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Des pierres envoyées en enfer !

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LE PILLAGE DE GAZİANTEP-4

DES PIERRES ENVOYÉES EN ENFER !

LA PIERRE PÈSE LÀ OÙ ELLE EST-168. N'OUBLIONS PAS, NE LAISSONS PAS OUBLIER !

La valeur que représentent, pour l'histoire de l'Anatolie, nos artefacts historiques emportés de Gaziantep–Zincirli et de ses environs est aujourd'hui bien mieux comprise.

Les vestiges et inscriptions découverts à Zincirli offrent des informations incomparables sur la formation, l'évolution et le métissage des cultures qui ont existé sur ces terres, notamment entre le Xe et le VIIe siècle av. J.-C., même si les origines de la région remontent à des époques bien plus anciennes.

La trace administrative de l'Empire hittite, qui établit la première unité politique en Anatolie au IIe millénaire av. J.-C., s'étend jusqu'à Zincirli.

Cette trace s'approfondit avec l'écriture et l'univers spirituel de la culture louvite, qui aurait influencé les Hittites et les aurait progressivement remplacés.

Dans la première moitié du Ier millénaire av. J.-C., différentes communautés sémitiques (ancêtres des Arabes) telles que les Phéniciens et les Araméens font leur apparition sur cette même géographie.

Le tableau qui en résulte révèle une continuité culturelle multi-couches qui s'est perpétuée sur ces terres pendant des siècles.

Les recherches archéologiques ont établi que la ville du Höyük de Zincirli — connue en araméen sous le nom de Sam'al (Til Barsip) et fondée sur une colline dans une plaine adossée aux monts Amanos — était entourée d'une double enceinte, et que les structures administratives et religieuses se trouvaient à l'intérieur de ces systèmes défensifs.

(Gaziantep-Zincirli et ses environs – Premier quart du Ier millénaire av. J.-C.)

***

Le Höyük de Zincirli fut découvert en 1883, seulement deux ans après la nomination d'Osman Hamdi Bey à la direction du Müze-i Hümâyun (Musée impérial) de l'État ottoman, par l'équipe de Carl Humann — un voleur déguisé en archéologue qui avait fait passer en Allemagne l'Autel de Zeus de Pergame et ses incomparables sculptures.

Osman Hamdi Bey et Carl Humann s'étaient probablement rendus séparément au mont Nemrut, dont on signalait la présence de vestiges historiques, avaient examiné les œuvres sur place, puis s'étaient retrouvés à proximité du mont Nemrut. Sur le chemin du retour, ayant entendu parler de la présence d'antiquités, Hamdi Bey s'était probablement arrêté dans le bourg de Zincirli, à Gaziantep, en compagnie des archéologues allemands Otto Puchstein et Felix von Luschan qui l'accompagnaient vraisemblablement. (Oğuz Satır et Ali Çifçi : The "Worthless Stones" of Zincirli: Osman Hamdi Bey and the German Excavations of 1888–1902. Dergi Park, p. 215).

Hamdi Bey avait constaté ici, outre les artefacts épars en surface, que le sous-sol regorgeait également d'objets historiques lors de ses sondages.

(Carl Humann, pilleur de Pergame et de Gaziantep — Quelle arrogance !)

Ses compagnons allemands aussi, bien sûr !

Pendant ce temps, Carl Humann, qui poursuivait également le pillage de Pergame, continuait à faire sortir les magnifiques marbres de Pergame avec une dextérité remarquable et des autorisations douteuses.

Il est fort probable qu'Osman Hamdi Bey ait fait la connaissance de Humann au cours de ce processus.

Osman Hamdi Bey, personnalité intéressante et haute en couleur, connu pour son rôle d'homme d'État, de muséologue, de fouilleur archéologique et de peintre, avait fait partie de l'équipe qui rédigea le Règlement sur les antiquités (Asâr-ı Atîka Nizamnâmesi) de 1884, devenant ainsi pratiquement le seul décideur en matière de fouilles et d'exportation d'artefacts historiques.

À l'époque, dans l'État ottoman, on croyait qu'il était le seul à s'y connaître en la matière ! De surcroît, sa proximité avec le sultan Abdülhamid II était connue, en raison de son père, İbrahim Ethem Paşa de Chios, qui avait exercé la fonction de grand vizir.

Dans ces conditions, il lui était impossible d'ignorer l'enlèvement de l'Autel de Zeus de Pergame.

(Osman Hamdi Bey, fils du grand vizir İbrahim Ethem Paşa)

***

Carl Humann, qui avait perpétré le pillage de Pergame avec le soutien ouvert et dissimulé de l'État prussien/allemand, avait bien sûr appris l'existence du trésor d'artefacts historiques de Gaziantep grâce aux prospections de surface menées conjointement par Osman Hamdi Bey et les Allemands.

À l'initiative de Carl Humann, une structure dénommée "Orient-Komitee" fut créée à Berlin, réunissant des personnalités éminentes du domaine favorables à ce type d'entreprises — tels qu'Adolf Erman, Alexander Conze, Eberhard Schrader et Ernst Curtius —, afin de soutenir et de financer les activités de fouilles et de trafic à Gaziantep, dans le but de mener des fouilles à Zincirli et d'en exporter les œuvres vers l'Allemagne d'une façon ou d'une autre.

Ce comité commença progressivement à fonctionner comme une organisation de trafic organisé aux côtés de C. Humann.

Tandis que le comité cherchait et trouvait des ressources pour cette entreprise, Carl Humann approfondissait ses relations avec Osman Hamdi Bey, qu'il connaissait déjà.

Ils s'étaient rencontrés à l'occasion des artefacts de Pergame, avaient ensemble gravi le mont Nemrut en 1883, découvert Zincirli ; l'année suivante, en 1884, le nouveau Règlement sur les antiquités (Asâr-ı Atîka Nizamnâmesi), qui plaçait Osman Hamdi Bey en position d'"approbateur et décideur", était entré en vigueur.

(Carl Humann, Otto Puchstein, Felix von Luschan, Osman Hamdi et Yervant Osgan près du mont Nemrut – 1883. Photo et légende : F. von Luschan. Archives de l'État allemand à Berlin.)

Les rênes de l'État en cette matière étaient désormais entièrement entre les mains de Hamdi Bey.

Schliemann, le voleur de Troie avide de piller l'Anatolie, déclarait ouvertement avoir rencontré Osman Hamdi Bey à Paris et avoir obtenu de lui la promesse d'une autorisation de fouilles à Troie–Çanakkale. (Rustem Aslan. Osman Hamdi Bey ve Troia kazıları. KUBABA. Sayı:14. s.24. 2009).

