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Il existe un conte qui se raconte depuis des années parmi le peuple en Anatolie.

Il passe de bouche en oreille, de langue en langue.

C'est un conte, et les comparaisons ne sont pas sans risque !

Il était une fois, dans un pays lointain, un Padichah.

Il aimait beaucoup son pays et lui-même, mais ses dépenses et l'argent qu'il dilapidait n'avaient aucune limite.

Il s'était fait construire un immense palais, ainsi que des ponts et des caravansérails à la chaîne sur les routes.

De temps à autre, il aidait les marchands et les fabricants d'épées.

Une fois, poussé par des tiers, il envoya ses troupes contre un voisin qui l'avait provoqué, et il en sortit vainqueur.

Il pensait que le peuple était heureux de tout cela.

Face à ces dépenses, le trésor du pays commença à se vider et ses vizirs l'avertirent :

« La situation est grave ! »

Le Padichah répondit : « Peu importe, augmentez les impôts. Ensuite, allez voir ce que le peuple en dit. »

Les vizirs, déguisés, parcoururent les rues de la capitale pour observer l'état du peuple. À leur retour au palais, ils dirent au Padichah : « Le peuple est occupé à ses affaires, il n'y a rien à signaler. »

« Dans ce cas », dit le Padichah, « achetez-moi le plus beau et le plus cher des chevaux au monde. »

« Mais », dirent les vizirs, « le trésor s'est épuisé. »

« Peu importe », dit le Padichah, « vous augmenterez les impôts, faites ce que je vous demande. »

Une jument à la robe grise et à la crinière brillante fut achetée pour le Padichah.

Il monta sur sa nouvelle monture et se pavanait fièrement sur les routes du pays.

Bien d'autres souverains l'enviaient !

Quelque temps plus tard, les vizirs se présentèrent à nouveau devant lui :

« Mon Padichah, le trésor est vide, que devons-nous faire ? »

Le Padichah répondit : « Est-ce là un problème ? Empruntez de l'argent aux pays voisins. »

« Mais les taux d'intérêt sont élevés », dit le Grand Trésorier, serviteur obéissant.

Le maître du pays fronça les sourcils : « Ne regardez pas les intérêts, prenez l'emprunt, nous finirons bien par payer. En plus de cela, augmentez encore un peu les impôts. »

« Ah, n'oubliez pas, faites construire une grande fontaine dans le jardin de mon palais, avec de grands jets d'eau qui atteignent le ciel ! »

Il ajouta : « Passez dans les cafés et les tavernes, voyez ce que dit le peuple, comment va la tranquillité ? »

Les ordres furent exécutés !

Le chef de la garde, après avoir parcouru les rues, revint au palais : « Le peuple mange et boit, l'ordre règne », dit-il au Padichah.

Le temps continua de s'écouler.

La fontaine fut construite au palais, mais il ne restait plus un sou dans le trésor. Les voisins ne prêtaient plus d'argent.

Une fois la fontaine terminée, le Grand Chambellan dit : « L'argent est fini, comment allons-nous payer le salaire des ouvriers ? » Le Padichah répondit : « Vendez, vendez le blé et l'orge dans les greniers, cela rapportera une belle somme. »

« Mais », dit le Grand Chambellan, « alors notre peuple mourra de faim. »

« Silence ! » tonna le Padichah, « ne vous mêlez pas de mes affaires, en savez-vous plus que moi ? Notre pays est riche ! »

Quoi qu'il en soit, le Padichah persistait à dépenser de l'argent. Il était convaincu que c'était pour le bien du pays.

Le jour venu, il réunit sa suite.

« Je marie mon fils aîné, mon héritier. Organisez un mariage si glorieux que le monde entier en entende parler. Achetez à ma belle-fille une chaîne en or incrustée de diamants. »

« Mais », objectèrent les vizirs en chœur, « nous n'avons plus d'argent, nous avons tout vendu. »

Le Padichah ordonna d'une voix forte : « Augmentez encore un peu ces impôts, réduisez les salaires des fonctionnaires, ce mariage aura lieu, coûte que coûte ! »

L'un des vizirs, effrayé, prit courageusement la parole :

« Devrions-nous demander au peuple ce qu'il en pense ? »

« On ne contredit pas la parole du Padichah », dit le Grand Vizir avec colère. Il disait « oui » à tout ce que son maître affirmait.

Cependant, le Padichah s'adoucit : « On ne sait jamais, il faut se méfier du peuple ! »

« Allez, allez tâter le terrain cette fois encore, voyons comment vont mes sujets. »

Les vizirs, toujours déguisés, parcoururent les rues et arrivèrent sur la plus grande place de la ville.

Ils virent le peuple rassemblé, avec des grelots et des tambourins, en train de danser, et il y avait même quelqu'un qui jouait du tambour !

« Que se passe-t-il ? » demandèrent-ils à un citoyen, « y a-t-il un mariage ? »

L'homme, en haillons, répondit : « Est-ce qu'on est en état de faire un mariage ? Il ne nous reste plus rien, ni sur le dos, ni en poche. Le Padichah a tout pris sous prétexte d'impôts. »

« Nous n'avons rien dit, nous avons donné tout ce que nous avions. Avons-nous encore toute notre tête ? »

On est à deux doigts de devenir fous !

On en rit pour ne pas en pleurer.

Maintenant, on joue des grelots et on danse.

Allez, venez vous aussi... !

Sefa Taşkın

29.03.2024

Bergama-Izmir