par exemple la propagation des zoonoses dans l'élevage. Aujourd'hui, plus de 61 % des maladies humaines sont d'origine animale.
• Les parties concernées n'ont pas été impliquées dans le processus de préparation du projet de loi. Le texte a été rédigé par le ministère à huis clos.
Quels sujets le projet de loi sur le climat devrait-il couvrir ou que faut-il faire face à la crise du changement climatique ?
• La transition vers les énergies renouvelables doit être accélérée.
• Outre la création de villes vertes, il faut se concentrer sur la construction de bâtiments nécessitant moins d'énergie.
• La déforestation doit être empêchée et la régénération naturelle de la nature doit être soutenue. Dans ce cadre, on peut citer des sujets tels que la recharge des aquifères, la culture d'arbres à croissance rapide et d'espèces variées, ainsi que la recherche sur la prévention des pluies acides.
• La recherche sur le développement de variétés végétales plus résistantes à la sécheresse et au froid doit être rapidement mise en œuvre.
• L'utilisation mondiale des combustibles fossiles et des engrais chimiques doit être réduite. Par exemple, il faut tenir compte du fait que les émissions de gaz à effet de serre provenant des engrais azotés synthétiques sont 1,39 fois supérieures à celles de l'aviation commerciale.
À court terme, soutenir les produits agrochimiques et le pétrole pour stimuler la production agricole ne peut être qu'une mesure tactique temporaire. Cependant, dès la première année, une stratégie doit être mise en œuvre dans l'agriculture, soutenant les pratiques agroécologiques et incluant une solidarité agriculteur-consommateur basée sur le concept de « produire local, consommer local ».
• L'État doit cesser de soutenir des pratiques totalement opposées à l'écologie, telles que les « zones industrielles organisées basées sur l'agriculture » qui reposent sur l'élevage intensif.
• Pour l'alimentation des animaux, nos pâturages doivent être pris en compte au lieu des aliments industriels d'usine, et les zones de pâturage doivent être protégées. Les pâturages peuvent être soutenus par des approches telles que la gestion holistique des pâturages.
• L'approche « Une seule santé » (One Health) doit être ajoutée au projet de loi, en tenant compte du fait que la crise climatique est également une crise sanitaire.
• Face aux effets négatifs du changement climatique, des programmes et des politiques sérieux, fortement soutenus par les administrations centrales et locales, doivent être mis en œuvre. Pour y parvenir, les organisations de la société civile et les personnes travaillant dans ce domaine doivent également être impliquées.
Note : La rédaction de l'article « Approches divergentes sur le projet de loi sur le climat » a également bénéficié de l'article du Prof. Dr. Tayfun Özkaya du 14 avril 2025 intitulé « Proposition de loi sur le climat : Une autre loi est possible ».
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