Un autre architecte-archéologue étranger, l'Américain Henry Bacon, décrivait Osman Hamdi Bey comme un fonctionnaire "en attente de pots-de-vin et qui ne travaillait pas pour moins de 300 dollars". (Henry Bacon, Assos Days, p. 47 ; cité par Rüstem Aslan, p. 24).

S'agissait-il de calomnies lancées par des étrangers qui souhaitaient fouiller en Anatolie mais n'obtenaient pas d'autorisation et se heurtaient à des obstacles, ou bien de signes de corruption dans ce domaine ?

Quoi qu'il en soit, Carl Humann avait désormais très bien compris que l'autorisation nécessaire pour son pillage à Gaziantep passait par la porte d'Osman Hamdi Bey.

Les relations s'étaient développées, ils étaient presque devenus de proches amis.

Carl Humann avait probablement proposé de nombreux cadeaux à Osman Hamdi Bey en échange de la tolérance accordée au trafic de Pergame et de l'autorisation qu'il souhaitait obtenir pour Gaziantep (!) (Funda Berksoy, Osman Hamdi Bey's Turkish Street Scene and Late-Nineteenth-Century Power Relations between the Ottoman and German Empires. P. 61-64. https://www.degruyterbrill.com/document/doi/10.1515/zkg-2025)

Osman Hamdi Bey les avait d'abord soi-disant refusés, mais avait succombé à son ambition de devenir un peintre célèbre en Europe.

Il avait accepté de vendre son tableau orientaliste intitulé "Une rue turque" à la Galerie nationale de peinture de Berlin, c'est-à-dire à l'État allemand, par l'intermédiaire de Humann ; et les Allemands l'avaient acheté avec plaisir.

(Le tableau intitulé "Une rue turque" d'Osman Hamdi Bey, acheté par les musées allemands. 1887–1888, huile sur toile. Dimensions : 60 × 122 cm. Conservé au Musée d'État de Berlin, Alte Nationalgalerie, Code : Inv. no. A I 420)

Qui sait combien d'efforts la bande de "l'Orient-Komitee" de C. Humann à Berlin avait déployés lors de ce processus d'achat !

La carotte était au bout du bâton !

Dès lors, Osman Hamdi Bey se mobilisa pratiquement à Istanbul pour permettre aux Allemands de fouiller à Gaziantep, allant jusqu'à les motiver personnellement :

"Allez, qu'attendez-vous ; déposez votre demande d'autorisation", disait-il.

"L'autorisation de fouilles pour Zincirli fut accordée à Carl Humann le 23 mars 1888, conformément au Règlement sur les antiquités de 1884."

Le pouvoir d'"approbation" appartenait d'ailleurs à Osman Hamdi Bey lui-même.

"Cette autorisation fut transmise à Carl Humann le 29 mars 1888 par l'ambassadeur d'Allemagne à Istanbul, Joseph M. von Radowitz."

"L'autorisation était valable un an et Ahmet Bedrettin Bey avait été nommé inspecteur des fouilles au nom du Müze-i Hümâyun ottoman." (Oğuz Satır et Ali Çifçi : The "Worthless Stones" of Zincirli: Osman Hamdi Bey and the German Excavations of 1888–1902. Dergi Park, p. 217-218).

***

(Une maquette de Sam'al-Zincirli réalisée à Berlin, datant du Ier millénaire av. J.-C. Et l'état actuel du Höyük de Zincirli après les fouilles)

Nous suivons les fouilles menées pour le pillage de Gaziantep à travers les précieuses informations compilées par le Maître de conférences Oğuz Satır et le Maître de conférences Ali Çifçi de l'Université de Marmara, tirées des documents d'archives ottomans et des correspondances des trafiquants allemands relatifs à ce sujet :

"Les premières fouilles à Zincirli débutèrent le 9 avril 1888 et se poursuivirent jusqu'au 22 juillet 1888. Les fouilles furent dirigées en alternance par C. Humann et son assistant F. von Luschan.

Humann visait au départ à mener les fouilles rapidement en employant le plus grand nombre possible d'ouvriers ; à mettre au jour rapidement les nouvelles découvertes et les reliefs déjà connus (d'une visite précédente)."

"Son objectif était de transporter ces œuvres au port d'İskenderun pour les envoyer en Allemagne."

"Il souhaitait également fouiller à Sakçagözü, à proximité de Zincirli (où l'on pressentait au premier regard la présence d'artefacts importants) ; mais les conditions climatiques défavorables, le manque d'équipement et le paludisme empêchèrent une fouille exhaustive et planifiée."

"Les travaux débutèrent dans une zone proche de l'endroit où Osman Hamdi Bey avait effectué son premier sondage en 1883, et des découvertes importantes furent rapidement mises au jour."

"Le troisième jour, un nouveau relief du roi assyrien Assarhaddon (680–669 av. J.-C.) fut découvert. Humann informa Osman Hamdi Bey de la découverte de cette stèle par une lettre incluant également un dessin (du relief représenté sur le bas-relief)."

(Pierre sculptée en relief représentant le roi assyrien Assarhaddon (règne : 680-669 av. J.-C.), trouvée à Zincirli et emportée en Allemagne)

"Outre cette stèle, lors de cette première campagne de fouilles, 40 pierres sculptées, une grande porte de forteresse (ornée elle aussi de reliefs sculptés) et une inscription connue sous le nom de stèle de Panamuwa II, contenant des textes en araméen, furent découvertes à proximité du höyük."

"À la fin des fouilles, les découvertes furent transportées par des charrettes tirées par des bœufs d'abord jusqu'à İslâhiye, puis jusqu'au port d'İskenderun via le col de Belen."

***

(Parmi les pierres parties en Allemagne (!). Tarhund, le dieu de la Tempête/du Ciel des Louvites, tenant la foudre d'une main et une hache de l'autre. Berlin Vorderasiatisches Museum / Musée du Proche-Orient)

"Le 22 mai 1888, Osman Hamdi Bey, en coordination avec Humann, déposa une demande auprès des autorités compétentes pour le transfert à Istanbul des artefacts découverts à Zincirli."

"Environ un mois plus tard, le 18 juin, la sous-préfecture d'İslâhiye fut informée de ne pas entraver le transport des artefacts fouillés à Zincirli vers İskenderun."

Il ne fallait pas créer d'obstacles à Humann !

"Immédiatement après, le 30 juin, la demande d'autoriser Humann à emporter certains artefacts au Musée de Berlin, en contrepartie de quoi il prendrait en charge les frais de transport vers Istanbul, fut transmise au ministère de l'Instruction publique."

