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Je n'ai pas le visage pour ça !

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Mustafa Kemal Atatürk, que nous commémorons aujourd'hui avec respect et nostalgie, est comme notre santé.

Ce n'est qu'une fois perdue que nous en comprenons l'importance…

Il est comme nos dents, par exemple. Nous ne connaissons pas leur valeur au quotidien, mais dès qu'elles nous font un peu souffrir, notre monde s'assombrit !

Ou bien…

L'absence d'Atatürk, c'est cette douleur qui nous saisit les jambes lorsque nous nous mettons au lit pour dormir !

*

Son absence est notre soif… Elle nous assoiffe profondément !

C'est rester nu en plein blizzard !

C'est notre solitude ; nous en avons le cœur serré…

L'absence d'Atatürk, ce sont des branches desséchées ; cela rappelle toujours les arbres chargés de fruits…

C'est la terre qui se fend. Quand vous fermez les yeux, vous voyez les épis jaunis qui se balancent dans le vent…

C'est un bébé privé de sa mère…

Un enfant dont le jouet est cassé…

Un jeune homme abandonné par sa bien-aimée…

Un père licencié…

C'est une mère dont le lait s'est tari…

Nous ne connaissons pas leur valeur en leur présence, mais leur absence fait souffrir jusqu'à la mort.

*

C'est, par exemple, ces plus de 800 000 filles qui ne sont pas envoyées à l'école…

Ce sont ces apprentis en âge d'être scolarisés qui travaillent clandestinement.

C'est aussi la combinaison de travail portée à la place de la blouse d'écolier…

C'est l'enseignant qui n'a pas pu être nommé ; celui qui a usé ses fonds de culotte pendant des années mais qui ne peut rejoindre ses élèves !

C'est une éducation sans « nation »…

C'est notre serment que l'on nous empêche de prononcer, notre hymne que l'on nous empêche de chanter, notre « T.C. » (République de Turquie) que l'on a supprimé !

C'est une santé sans médecins ; celle à qui l'on dit : « Allez où vous voulez » !

L'absence d'Atatürk, c'est le grand froid ; vous en avez le corps glacé !

C'est l'obscurantisme qui s'en prend à votre jupe dans le bus que vous prenez.

C'est le fanatisme qui s'immisce dans votre mode de vie, l'arrogance qui ignore les lois, l'effronterie qui utilise Dieu comme couverture pour toutes sortes de méfaits.

*

Les rouages de l'industrie qui s'arrêtent…

Les cheminées d'usine qui ne fument plus…

C'est la richesse nationale bradée comme si elle appartenait à des pères…

C'est la SEKA, démolie pour construire un parc sur son terrain ; alors que nous étions un pays exportateur de papier, nous en sommes devenus importateurs !

C'est la Sümerbank fermée ; avec ses cotonnades aux mille couleurs…

C'est la fabrique de chaussures Beykoz Deri Kundura, démolie, elle qui gardait nos pieds si bien au chaud !

Ce sont les minoteries, les sucreries, les mines bradées !

C'est l'agriculteur encouragé non pas à produire, mais à ne pas produire.

C'est l'absence de plan, l'absence de programme, le gaspillage…

Ce sont les palais illégaux construits à la place de fermes uniques, établies sur des terres arides avec mille efforts !

C'est le 2-B qui ferme les yeux sur les pilleurs, ce sont les amnisties immobilières et fiscales !

C'est la vulgarité qui cherche l'honneur non pas dans la prospérité de son peuple, mais dans des bâtiments fastueux !

*

L'absence d'Atatürk, ce n'est pas l'autosuffisance, c'est la dépendance aux autres…

C'est une république sans peuple, fondée non pas sur la volonté populaire mais sur des hommes seuls, des journalistes jetés en prison privés de liberté, des soldats faits prisonniers, des procureurs traîtres à la patrie à qui l'on offre des voitures de fonction blindées !

C'est une justice sans droit, une équité injuste !

*

Aujourd'hui, à neuf heures cinq…

Comme toujours, je collerai mes mains le long de mes jambes et je me tiendrai debout, bien droit.

Je commémorerai avec amour et nostalgie ce grand homme qui a fait de nous ce que nous sommes.

Et, comme toujours, deux larmes couleront de mes yeux qui commencent à se tarir…

Mais cette fois, je ne pleurerai pas pour lui.

Mes larmes couleront pour chacune de nos richesses qu'il nous a léguées mais que nous n'avons pas su protéger.

Je ressentirai exactement ce que je ressens quand ma dent me fait souffrir, quand des douleurs me saisissent les jambes ou le cou.

Je dirai : « Ah… Ah… Je n'ai pas su apprécier ces jours de santé ! »

*

Cette fois, je ne te dirai pas « Repose en paix »

Je n'ai pas le visage pour ça !