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La femme qui a touché Anıtkabir

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Onze ans avant sa mort, Mustafa Kemal Atatürk souhaite que des étudiantes soient également admises à l'École d'ingénierie (l'actuelle Université technique d'Istanbul).

Apprenant cette nouvelle à la dernière minute, Sabiha Rıfat (Gürayman) dépose sa candidature à l'École d'ingénierie deux jours avant les examens. Elle réussit les épreuves et devient la première étudiante de l'École d'ingénierie, où étudient alors 350 hommes. Sabiha Rıfat, qui obtient le droit de devenir la première femme ingénieure de Turquie grâce à la volonté d'Atatürk, voit sa vie basculer lorsqu'elle est jugée digne d'occuper le poste d'ingénieure en chef du contrôle lors de la construction du mausolée d'Atatürk, Anıtkabir. 

Le choix de Sabiha Rıfat comme l'une des ingénieures d'Anıtkabir est pour elle l'occasion de rembourser sa dette envers Atatürk. Elle travaille avec passion, sans relâche. Elle place sa profession au centre de sa vie. Elle se présente devant le président de l'époque, Celal Bayar, et le Premier ministre Adnan Menderes, venus suivre de près les travaux à Anıtkabir, pour leur rendre compte personnellement de l'avancement du chantier. Bien que la construction d'Anıtkabir ait été ralentie à plusieurs reprises en raison des difficultés rencontrées avec les entreprises étrangères pour l'approvisionnement en matériaux pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s'achève à temps grâce à la détermination et à la persévérance de Sabiha Rıfat.

Dans une interview accordée au journal Milliyet en 1973, Sabiha Rıfat Gürayman raconte ainsi l'émotion qu'elle a ressentie en étant choisie comme ingénieure de contrôle pour Anıtkabir :

"C'était un jour d'hiver en 1945. Comme les routes étaient en mauvais état, nous ne pouvions nous rendre à Rasattepe qu'en calèche. La route était boueuse, l'air glacial. Sur le terrain, il y avait un bâtiment d'observation qui n'avait même pas de poêle. C'est là que, dès ce jour, allait être installé le bureau de chantier. Ce jour-là, j'ai remis le site de construction à l'entrepreneur. J'étais extrêmement émue. J'ai repensé aux longues années que j'avais laissées derrière moi et au chemin parcouru. J'étais écrasée par le poids de ma dette envers le grand révolutionnaire. Quelle belle coïncidence pour pouvoir rembourser, ne serait-ce qu'une infime partie de cette dette."

Sabiha Rıfat Gürayman est une personne déterminée, résolue à faire la différence. Par son métier, elle ouvre la voie en accomplissant ce que beaucoup n'osaient pas faire. Elle est intrépide. Elle entre dans l'histoire comme la première femme ingénieure à construire des ponts en Anatolie. 

Par sa forte personnalité et sa détermination, Sabiha Rıfat, qui a montré aux générations suivantes que les femmes pouvaient même devenir ingénieures, n'est que l'une des héroïnes cachées de notre histoire.

Je vous recommande vivement de lire le livre intitulé "La main de femme à Anıtkabir : Sabiha Rıfat Gürayman", écrit par la chercheuse et auteure Günseli Naymansoy et publié en 2022 par les éditions İş Bankası. Je vais également acheter et lire sans tarder les autres ouvrages de Günseli Naymansoy consacrés aux femmes pionnières de la République.

En lisant la biographie de Sabiha Rıfat, en ces jours où nous célébrons le centenaire de la République, j'ai mieux compris que la République a été une révolution pour les femmes.

Pour les femmes que Mustafa Kemal Atatürk a fait sortir de l'ombre, auxquelles il a reconnu le droit d'être des citoyennes à part entière, auxquelles il a assuré une capacité de représentation dans tous les domaines et auxquelles il a accordé le droit de vote et d'éligibilité, notre République est une révolution. La laïcité est la veine jugulaire de cette révolution. Atatürk, qui non seulement a fondé la République turque laïque dans la géographie musulmane, mais a aussi inclus les femmes dans son développement miraculeux en 10 ans, a réussi l'impossible. Dans son vocabulaire, le mot impossible n'existe pas. L'impossible est simplement ce qui n'a pas encore été tenté.

À l'aube de notre 100e année, je souhaite ardemment ceci : en tant que femmes éduquées formées par la République de Turquie, nous avons une dette à payer envers Atatürk. Révéler la force, le courage et la persévérance qui sont en nous. Ce sont les jeunes et les femmes de ce pays qui porteront la République de Turquie vers l'avenir. Ce n'est pas le moment de se plaindre, mais d'agir. Tout comme les femmes pionnières de la République ont rendu possible l'impossible par le passé, nous aussi, NOUS POUVONS LE FAIRE !

En commémorant le grand Atatürk, je rends hommage avec respect et gratitude à Sabiha Rıfat, cette femme courageuse qui, grâce à notre Père, a réussi à devenir la première femme ingénieure de Turquie et a apporté une contribution majeure à la construction d'Anıtkabir.