"Le 10 août, 82 caisses contenant les artefacts issus des premières fouilles de Zincirli parvinrent à la douane d'Istanbul."

Bien entendu, conformément au Règlement de 1884, l'approbation d'Osman Hamdi Bey était indispensable pour que ces caisses puissent être exportées à l'étranger.

"À la demande de Humann, cette approbation fut sollicitée auprès d'Osman Hamdi Bey."

C'était lui-même qui avait initié ces fouilles.

"Hamdi Bey, directeur des Musées ottomans, rédigea un rapport détaillé sur les artefacts découverts lors des fouilles de Zincirli."

"Dans ce rapport daté du 22 juillet 1888, il était indiqué qu'un comité de trois personnes présidé par Humann avait fouillé à Zincirli conformément au Règlement sur les antiquités (Asâr-ı Atîka Nizamnâmesi) ; et que 89 'pierres sculptées' avaient été mises au jour pour un coût de 60 à 70 000 francs (17 à 20 kg d'or)."

"Dans son rapport, Hamdi Bey indiquait que les reliefs découverts lors des fouilles avaient été transportés avec de grandes difficultés d'abord à İskenderun, puis à Istanbul par bateau ; et que les Allemands réclamaient une partie des artefacts en contrepartie de ces frais."

"Il affirmait en outre que ces reliefs étaient de 'simples pierres de basalte noir', qu'ils n'avaient aucune valeur artistique, qu'ils se ressemblaient beaucoup entre eux et que les Allemands les avaient apportés à Istanbul au prix de grands sacrifices personnels."

"En conclusion, Hamdi Bey, se fondant sur l'article 32 du Règlement sur les antiquités (Asâr-ı Atîka Nizamnâmesi), déclara qu'il n'y avait pas d'inconvénient à remettre à Humann '5 à 10' de ces artefacts."

"Bien que l'article 8 du Règlement interdît l'exportation des artefacts à l'étranger, l'article 32 prévoyait (soi-disant) des exceptions à ce type de transferts sous certaines conditions." (Oğuz Satır – Ali Çifçi, The "Worthless Stones" of Zincirli, p. 230–231)

Pendant que ces démarches se déroulaient, Hamdi Bey se comportait non pas comme le haut fonctionnaire habilité de l'État ottoman en la matière, mais comme un employé de l'État allemand.

Donnons, donnons, disait-il, envoyons les pierres d'Anatolie à Berlin.

Ce Berlin qui, en 1945, se transformerait en enfer sous les bombes ; le bâtiment appelé musée où les artefacts avaient été placés tomberait en ruines ; on découvrirait que le terrain sur lequel ce bâtiment avait été construit était un marécage, et dans les années 2010, on chercherait des solutions pour éviter que les artefacts ne pourrissent et ne s'enfoncent dans l'eau.

Quelle situation inacceptable !

Quelle tristesse !

Bien sûr, le tableau intitulé "Une rue turque" que Hamdi Bey avait vendu à l'État allemand fait des clins d'œil aux visiteurs depuis des années sur les murs du Musée de Berlin !

(L'inscription de Panamuwa II, roi de Sam'al, trouvée à Zincirli, au lieu-dit Tahtalı Pınar sur la route de Gerçin)

.***

"(L'État ottoman n'ayant apparemment soulevé aucune objection notable à ce stade) le 13 août, Humann réclama une nouvelle fois au ministère de l'Instruction publique (Maarif Nezareti) les artefacts qu'il avait découverts lors des fouilles et qu'il prévoyait d'emporter à Berlin, en contrepartie des frais de transport vers Istanbul."

L'impérialisme ne se contentait pas de ce qu'il avait emporté.

L'habitude était pire que la rage !

Non seulement il faisait sortir clandestinement ou ouvertement les artefacts historiques d'Anatolie, mais il voulait s'en emparer effectivement en invoquant les frais de transport de Gaziantep à Istanbul.

Comme si c'était l'État ottoman qui les avait contraints à effectuer les fouilles !

"Suite à cette demande, le ministère de l'Instruction publique, Osman Hamdi Bey étant l'autorité d'approbation, lui demanda directement ce qu'il convenait de faire !"

L'agneau était livré au renard affamé !

Quel vaste domaine de compétence avait Osman Hamdi Bey !

"Hamdi Bey, directeur du Müze-i Hümâyun à qui l'État ottoman avait confié le patrimoine historique du pays, informa le ministère de l'Instruction publique dans sa réponse que les pierres extraites des fouilles 'n'avaient aucune valeur artistique'."

Regardez un peu !

Les artefacts incomparables de Gaziantep, qui auraient pu réécrire l'histoire de l'Anatolie à l'époque, n'avaient selon Hamdi Bey "aucune valeur artistique" en termes de concept, de vision et de savoir-faire !

"Cependant, Hamdi Bey soulignait que son ami Humann avait fait de grands sacrifices personnels lors du transport desdits artefacts, et réitérait qu'il n'y avait pas d'inconvénient à remettre à Humann '5 à 10 pièces similaires', à condition que cela ne fasse pas jurisprudence (!)." (Oğuz Satır et Ali Çifçi : The "Worthless Stones" of Zincirli: Osman Hamdi Bey and the German Excavations of 1888–1902. Dergi Park, p. 230-231).

L'alibi était prêt : cela ne ferait pas jurisprudence !

Pauvre Anatolie : que tu as souffert, que tu as enduré entre les mains de ces impérialistes et de leurs collaborateurs !

(L'une des pierres de basalte noir trouvées à Zincirli, emportées en Allemagne, soi-disant sans valeur artistique (!) selon Hamdi Bey. Un socle de sculpture. Berlin Vorderasiatisches / Musée du Proche-Orient – Photo : Tayfun Bilgin)

***

"Le 14 août, le ministère de l'Instruction publique transmit à la Sublime Porte (au Gouvernement) l'avis d'Osman Hamdi Bey selon lequel il serait approprié de remettre 5 à 10 artefacts à Humann."

Mais cette trop grande proximité entre Hamdi Bey et C. Humann avait dû commencer à soulever des nausées dans la capitale, car "dans la réponse signée par le grand vizir Kâmil Paşa (1833–1913) et envoyée le 30 août au ministère de l'Instruction publique, il était clairement indiqué que les frais de Humann ne devaient pas être réglés en lui remettant des artefacts, mais que les artefacts devaient être évalués, vendus, et que le produit de la vente devait servir à le rembourser."

