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La République et l'État-nation

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Dans une déclaration faite après avoir fondé la République, Atatürk a souligné une vérité en affirmant : « J'ai gardé la République dans ma conscience comme un secret national ». Le grand leader a souvent ressenti une profonde solitude sur le chemin qu'il a emprunté pour réaliser son œuvre la plus importante. Il est de notoriété publique qu'une grande partie de ses plus proches collaborateurs, de ses compagnons de route et des héros considérés comme les pères fondateurs de notre État ont eu des difficultés à comprendre Atatürk et à atteindre la clairvoyance de celui dont les prévisions dépassaient l'horizon de son époque. Ce constat deviendra d'ailleurs encore plus évident après la guerre d'Indépendance, lors des étapes révolutionnaires franchies pour la République et sa consolidation.

Nous le savons, lorsque Gazi Mustafa Kemal Atatürk a lancé la guerre d'Indépendance en débarquant à Samsun le 19 mai 1919, son objectif était d'établir une « République laïque, moderne, pleinement indépendante et fondée sur la souveraineté nationale ». Cet objectif était extrêmement ambitieux et a engendré des conséquences majeures, non seulement pour notre pays et notre nation, mais aussi, plus spécifiquement, pour notre région, pour le monde en général, et sur le plan idéologique, pour tous les peuples opprimés. Le génie et la clairvoyance d'Atatürk, sa persévérance et sa détermination, sa différence dans la méthode, la portée et les objectifs, ainsi que sa stratégie alliant la guerre d'Indépendance à la révolution des Lumières, ont jeté les bases d'un État moderne.

Les avancées de la Révolution républicaine, entamée avec la guerre d'Indépendance le 19 mai 1919, institutionnalisée par l'ouverture de la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM) le 23 avril 1920, et nommée et structurée par la proclamation de la République le 29 octobre 1923, ont atteint leur apogée du vivant d'Atatürk. Au cours de ce processus, alors que l'État-nation était fondé et renforcé, le peuple turc s'est constitué en nation tout en se dotant d'un État, et s'est doté d'un État tout en se constituant en nation.

L'examen de l'itinéraire suivi par Mustafa Kemal Pacha après son débarquement à Samsun révèle que ce parcours coïncide avec son orientation politique. Cette convergence inclut également des dimensions stratégiques, idéologiques et militaires. Car Mustafa Kemal Pacha savait que pour combattre l'impérialisme dans les parties occidentales de l'Anatolie, il fallait être fort à l'Est.

Il tourne son front vers l'Ouest, s'appuie sur l'Est et prend l'Anatolie dans son dos. C'est une manœuvre d'une immense portée, et l'alliance qui sera établie avec l'Union soviétique peu après le début de la guerre d'Indépendance viendra compléter ce choix sur le plan diplomatique.

En tant que commandant très avisé, Atatürk est conscient qu'une erreur commise dans le déploiement des forces ne peut être réparée. Il sait qu'une attaque lancée sans préparation suffisante, sans avoir rassemblé les forces nécessaires et sans disposer des moyens et capacités requis, est vouée à l'échec. C'est pourquoi il a rassemblé les mouvements de résistance qui émergeaient aux quatre coins du pays et les structures patriotiques organisées sous une seule bannière lors du Congrès de Sivas : l'Association pour la défense des droits d'Anatolie et de Roumélie. Il a ainsi apporté une force immense à cette lutte nationale et sacrée, lui a donné une impulsion, a élargi sa base sociale et a assuré sa légitimité.

Sur le plan diplomatique, Atatürk a su tirer parti des contradictions entre l'impérialisme britannique et les intérêts de l'Italie et de la France, approfondissant ainsi leurs divisions. Grâce à cela, la capacité d'action et l'efficacité du gouvernement d'Ankara se sont accrues. Sur le plan militaire, la supériorité a été acquise face à la Grèce, alors sous la tutelle de l'impérialisme britannique. En somme, l'ennemi a été isolé tant sur le plan diplomatique que militaire. Alors que la voie vers la République ouvrait la porte aux victoires militaires, ces dernières ont également servi de levier sur la scène diplomatique.