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Femmes, mes sœurs, combien devrons-nous encore mourir pour nous réveiller ?

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Nous sommes entrés dans la semaine du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, une date réduite dans notre pays à une simple célébration de « fleurs, insectes et papillons », traitée par de nombreuses municipalités comme une occasion de mettre en avant celles qui font des conserves ou des confitures, et ciblée par les publicités de nombreuses marques comme un produit de consommation attrayant.

Commençons par souligner un point essentiel :

Le 8 mars n'est pas la « Journée des femmes », mais la « Journée internationale des droits des femmes ».

C'est une conquête importante obtenue au terme d'une lutte pour les droits que les travailleuses ont payée de leur vie.

Le 8 mars 1857, dans une usine textile de New York, des ouvrières travaillant dans des conditions difficiles se sont mises en grève pour réclamer l'égalité de salaire à travail égal, un congé maternité et une amélioration des conditions de travail.

Lors de la grève, un incendie s'est déclaré dans l'usine textile, causant la mort de 129 femmes brûlées vives. Cette tragédie a eu un retentissement considérable aux États-Unis et dans l'opinion publique mondiale. Elle a provoqué l'éveil de toutes les travailleuses du monde.

À la suite de cette tragédie, les gouvernements et les autorités locales ont été contraints d'apporter des améliorations partielles au droit du travail.

En 1908, à New York, 15 000 travailleuses ont cette fois mené une grève nationale pour réclamer une réduction du temps de travail et l'égalité de salaire à travail égal. Le Parti socialiste d'Amérique a déclaré le 8 mars Journée nationale des femmes. Cette résistance organisée s'est propagée au monde entier.

Dans notre pays, la Journée internationale des droits des femmes a été célébrée pour la première fois en 1921.

Les Nations Unies ont attendu exactement 100 ans pour déclarer le 8 mars « Journée internationale des droits des femmes ».

Le 8 mars devrait être célébré comme une journée visant à accroître la sensibilisation aux droits humains des femmes, à développer la conscience sociale et à honorer les réussites économiques, politiques et sociales des femmes !

Alors que nous traversons une période où le droit à la vie des femmes est bafoué, que nous sommes témoins chaque jour de nouvelles d'assassinats de femmes commis avec cruauté, que nous marchons avec inquiétude dans les rues de nos villes à la tombée de la nuit, et que la violence ne cesse de croître, les publicités pour diamants déversées sur nos écrans me soulèvent le cœur.

Au cours des 20 dernières années, un stade de football rempli de femmes a été massacré par des hommes. La société continue de vivre comme si de rien n'était. De nombreuses municipalités célèbrent le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, dans une ambiance de fête, de musique et de danse, simplement pour plaire aux femmes et se donner une image bienveillante.

Pourtant, chaque 8 mars, nous revoyons défiler devant nos yeux le corps démembré de Münevver Karabulut, retrouvée dans une benne à ordures alors qu'elle n'était qu'une lycéenne.

Nous pensons au meurtre de Güldünya Töre, blessée par des tirs liés aux « crimes d'honneur », alors qu'elle était soignée à l'hôpital sous protection policière.

Le corps sans vie et brûlé d'Özgecan Arslan nous revient en mémoire.

Celui de Şule Çet, jetée du 20e étage d'une tour, nous revient.

Celui de Pınar Gültekin, brûlée vive, nous revient.

Les regards craintifs de milliers de femmes dont nous ignorons le nom, vivant dans la peur d'être assassinées, nous reviennent.

Le 8 mars n'est pas un jour pour « danser et faire la fête ». Dans mon pays, où un nouveau féminicide s'ajoute chaque jour à la liste et où les hommes meurtriers sont libérés rapidement grâce à des remises de peine pour « bonne conduite », le 8 mars doit désormais être célébré comme une journée de commémoration et de sensibilisation. Il devrait y avoir un ruban noir dans le coin des écrans. Les présentatrices devraient apparaître à l'antenne avec un ruban noir. Une pression visible doit être exercée sur les législateurs par tous les moyens. Adressons-nous au pouvoir, qui met en avant la religion à chaque occasion, avec la sourate Al-Ma'ida du Coran :

« Quiconque sauve la vie d'une personne, c'est comme s'il sauvait la vie de toute l'humanité ; et quiconque donne la vie à une personne, c'est comme s'il donnait la vie à toute l'humanité. »

Pour sauver la vie des femmes, remettez en vigueur la Convention d'Istanbul.

Une signature sauvera des milliers de vies.

Et femmes, mes semblables, mes sœurs,

Combien devrons-nous encore mourir pour nous réveiller ?