Puisque le directeur du Müze-i Hümâyun qualifiait ces pierres d'"objets grossiers, sans valeur et sans qualité artistique", le grand vizir devait penser : "Qu'on vende donc ces pierres sans valeur ; le pays a besoin d'argent !"

Les inscriptions vieilles de 3 000 ans de Gaziantep, d'une valeur inestimable, auraient peut-être pu servir de pavés pour les rues !

Osman Hamdi Bey ne voyait ni n'entendait tout cela, sans doute ! Ou du moins faisait-il semblant.

"Suite à cette décision, par une notification datée du 8 septembre, C. Humann fut invité à estimer le prix de ces artefacts (ces pierres sans valeur)."

"Le 13 septembre, dans une lettre adressée à Osman Hamdi Bey, Humann prétendit avoir dépensé au total 3 600 francs (1 kg d'or) et détailla les frais de transport."

Lui aussi voulait acquérir "la marchandise" à bas prix !

Se faisant passer pour un archéologue de terrain accompli, le voleur de Pergame et de Gaziantep, C. Humann, n'avait aucune honte à vouloir acheter comme de vulgaires pierres ces artefacts dont les musées de Berlin savaient parfaitement la rareté !

Ou bien les fonctionnaires déguisés en hommes de science comme E. Curtius, que l'impérialisme allemand présentait comme le meilleur archéologue d'Europe, qui lui soufflaient ses idées depuis Berlin !

"Selon Humann, le 'chiffre' proposé pour acheter ces 'pierres sans valeur' était assez élevé ; les frais étaient manifestement exagérés."

Hamdi Bey estimait ces artefacts à 60 à 70 000 francs (17 à 20 kg d'or) tout en les qualifiant de pierres grossières sans valeur.

Mais Humann ne voulait pas que les artefacts soient vendus et tombent entre les mains d'autres étrangers.

Il ne pouvait pas laisser à quelqu'un d'autre les "pierres sans valeur" de Zincirli qu'il avait mis tant d'efforts (!) à exhumer.

Face à la proposition de la haute autorité ottomane, du grand vizirat, de vendre les artefacts aux enchères, Osman Hamdi Bey prit une nouvelle fois le parti de Humann.

Son cœur penchait sans aucun doute du côté des Allemands !

Réitérant son avis précédent, il affirma que ces artefacts "n'avaient aucune valeur, étaient faits de pierre moisie, étaient extrêmement grossiers et vulgaires, et appartenaient à la période hittite".

"Hamdi Bey était suffisamment talentueux et avait suffisamment de connaissances en 'art' pour peindre des tableaux orientalistes comme 'Une rue turque' qu'il vendait à l'État allemand, mais il était apparemment tout aussi ignorant en matière archéologique. Qui plus est, il était directeur des Musées ottomans.

Selon certains, de nos jours, c'est lui qui aurait introduit l'archéologie sur ces terres, en Anatolie !

Or, les artefacts de la période hittite, extrêmement importants pour l'histoire de l'humanité, étaient très rares et possédaient de ce fait une valeur historique unique.

Grâce à ces inscriptions, une période jusqu'alors insuffisamment connue allait être éclairée.

Il semble que, pour le peintre Osman Hamdi Bey, les artefacts grecs et romains appréciés par l'aristocratie européenne étaient précieux, tandis que les pierres appartenant aux cultures anciennes d'Anatolie étaient sans valeur.

Hamdi Bey était fidèle à sa dette de cœur (!) semble-t-il.

Il continua à se tenir obstinément aux côtés du trafiquant C. Humann.

Dans son "deuxième rapport" rédigé en sa qualité d'homme d'État ottoman et remis au ministère de l'Instruction publique, Hamdi Bey souligna particulièrement que les artefacts de Zincirli n'avaient été mis au jour que grâce au talent et aux efforts personnels de Humann."

"Il réitéra ainsi sa recommandation d'envoyer une partie des artefacts au Musée de Berlin et invoqua une nouvelle fois l'article 32 du Règlement sur les antiquités (Asâr-ı Atîka Nizamnâmesi) comme justification de ce transfert." (Oğuz Satır – Ali Çifçi, The "Worthless Stones" of Zincirli, p. 229–230)

(Le grand vizir Kıbrıslı Mehmet Kamil Paşa, qui refusait de remettre les artefacts de Gaziantep aux Allemands)

***

Nous continuons à raconter le "pillage de Gaziantep" avec nos propres commentaires, à partir des travaux du Maître de conférences Oğuz Satır et du Maître de conférences Ali Çifçi de l'Université de Marmara :

"Malgré la lettre du grand vizir Kâmil Paşa datée du 30 août, Humann insistait pour réclamer des artefacts en contrepartie des frais de transport."

Entre-temps (des mains invisibles devaient être intervenues), "le ministère de l'Instruction publique informa le Conseil des ministres (Meclis-i Vükelâ) qu'il serait approprié de remettre certains artefacts à Humann.

Derrière le trafiquant Humann se trouvait Osman Hamdi Bey, directeur du Müze-i Hümâyun ottoman, dont l'influence était suffisante pour peser même sur le ministère de l'Instruction publique.

Sans aucun doute, l'État allemand et l'"Orient-Komitee" de Humann à Berlin, sa bande, étaient également impliqués dans ce processus.

Le grand vizir Kâmil Paşa avait-il lui aussi été convaincu (!) ? Ou bien avait-on passé outre son autorité ?

Le sultan Abdülhamid II était-il lui aussi entré en jeu !

Le Conseil des ministres (Meclis-i Vükela), par une décision ultérieure, accepta de "remettre à Humann 5 à 10 pièces d'artefacts en contrepartie de l'argent et des efforts dépensés pour les fouilles et le transport, à condition que cela ne fasse pas jurisprudence pour d'autres".

L'impérialisme s'abattait sans vergogne sur ce qu'il percevait comme faible.

"À ce stade, il fut jugé approprié de transférer d'abord les artefacts à Istanbul, au Musée impérial ottoman."

Mais il était clair que des débats sérieux avaient lieu même aux plus hauts échelons de l'État à ce sujet.

Le soutien aussi ouvert d'Osman Hamdi Bey à l'Allemand Carl Humann, son attitude effrontée en la matière, avait dû pousser à bout la patience des autorités supérieures.

Un document daté du 24 octobre montre que le grand vizir passa à la contre-offensive,

"informant que le Padichah avait jugé approprié qu'Osman Hamdi Bey se rende à Zincirli, prenne en charge les frais de transport et ramène les artefacts à Istanbul, au Müze-i Hümayun ottoman."

Autrement dit, l'État prenait les choses en main et disait stop à Hamdi Bey.

Mais les affaires avaient déjà été réglées depuis longtemps.

