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La victoire incomprise de l'extrême droite en France

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Après le second tour des élections qui se sont tenues le week-end dernier en France, on a commencé à affirmer que l'extrême droite avait subi une défaite cuisante. Cette cacophonie m'a rappelé la phrase que Yılmaz dit à İlkkan dans la série Gibi : « Je ne t'ai jamais écouté, mais je suis sûr que tu as tort. »

Il y a une chose que les universitaires comme moi, qui établissent un lien entre les politiques économiques et la démocratie, soulignent constamment : si la prospérité et la propriété ne sont pas redistribuées, une nouvelle ère d'extrémisme est inévitable. Aujourd'hui ou demain...

Car il ne faut jamais oublier que l'effort pour maintenir le système et le statu quo n'est qu'une solution temporaire. Si, en discutant de la montée des « extrêmes », nous ne nous attaquons pas à la racine du problème, c'est-à-dire aux inégalités économiques enracinées et aux exclusions qu'elles renforcent, nous ne faisons que laisser l'« extrême » en jachère.

Je n'ai jamais écouté ceux qui, ignorant totalement cette dimension du problème et commentant les résultats électoraux avec une connaissance de la politique européenne à peine supérieure aux discussions de café de village, mais je pense qu'ils ont certainement tort...

Venons-en aux élections françaises...

Tout d'abord, il faut préciser que l'extrême droite n'a pas subi une grande défaite en France. Les acteurs qui se sont unis face à la perspective d'une victoire écrasante de l'extrême droite ont réussi à empêcher cette victoire, avec l'aide du système électoral. Alors, comment ?

Selon le système électoral français, dans les cas où aucun candidat n'atteint 50 % dans une circonscription, tout candidat ayant dépassé 12,5 % peut se présenter au second tour. Par conséquent, nous pouvons observer des élections à 3 ou 4 candidats dans certaines circonscriptions. C'est grâce à ce système électoral que les partis centristes opposés à l'extrême droite et l'alliance de gauche ont décidé de retirer leurs candidats là où ils étaient les moins bien placés, afin de soutenir le candidat le plus fort face au Rassemblement national, c'est-à-dire face à l'extrême droite.

Le résultat est une image divisée en trois entre l'Alliance de gauche, l'alliance de Macron et l'extrême droite, aucune d'entre elles n'ayant obtenu la majorité absolue au parlement. Il s'agit d'une telle division que, alors qu'il faut atteindre le nombre de 289 sièges pour la majorité absolue, l'Alliance de gauche, qui a remporté le plus grand nombre de sièges, n'en a obtenu que 180.

Cela signifie ceci : aucun des trois blocs n'a la force de former un gouvernement. De plus, contrairement à l'Allemagne, il n'existe pas en France de tradition de formation d'une grande coalition (grand coalition) entre les sociaux-démocrates et le centre-droit...

Dans ce cas, deux voies semblent s'ouvrir devant Macron : i) Former une coalition avec les sociaux-démocrates et les Verts, qui font partie de l'Alliance de gauche (elle-même composée de Verts, de sociaux-démocrates, de la gauche radicale et de communistes) et avec lesquels son alliance centriste ne diverge pas beaucoup sur les politiques européennes, russo-ukrainiennes, israélo-palestiniennes, sociales et économiques. Pour cela, Macron devra diviser l'Alliance de gauche. ii) En cas de crise gouvernementale prolongée, confier la tâche de former un gouvernement technocratique à une personnalité issue de la haute fonction publique ou de la société civile, en s'appuyant sur le pouvoir que lui confère la Constitution.

Pour le premier cas, nous verrons combien de temps cela pourra durer, même si cela est mis en place par peur de l'extrême droite dans un pays où une telle tradition n'existe pas... Dans le second cas, jusqu'à une seconde dissolution du parlement, qui ne pourra être envisagée qu'en juillet 2025, le gouvernement du pays, aux prises avec des problèmes brûlants, ne s'occupera que des affaires courantes, ne pourra pas agir et ne pourra faire voter aucune loi critique...

Pour un pays qui possède les pires finances publiques parmi les pays de l'UE avec plus de 3 000 milliards d'euros de dette publique, il n'est pas difficile de prédire qu'une telle crise gouvernementale pourrait elle-même pousser les électeurs à s'éloigner des acteurs politiques centristes pour se tourner vers l'extrémisme lors des prochaines élections... D'ailleurs, si l'on considère que le Rassemblement national a obtenu le plus grand nombre de voix dans les zones rurales, chez les chômeurs et chez les personnes ayant un niveau d'éducation inférieur ou égal au lycée, la relation entre l'économie et le comportement électoral, ainsi que les conséquences possibles d'une telle crise gouvernementale, deviennent plus claires.

De plus, lorsque l'on comprend que la prétendue « défaite de l'extrême droite », racontée depuis le jour du scrutin, n'est en réalité pas une si grande défaite, l'ampleur de ce risque devient frappante. L'extrême droite, dont on prétend qu'elle a subi une défaite, a recueilli 10 millions de voix en France et, malgré la présence de 4 partis de gauche et 3 partis du centre face à elle, elle a fait passer son nombre de députés de 89 lors de la législature précédente à près de 150.

Bien que cela montre, à mon avis, que le tableau n'est pas aussi encourageant qu'on le raconte, un autre risque réside dans le soutien financier que le Rassemblement national recevra désormais du Trésor. En France, l'État verse une aide de 1,60 euro par voix obtenue, et paie également 37 000 euros par an pour chaque siège remporté. Cela signifie que, au cours des 5 prochaines années, ce parti disposera d'un budget d'environ 110 millions d'euros provenant uniquement des caisses de l'État. C'est une somme très importante pour que le parti puisse atteindre des publics qu'il n'avait pas encore touchés et mener une campagne plus efficace.

Le processus que l'on tente de nous faire avaler comme une « défaite de l'extrême droite » est précisément celui-ci. Le Rassemblement national est le premier conscient de ce processus. Avec cette conscience, ils ont deux objectifs devant eux : i) Remporter plusieurs villes de taille moyenne et grande lors des élections locales de 2026, ii) Gagner l'élection présidentielle de 2027...