Les célébrations du centenaire de la République ont été, comme on pouvait s'y attendre, célébrées par le peuple contre le pouvoir en place. Cette situation est, d'une certaine manière, tout à fait naturelle. Mais sous un autre angle, c'est un sujet qui mérite une attention particulière.
Examinons d'abord l'aspect naturel : comme on le sait, en opposition aux régimes à dirigeant unique tels que la royauté ou la monarchie, il s'agit d'une forme de gouvernement populaire où le peuple domine la gestion. Pour le rappeler simplement, la démocratie directe, telle qu'elle était pratiquée dans la civilisation grecque antique, n'est pas applicable à notre époque complexe et très peuplée. Dans ce cas, le système permettant la gestion de la société par l'intermédiaire des assemblées populaires, c'est-à-dire les parlements, en tant que représentants du peuple, est appelé « régime républicain ».
La première forme de ce modèle simple a été portée sur l'agenda politique par la Révolution française de 1789. Avec la Révolution, tous les êtres humains ont commencé à être traités comme des citoyens et à bénéficier d'un traitement égal. En d'autres termes, chacun a obtenu le droit de vote et d'éligibilité dans des conditions égales. À première vue, la Révolution française a été perçue comme un mouvement extrêmement progressiste ; ce qui était tout à fait naturel. Cependant, si tous les citoyens disposent du droit de vote et d'éligibilité, et si le parlement a le pouvoir de gouverner la société par la loi, un tel système constituait un très grand danger pour les classes riches et élitistes. Car, en obtenant la majorité au parlement, certains droits de la noblesse pouvaient être restreints. Pour éviter ce danger, afin de préserver les libertés acquises par les élites, il était nécessaire, sous couvert de discours démocratique, de restreindre les libertés de la majeure partie de la société. Ainsi, le parlement pouvait prendre n'importe quelle décision, mais ne pouvait pas modifier certains droits fondamentaux (!).
Cet article, qui constituait un obstacle sérieux à la réalisation d'une véritable démocratie, protégeait certains segments privilégiés. Par conséquent, la Révolution française, qui a été reflétée/présentée au monde entier comme un début noble fondé sur les principes de liberté, d'égalité et de solidarité, élevait en réalité les esclaves au rang de citoyens et, bien qu'elle leur ait conféré des droits civiques, les privait de la capacité d'exercer ces droits, car les droits des nobles ne pouvaient être supprimés par le vote majoritaire des citoyens. Sous cet aspect, la Révolution française, tout en accordant le droit de citoyenneté à tous les individus, ne dépassait pas le stade d'une démocratie politique superficielle. Dans le système démocratique politique créé à la suite de la Révolution française, les droits protégés par la constitution de manière immuable n'étaient pas de nature sociale, mais appartenaient à des personnes ou à des groupes isolés.
Sans fermer cette parenthèse, et en examinant la situation en Turquie dans ce contexte, analysons les dispositions inchangeables de la Constitution dans le cadre de la Révolution française. Les dispositions de nature inchangeable adoptées après la Révolution française n'étaient pas des dispositions générales s'appliquant à toute la société, mais des dispositions minoritaires visant à protéger les intérêts de certaines personnes ou classes privilégiées. En revanche, les dispositions inchangeables déterminées dans la Constitution de la République de Turquie, telles que la laïcité ou la démocratie sociale, ne sont pas réservées à une personne ou à un groupe, mais sont des dispositions qui s'appliquent à l'ensemble de la société.
De plus, contrairement aux dispositions post-Révolution française qui divisaient la société en protégeant uniquement certains droits personnels, les dispositions inchangeables de notre Constitution sont des dispositions qui libèrent les individus et constituent le ciment de la société. C'est pourquoi toucher aux dispositions inchangeables de notre Constitution revient à détruire les caractéristiques unificatrices des colonnes fondamentales de la société. Ne pourrait-il pas y avoir un agent, semblable à cet agent britannique que les Ottomans connaissaient autrefois sous le nom de Reşit Efendi, et dont le vrai nom était Arminius Vamberi, qui inocule de telles idées destructrices dans la conscience de la société ? Le livre de Cemal Kutay sur ce sujet nous met en garde en éclairant notre présent.
Lorsque nous discutons de notre sujet uniquement en tant que république, c'est-à-dire en tant que gestion populaire, le risque de voir apparaître une contradiction entre l'unité du peuple, qui doit être assurée, et sa fragmentation, peut surgir. Alors que la classe noble préservée dans la structure républicaine sociale et politique créée après la Révolution française constituait cette contradiction, dans les conditions actuelles, ce sont les relations de production, la forme de propriété et le problème de répartition causé par le système qui la constituent. En effet, c'est précisément ce problème qui, environ un siècle après la Révolution française de 1789, avec la révolution industrielle survenue en Angleterre dans les années 1840, a commencé à occuper l'esprit des politologues comme le problème le plus important du système : le problème de la démocratie économique face à la démocratie politique !
Si nous abordons la question du point de vue de la Turquie d'aujourd'hui, il apparaît que des problèmes tels que l'identité des segments dominants en politique ou les milieux auxquels ils appartiennent, ainsi que la manière dont les décisions politiques sont prises et mises en œuvre, ne peuvent être expliqués de manière adéquate par le concept de république. Par conséquent, le mot « République », en tant que définition d'un mode de gestion, ne signifie pas grand-chose dans le contexte des relations de production et de la répartition du pouvoir économique d'aujourd'hui. Bien qu'il soit évident qu'il serait plus significatif d'utiliser le mot République avec le mot démocratie, il est interpellant de constater pourquoi le terme « République démocratique » n'est pas utilisé dans l'usage courant.
Il est clair que l'expression république démocratique prévoit la justice au stade du processus de production. Cette situation soulève ou évoque une relation de production non capitaliste. C'est pourquoi l'expression république démocratique est généralement remplacée par l'expression démocratie sociale. Contrairement à la république démocratique, dans l'application de la démocratie sociale, la répartition des revenus n'est pas décidée au stade de la production comme dans le premier cas, mais on cherche à assurer une répartition secondaire par le biais de mécanismes fiscaux et de dépenses au stade de la distribution après la production.
Laissant pour un prochain article ces sujets qui nécessitent un examen plus détaillé des théories de l'État et de la démocratie sociale, je souhaite que le deuxième siècle de notre République se déroule dans un bonheur et une félicité plus grands, où les douleurs et les souffrances du premier siècle seront laissées derrière nous.
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