L'oiseau s'était envolé !

(Felix von Luschan, qui dirigeait les fouilles de Zincirli et était l'assistant de Carl Humann dans les fouilles et le trafic)

***

"Comme indiqué plus haut, le transport avait été lancé bien plus tôt, et les artefacts découverts étaient parvenus à la douane d'Istanbul le 10 août."

Et ceux qui avaient pris la mer vers l'Allemagne sans passer par Istanbul ! Qu'étaient-ils devenus ?

C'était l'époque où la puissance de l'impérialisme allemand se faisait sentir dans toute l'Europe.

Ce transport avait certainement été effectué avec la connaissance et le consentement d'Osman Hamdi Bey, mais à l'insu des autorités supérieures de l'État.

Osman Hamdi Bey s'était-il substitué à l'État ? Pourquoi s'arrogeait-il ce pouvoir contre la volonté du Padichah !

Ou bien les correspondances n'étaient pas parvenues à temps en raison de la fréquence des changements de décision.

Dans ce cas, comment allait-on couvrir cette illégalité ?

Les générations futures débattraient de la réputation d'Osman Hamdi Bey, qui empruntait de tels chemins tortueux ; mais la réputation de l'État turc devait être durable.

En fin de compte, "le Conseil des ministres, se fondant une nouvelle fois sur l'article 32 du Règlement sur les antiquités (Asâr-ı Atîka Nizamnâmesi) — c'est-à-dire en pratique sur l'approbation d'Osman Hamdi Bey —, demanda au sultan Abdülhamid II l'autorisation de remettre '5 à 10 artefacts similaires' supplémentaires au voleur Humann."

"Finalement, le 25 octobre, l'approbation fut accordée à condition qu'Osman Hamdi Bey 'désigne les artefacts similaires à remettre' ; le ministère de l'Instruction publique fut chargé de superviser le processus."

"Le 8 novembre, le ministère de l'Instruction publique habilita officiellement Osman Hamdi Bey à cette mission, conformément à la volonté du Sultan."

"Ainsi, les demandes de Humann concernant les artefacts de Zincirli furent finalement satisfaites au terme d'un long, éprouvant et édifiant processus au sein de la bureaucratie ottomane."

"Comme il ressort clairement des documents, Osman Hamdi Bey, directeur du Musée impérial ottoman, avait été personnellement chargé d'attribuer les artefacts à Humann et à son équipe."

Lors des fouilles de Zincirli de 1888, les artefacts contenus dans 82 caisses avaient été amenés à Istanbul ; il avait été jugé approprié de ne remettre que 5 à 10 pièces similaires entre elles et "présentées comme précieuses".

Était-ce vraiment le cas ?

Il est remarquable que, tandis que la bureaucratie d'Istanbul ne put prendre de décision concernant les artefacts historiques de Gaziantep qu'aux 25 octobre et 8 novembre 1888, bien avant ces dates, "pendant que les fouilles de Zincirli étaient encore en cours, Osman Hamdi Bey et Carl Humann s'étaient rencontrés le 5 juin 1888 au port d'İskenderun."

"Cette réunion avait été demandée par Osman Hamdi Bey, de retour des fouilles de Sidon au Liban."

"À la réunion participèrent, outre Humann, Felix von Luschan, l'un des responsables effectifs des fouilles de Zincirli, et une liste détaillée des artefacts issus des fouilles fut présentée à Osman Hamdi Bey."

"Bien que le récit de Humann ne précise pas explicitement que cette visite était planifiée à l'avance, il était certain que la réunion était directement liée au partage des artefacts extraits de Zincirli."

"Osman Hamdi Bey avait dit à Humann qu'il l'aiderait à obtenir une part des artefacts issus des fouilles, mais que la question devait être discutée à Istanbul en raison de la durée limitée de son séjour à İskenderun."

"Entre Humann, venu à Istanbul, et Osman Hamdi Bey, un accord avait été conclu pour envoyer à Berlin la moitié est de la Grande Porte de Zincirli, la stèle d'Assarhaddon et quelques autres petites découvertes." (Oğuz Satır – Ali Çifçi, The "Worthless Stones" of Zincirli, p. 230–231)

(Un cavalier d'Antep trouvé à Zincirli, exfiltré à Berlin. Berlin Vorderasiatisches / Musée du Proche-Orient)

***

Pendant environ un an après cela, aucun développement notable ne se produisit concernant le pillage de Gaziantep.

Durant cette période, l'impérialisme allemand, par l'intermédiaire de ses agents locaux et étrangers, continuait d'une part à piller Pergame, et d'autre part à tenter de digérer les artefacts de Gaziantep qu'il avait avalés !

Pourtant, qui sait ce qui se trouvait encore sous la terre à Zincirli ?

Ce patrimoine ancestral pouvait-il vraiment être laissé à l'État ottoman en déclin et au paysan anatolien considéré comme "ignorant" !

Heureusement, il y avait des intellectuels stambouliotes qui servaient l'impérialisme allemand, consciemment ou non.

Le tableau "Une rue turque" acheté à prix fort par l'État allemand à Osman Hamdi Bey, qui était également peintre, était capable d'ouvrir bien des portes !

"Carl Humann et son réseau de trafiquants déposèrent une nouvelle demande auprès des autorités pour effectuer de nouvelles fouilles à Gaziantep, avec bien sûr la facilitation d'Osman Hamdi Bey.

Le 25 décembre 1889, une nouvelle autorisation de fouilles à Zincirli fut accordée aux Allemands, à condition de respecter les termes de la première autorisation et les dispositions pertinentes du Règlement sur les antiquités (Asâr-ı Atîka Nizamnâmesi)."

Le prompt Carl Humann ne s'était pas contenté de Pergame et de Gaziantep, il avait étendu ses activités à d'autres régions d'Anatolie.

Nos terres devaient être pour lui comme un gâteau au miel.

Plus il mangeait, moins il était rassasié, et il ne le serait jamais.

L'impérialisme allemand mena d'autres fouilles en différents points d'Anatolie au nom des Musées royaux (impériaux) de Berlin.

"L'une de ces fouilles avait été menée dans l'antique cité de Tralles, près du village de Teke (à l'époque) dans la province d'Aydın."

"Selon un document daté du 17 mars 1889, Carl Humann avait trouvé la tête d'une statue d'Apollon lors de ces fouilles menées conjointement avec Wilhelm Dörpfeld."

"Humann avait demandé que, s'il parvenait à trouver le reste de la statue, une partie des artefacts qu'il avait mis au jour lors des fouilles du Höyük de Zincirli et apportés au Musée impérial ottoman lui soit également remise."

