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Le Festin du Pillage

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Mangez, Messieurs…

Ce festin de convoitise est le vôtre

Mangez jusqu'à satiété, jusqu'à l'étouffement, jusqu'à en crever !


Mangez, car si vous ne le faites pas aujourd'hui, qui sait si demain il en restera ?

 

Messieurs, vous avez si faim, cela se lit sur vos visages

Mangez... ce festin de délices est le vôtre,


Cette table attend de vous, par votre complaisance, éclat et splendeur.

Ces têtes, ces cerveaux, ces foies, toutes ces bouchées sanglantes...


Mangez jusqu'à satiété, jusqu'à l'étouffement, jusqu'à en crever !


Le pauvre pays donne, il donne tout ce qu'il a :

Ses biens, son corps, sa vie, son espoir, ses rêves

Tout son abandon, toute sa ferveur.

Avalez sans réfléchir à ce qui est illicite ou licite...


Aujourd'hui les estomacs sont robustes, les soupes sont chaudes,

Grignotez, empiffrez-vous, à pleines mains, à pleines écuelles...


Mangez, Messieurs… 

Mangez jusqu'à satiété, jusqu'à l'étouffement, jusqu'à en crever !

mangez, avalez, à pleines écuelles...

Extraits du poème « Han-ı Yağma » (Le Festin du Pillage) de Tevfik Fikret

« Aujourd'hui vos estomacs sont robustes, vos soupes sont encore chaudes, ne réfléchissez jamais à ce qui est illicite ou licite... » disait Tevfik Fikret... Même si vos bouchées sanglantes semblent un peu trop grosses pour le gosier insatiable de votre âme pauvre, vous les digérerez certainement... Tevfik Fikret avait marqué une époque avec la puissance scellante de ce poème, exprimant sa colère envers les pilleurs du « Han » (le caravansérail/festin).

« Le Festin du Pillage » était le poème d'un intellectuel qui avait voué sa vie à la décision de sauver son pays malade, agonisant, un poème qui fut pour lui à la fois un tourment et une récompense.

Écrit en 1912, « Le Festin du Pillage » a été rédigé pour critiquer les députés et les détenteurs de pouvoir de l'époque qui, ignorant la situation misérable et l'avenir du pays, vivaient dans l'opulence tout en ayant constamment le nom d'Allah et les paroles sacrées de la religion à la bouche, et qui, sans se soucier du licite ou de l'illicite, profitaient de leurs fonctions pour accumuler richesse sur richesse.


Tevfik Fikret savait très bien comment ces parvenus, ces soi-disant messieurs et dames, qui ne connaissaient aucune limite, aucune mesure, aucune morale ni aucune bienséance dans le pillage du pays, usurpaient avec une telle violence les droits à la vie, à l'éducation, à une existence digne, et même l'honneur et la dignité des jeunes, des enfants et des femmes du pays, à travers les montres en or à leurs poignets, les diamants autour de leur cou, leurs yachts, leurs manoirs, leurs îles, leurs serviteurs et leurs cuisiniers, c'est-à-dire à travers le pillage qu'ils commettaient.

Alors, comment se fait-il que l'effondrement moral décrit dans le poème « Le Festin du Pillage », écrit il y a environ cent douze ans, continue aujourd'hui encore de souffler sur le pays avec toute son horreur, tel un ouragan dévastateur ?

La question fondamentale à poser ne serait-elle pas celle-ci : pourquoi rencontre-t-on si souvent ce profil de pilleur dans notre pays ? La cause de cet effondrement, dont nous vivons les conséquences avec une telle violence, pourrait-elle provenir du fait que les critères moraux généraux n'ont pas été correctement ancrés au sein de la société ?

Car, en fin de compte, nous savons très bien que le concept le plus important pour sauver le pays de la situation de « Festin du Pillage » dans laquelle il se trouve, était le fruit de la haute moralité, du niveau intellectuel et de l'honnêteté de Mustafa Kemal Atatürk et des patriotes de son époque. Ce n'est qu'ainsi que la préservation et la reconstruction du pays ont pu être assurées.

Dans cette optique, il y a sans aucun doute des leçons à tirer du poème « Le Festin du Pillage ». La boussole de ce poème immense, qui pointait du doigt les pilleurs à l'époque de son écriture, nous indique aujourd'hui une direction tout à fait différente. Il semble que, même si les noms et les fonctions des personnages du poème changent, les caractères généraux continuent d'exister sur le même socle de moralité basse. Après avoir posé ce constat, nous devons prêter attention à ce détail : s'étonner constamment des spectacles médiatiques de ces personnages ne nous sauvera pas de rester emprisonnés entre les murs du festin pillé. Le chemin vers le salut passe par une analyse correcte de Mustafa Kemal et de ceux qui ont lutté avec lui, et par la création du système éducatif nécessaire pour former des jeunes ayant cette trempe. En d'autres termes, la boussole du poème ne nous indique pas les sombres voleurs du poème, mais l'auteur de la plume qui l'a écrit et ses compagnons de plume.