"Cette demande avait été acceptée par le Conseil d'État (Şûrâ-ı Devlet)."

"Cependant, aucun document n'a pu être trouvé attestant que Humann avait effectivement retrouvé le reste de la statue d'Apollon et, le cas échéant, quels artefacts lui avaient été remis en contrepartie." (Oğuz Satır – Ali Çifçi, The "Worthless Stones" of Zincirli, p. 231. Note 37)

Selon toute vraisemblance, cette tête d'Apollon aussi est partie en Allemagne dans la valise de Carl Humann.

Humann mena des fouilles à Hiérapolis (Denizli) en juin–juillet 1887, à Zincirli–Sam'al et à Tralles (Aydın) en 1888, et dans le bassin du Méandre et à Éphèse entre 1891 et 1893.

Qui sait combien d'autres sculptures et artefacts historiques il fit sortir clandestinement de ces terres !

(Les fouilleurs allemands du réseau de trafic de Carl Humann à Zincirli : Otto Puchstein et Robert Johann Koldewey)

***

Les fouilles qui allaient être menées avec la nouvelle autorisation obtenue le 25 décembre 1889 constitueraient la deuxième expédition de pillage de Carl Humann à Gaziantep.

Le Maître de conférences Oğuz Satır et le Maître de conférences Ali Çifçi, qui ont étudié ce processus en détail, poursuivent leur récit :

"La deuxième campagne de fouilles débuta le 27 janvier 1890 et se termina le 14 juin 1890."

"Humann continua à déposer des demandes de fouilles jusqu'à sa mort en 1896 ; mais à partir de 1890, les fouilles furent principalement menées sous la direction et la collaboration de Felix von Luschan et Robert Koldewey (1855–1925)."

Carl Humann était devenu le maître du trafic allemand en Anatolie. De nouveaux apprentis lui succédaient.

Ils étaient très désireux d'emporter les éléments culturels supérieurs créés par les habitants de l'Anatolie à une époque où leurs ancêtres, les communautés germaniques, vivaient encore en groupes primitifs.

La bourgeoisie allemande, enrichie par le capitalisme, cherchait ses racines en s'appropriant la culture anatolienne pour combler son passé sans fondement.

Il leur fallait approfondir encore le pillage de Gaziantep-Zincirli.

Pour fouiller plus vite, pour achever le pillage avant que l'État ottoman ne se réveille vraiment et ne les arrête, ils se mirent à utiliser de nouveaux outils apportés d'Allemagne.

"Vers la fin du mois de février 1890, le système de rails apporté d'Allemagne se révéla très utile."

"Cette innovation technique accéléra considérablement le transport des déblais issus des fouilles et augmenta sensiblement le rythme des travaux."

"Par ailleurs, ils s'attaquèrent également au Höyük de Gerçin, situé à environ 7 kilomètres de Zincirli.

"Là, ils mirent au jour une autre statue du dieu araméen de la Tempête Hadad et du roi Panamuwa II (743–733 av. J.-C.), ainsi que des fragments de diverses statues de lions."

"Ces découvertes furent transportées par traîneaux jusqu'à Zincirli."

"Les artefacts furent signalés au Musée impérial ottoman le 31 mars, accompagnés de photographies prises par le représentant des fouilles Ahmed Bedreddin Bey."

"Il était prévu de transporter les artefacts du Höyük de Gerçin, avec les découvertes de Zincirli, jusqu'au port d'İskenderun, puis à Istanbul, pour être ensuite envoyés à Berlin."

(Fouilles de Zincirli – von Luschan 1902)

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Selon O. Satır et A. Çifçi, "les documents pertinents montrent que l'avancement des fouilles de Zincirli était régulièrement signalé au Musée impérial ottoman ; ces rapports contenaient également des informations sur les artefacts découverts par l'équipe allemande à Tahtalı Pınar, Karaburçlu et au Höyük d'Elbistan".

"À la fin des fouilles, C. Humann voulut prendre trois des cinq statues de lions mises au jour."

"En contrepartie, il proposa de prendre en charge les frais de transport des deux lions restants jusqu'à Istanbul."

"Le 31 mai 1890, cette proposition fut jugée appropriée par le ministère de l'Instruction publique, chargé de superviser le Musée impérial ottoman (Müze-i Hümayun), puis soumise à l'approbation du Conseil des ministres (Meclis-i Vükela) et enfin du Sultan."

"En juin 1890, le Müze-i Hümâyun informa que 30 caisses contenant les artefacts issus des fouilles avaient été envoyées au port d'İskenderun par l'inspecteur Ahmed Bedreddin Bey, et qu'il restait encore 12 caisses d'artefacts à transporter."

"Mais à ce stade, un obstacle inattendu surgit."

"La Direction des douanes d'İskenderun (İskenderun Rüsumat Emaneti), invoquant le fait qu'elle n'avait pas été officiellement informée, refusa d'autoriser l'exportation des artefacts destinés au Musée de Berlin et en informa le ministère de l'Instruction publique."

"Sur ce, le ministère de l'Instruction publique demanda à la Direction des douanes d'İskenderun d'ouvrir et d'inspecter les caisses contenant les trois statues de lions destinées au Musée de Berlin, de n'expédier que ces sculptures, et de saisir les autres artefacts."

"Ces correspondances montraient clairement que les agents des douanes du port d'İskenderun tentaient effectivement d'empêcher l'exportation illicite des artefacts extraits de Zincirli."

Bien sûr, dans ce pays, il existe aussi d'innombrables fonctionnaires honnêtes, déterminés et attachés à leur patrie.

"Cependant, ces documents ne contiennent pas d'informations détaillées sur le sort des autres artefacts de Zincirli et du Höyük de Gerçin amenés à İskenderun."

C'est pourquoi "on ne sait pas avec certitude si ces artefacts ont été remis à l'équipe allemande avec la connaissance de l'administration des musées ottomans, ou s'ils ont été exfiltrés clandestinement (sous le manteau) vers l'Allemagne".

"Aujourd'hui, la statue de Hadad, l'inscription de Panamuwa II trouvée au Höyük de Gerçin et divers fragments de statues de lions sont exposés au Vorderasiatisches Museum de Berlin." (Oğuz Satır – Ali Çifçi, The "Worthless Stones" of Zincirli, p. 231–233)

Hélas !

Deux lions d'Antep emportés en Allemagne. Berlin Vorderasiatisches / Musée du Proche-Orient. Photo : Tayfun Bilgin)

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"La deuxième saison de fouilles, qui s'acheva le 14 juin 1890, avait été extrêmement fructueuse, avec de nombreux nouveaux artefacts mis au jour."

"Le fait que la saison soit estivale rendait les conditions de fouilles encore plus favorables."

L'apprenti de C. Humann, "Felix von Luschan et son équipe, tenant compte du fait que l'autorisation expirerait fin décembre, planifièrent une nouvelle campagne de fouilles après une courte pause de trois mois."

Les fouilles de Zincirli étaient, avec Pergame, l'un des sites de fouilles préférés de Carl Humann ; mais à partir de ce stade, la direction effective des fouilles avait été largement confiée à von Luschan.

"La troisième campagne de fouilles débuta le 9 octobre 1890."

"Les fouilles étaient toujours financées par la structure "Orient-Komitee" de Humann à Berlin."

"L'objectif était de terminer cette saison le plus rapidement possible et de finaliser les travaux restants de la saison précédente."

"Cependant, la troisième campagne de fouilles ne se déroula pas comme prévu."

"L'hiver 1890–1891 fut extrêmement rigoureux, avec de fortes chutes de neige dans la région."

"De plus, l'épidémie de choléra, les mesures de quarantaine appliquées et les troubles sociaux dans les environs de Zeytun-Maraş avaient sérieusement compliqué le recrutement de main-d'œuvre."

"En conséquence, l'équipe de fouilles fut contrainte de rester à Zincirli bien plus longtemps que prévu. Car l'autorisation de fouilles avait expiré fin décembre 1890." (Oğuz Satır – Ali Çifçi, The "Worthless Stones" of Zincirli, p. 231–233)

(La statue de Hadad, dieu de la Tempête des peuples sémitiques (arabes), trouvée à Gerçin près de Zincirli et emportée en Allemagne. Berlin Vorderasiatisches / Musée du Proche-Orient)

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Le pillage n'était pas encore terminé.

Les conditions n'avaient pas permis de fouiller avec l'autorisation précédente.

"En avril 1891, une nouvelle autorisation officielle fut accordée pour poursuivre la troisième saison de fouilles."

Bien sûr, Osman Hamdi Bey suivait les affaires comme à son habitude et facilitait les autorisations.

"Durant cette période, la majeure partie des travaux se concentra dans la section de la cité Sam'al de Zincirli appelée 'Palais supérieur'."

"Là, dans la section désignée comme Bâtiment du Salon Nord, de nombreux reliefs furent mis au jour."

"Comme lors des fouilles précédentes, la collecte d'artefacts dans les höyüks environnants se poursuivait également."

"Ainsi, le représentant des fouilles Ahmed Bedreddin Bey avait rapporté que deux artefacts en pierre de Maraş Hacıbeyli avaient été transportés à Zincirli."

Les trafiquants allemands n'allaient pratiquement laisser aucun artefact du Ier millénaire av. J.-C. dans la région de Gaziantep.

"Vers la fin du mois de mars 1891, les grands artefacts en pierre mis au jour lors des fouilles furent réenterrés dans la perspective de la poursuite des fouilles à une date ultérieure."

Document de gauche – Lettre officielle de l'État relative à la remise à Humann, en contrepartie des frais de transport, de certains artefacts découverts par C. Humann lors de la troisième campagne de fouilles à Zincirli, avec l'approbation d'Osman Hamdi Bey. (BOA.MF.MKT. 132/25. O. Satır et A. Çifçi p. 223).

Document de droite – Lettre officielle de l'inspecteur Ahmet Bedrettin Efendi attestant l'envoi à la douane d'İskenderun des artefacts découverts lors de la deuxième campagne de fouilles à Zincirli. (BOA.MÜZ.ARK. 60/103) O. Satır et A. Çifçi p. 221).

"Cette méthode visait à protéger les artefacts de l'érosion naturelle et des dommages."

"Cependant, on ne sait pas avec certitude combien d'artefacts furent enterrés, puis réexhumés."

"En revanche, dans une lettre datée du 12 janvier 1891, Carl Humann informa le ministère de l'Instruction publique qu'il avait emballé les artefacts extraits de Zincirli dans 42 caisses."

"Il avait demandé l'autorisation d'en envoyer 21 à Berlin et le reste à Istanbul."

"Cette demande était la première du genre en ce qu'elle consistait à réclamer la moitié des artefacts pour couvrir ses frais."

Cette situation était totalement contraire au Règlement de 1884.

"Suite à cette demande, le ministère de l'Instruction publique sollicita l'avis de la Direction des douanes d'İskenderun (une sorte de bureau des impôts) et informa qu'il était nécessaire d'envoyer la totalité des 42 caisses à Istanbul."

Le ministère résistait.

"Dans le même temps, le ministère de l'Instruction publique informa officiellement Ahmed Bedreddin Bey que les frais de transport des artefacts issus des fouilles vers Istanbul seraient pris en charge par Humann."

(Revêtements en pierre trouvés dans le Hilani IV de Zincirli — type de palais/bâtiment administratif apparu aux Xe–VIIIe siècles av. J.-C., avec un portique à colonnes en façade. Berlin Vorderasiatisches / Musée du Proche-Orient. Photo : von Luschan. 1911)

***

"Le 15 septembre 1891, dans une lettre adressée au ministre de l'Instruction publique Münif Paşa (1828–1910), Humann informa qu'il était prêt à transférer au Musée impérial ottoman tous les artefacts issus des fouilles de Zincirli, ainsi que les pièces architecturales extraites des fouilles du Méandre-Aydın."

"Dans cette lettre, Humann soulignait particulièrement qu'il avait formulé une demande similaire le 22 juillet, que la direction du Müze-i Hümâyun — c'est-à-dire Osman Hamdi Bey — était pleinement informée des fouilles et pouvait fournir des informations détaillées si nécessaire."

Face à l'obstacle soulevé par les Allemands, Hamdi Bey intervint aussitôt.

"Dans le rapport qu'il présenta au ministère de l'Instruction publique, il rappelait que Humann fouillait à Zincirli depuis trois ans ; qu'il avait été autorisé à emporter une partie des artefacts mis au jour lors des première et deuxième saisons de fouilles au Musée de Berlin, en contrepartie du transport du reste à Istanbul."

"Il indiquait que les artefacts découverts lors des fouilles étaient extrêmement grands et lourds, et que leur transport de Zincirli à Istanbul nécessitait donc des coûts élevés."

"Pour cette raison, il déclarait juger approprié de remettre à Humann une partie des artefacts en contrepartie de la prise en charge des frais de transport."

"Il précisait en outre qu'il procéderait lui-même à un examen après que tous les artefacts auraient été amenés à Istanbul, et qu'il déciderait personnellement lesquels resteraient au Musée impérial ottoman et lesquels seraient remis à Humann."

Hamdi Bey maintenait sa constance à aider les trafiquants !

"Suite à ce rapport, le ministère de l'Instruction publique demanda à Hamdi Bey d'examiner les photographies des artefacts et de communiquer les résultats de son évaluation au ministère."

"Le 11 mars 1892, Osman Hamdi Bey informa le ministère de l'Instruction publique, sur la base des rapports d'Ahmed Bedri Bey en poste à Zincirli au nom du Müze-i Hümâyun, que le transport de ces artefacts hittites faits de 'pierre moisie' d'Istanbul coûterait environ 50 000 kuruş."

"Ces pierres étaient 'moisies'".

Mon Dieu !

Si ces pierres étaient moisies et n'avaient aucun sens, pourquoi C. Humann insistait-il autant pour les faire sortir du pays ?

(Deux blocs à reliefs sculptés emportés de Zincirli en Allemagne, soi-disant des pierres "moisies" (!) selon Hamdi Bey. Berlin Vorderasiatisches / Musée du Proche-Orient)

L'État ottoman allait remettre ces pierres moisies aux Allemands pour ne pas avoir à payer les frais, et les naïfs Allemands allaient charger ces pierres inutiles sur des bateaux pour les transporter au cœur de l'Europe !

***

Osman Hamdi essayait de tromper "l'histoire", mais en vain !

Selon Hamdi, le musée (c'est-à-dire l'État) n'avait pas de budget (c'est-à-dire d'argent) pour le transport des artefacts.

Comme indiqué précédemment, "une partie de ces artefacts avait été apportée à Istanbul par Humann à ses propres frais lors des fouilles précédentes, et une autre partie avait été remise au Musée de Berlin avec l'approbation de Hamdi Bey, conformément à l'article 32 du Règlement sur les antiquités (Asâr-ı Atîka Nizamnâmesi)."

Dans cette situation, "Hamdi Bey réitéra qu'il était nécessaire d'apporter à Istanbul tous les artefacts extraits de Zincirli ; il déclara qu'il déterminerait séparément, après examen, ceux qui seraient remis à Humann."

"Le ministère de l'Instruction publique transmit cet avis au Meclis-i Vâlâ (Conseil d'État / Şûrâ-yı Devlet) ; le Conseil approuva la décision et la soumit au Sultan."

Car les comportements antérieurs avaient désormais créé un précédent.

"Après l'approbation du Sultan, la direction du Müze-i Hümayun, c'est-à-dire Osman Hamdi Bey, fut officiellement chargée d'effectuer les démarches nécessaires."

"Jusqu'au dépôt d'une nouvelle demande de fouilles à Zincirli (6 octobre 1893), aucune autre information n'est disponible sur le sort des artefacts mis au jour et réenterrés lors de la troisième campagne de fouilles."

Ces artefacts ont-ils vraiment été enterrés, ont-ils été exhumés et exfiltrés par des mains secrètes après avoir été enterrés, ou ont-ils été officiellement réexhumés lors de fouilles officielles après avoir été mis en terre — on ne le sait pas.

Dans un tel contexte de trafic tortueux, il n'est pas difficile d'imaginer ce qui leur est arrivé !

"Cependant, dans la nouvelle demande d'exportation des derniers artefacts extraits de Zincirli, il était indiqué que la majeure partie des artefacts issus des fouilles avait été transportée à Istanbul, et que le reste était attendu à Istanbul dans un bref délai."

Enfin, dans une lettre envoyée à la province d'Adana le 28 février 1894, il fut demandé d'aider Mistakidis Efendi dans le transport au port d'İskenderun des artefacts mis au jour lors de la troisième campagne de fouilles.

Mistakidis Efendi était un sous-traitant/commissionnaire local qui opérait à la fin du XIXe siècle sur l'axe İskenderun–Adana–Alep dans les domaines du transport, du portage, des opérations portuaires et douanières, et du transport de pierres et de caisses, travaillant avec l'État et les équipes de fouilles étrangères.

Il était probablement un Grec d'Adana.

Les équipes de fouilles allemandes (Humann, von Luschan, etc.) préféraient travailler avec des intermédiaires grecs-levantins plutôt qu'avec des paysans musulmans locaux.

Le trafic était sans doute plus facile à pratiquer ainsi.

(L'inscription du roi Barrakib de Sam'al en langue araméenne, trouvée à Zincirli et emportée en Allemagne. Berlin Vorderasiatisches / Musée du Proche-Orient. Photo : Tayfun Bilgin)

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Ce qui s'est passé à Zincirli n'est ni une fouille scientifique innocente ni un événement historique isolé ; ce processus est un exemple frappant de la façon dont le patrimoine culturel a changé de mains, sous couvert de droit, de bureaucratie et de science, à l'époque de la désintégration des empires.

Ce qui est arrivé aux pierres de Zincirli n'est pas simplement un déplacement ; c'est l'arrachement de la mémoire, le silence emballé et mis en caisses.

La pioche a frappé non pas la terre, mais le temps ; le droit a été transformé en signature, la science en prétexte.

Dans cette chaîne commencée par les pioches de Carl Humann, malheureusement légitimée par les approbations d'Osman Hamdi Bey et achevée dans les vitrines de Berlin, les pierres qualifiées de "sans valeur" sont en réalité les témoins silencieux de l'histoire multi-couches de l'Anatolie post-hittite.

Ces pierres noires dites "sans valeur" sont désormais la voix réduite au silence de l'Anatolie post-hittite.

Que ces artefacts aient été arrachés à l'Anatolie aujourd'hui n'est pas seulement le signe d'un pillage passé, mais d'une mentalité qui perdure encore.

Chaque relief aujourd'hui enfermé dans les réserves des musées de Berlin est comme une phrase arrachée à son contexte : son cadre est perdu, son sens est incomplet.

Car lorsqu'une pierre est arrachée à sa place, elle ne perd pas seulement son espace, mais aussi son sens, elle s'allège ; or nous savons bien que la pierre pèse là où elle est.

LES ARTEFACTS HISTORIQUES DE GAZİANTEP ET DE PERGAME, L'AUTEL DE ZEUS, N'APPARTIENNENT PAS À UN BERLIN FROID ET BRUMEUX, MAIS À L'ANTIQUE GAZİANTEP ET À LA BELLE PERGAME. ILS DOIVENT ABSOLUMENT REVENIR, RENTRER CHEZ EUX !

Sefa Taşkın

04.01.2026

Karşıyaka/İzmir