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La réforme universitaire d'Atatürk

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En 1933, Atatürk fait mettre en place une commission de réforme. Cette année-là, 90 des 150 professeurs du Darülfünun sont licenciés, et un corps enseignant composé exclusivement de scientifiques est constitué. La même année, le Darülfünun est rebaptisé Université d'Istanbul.

Trois ans plus tôt, en 1930, Atatürk avait visité le Darülfünun. Il n'avait pas reçu de réponses satisfaisantes aux questions scientifiques et techniques qu'il avait posées. Il en fut attristé. Il soutenait que l'université devait être au niveau international et capable de rivaliser avec celles des autres pays. C'est pourquoi, en 1933, lorsque le Darülfünun est transformé en Université d'Istanbul, 1 % de l'ensemble des revenus de l'État est transféré chaque année à l'université.

La réforme universitaire menée sous l'impulsion d'Atatürk en 1933 constitue un tournant dans l'enseignement supérieur turc. Avec la loi n° 2252, le Darülfünun d'Istanbul est supprimé et remplacé par l'Université d'Istanbul. Les 90 professeurs écartés du corps enseignant du Darülfünun sont nommés à différents postes dans l'administration publique. Aucun d'entre eux n'est laissé sans emploi !

Des professeurs étrangers sont recrutés pour la nouvelle université. Lorsque l'Allemagne, pionnière dans le domaine scientifique, est occupée par les nazis, Atatürk saisit cette opportunité et invite en Turquie de nombreux universitaires juifs fuyant l'Allemagne. Il n'a qu'une seule exigence envers ces précieux universitaires allemands : qu'ils apprennent le turc !

Les professeurs les plus éminents dans leurs domaines respectifs arrivent à Istanbul pour y enseigner. Atatürk écrit même une lettre à Einstein pour l'inviter à l'Université d'Istanbul. À cette époque, Einstein, professeur de physique sans la renommée internationale qu'on lui connaît aujourd'hui, n'accepte pas de venir en Turquie et se réfugie aux États-Unis. Le fait qu'Atatürk ait suivi le travail d'Einstein et l'ait invité dans notre pays illustre une fois de plus l'importance et la valeur qu'il accordait à la science.

L'Université d'Istanbul a acquis une place importante dans la tradition de l'enseignement supérieur de la République de Turquie en tant qu'« Université des premières fois ». Cette institution prestigieuse a toujours servi de pont entre le passé et l'avenir de l'académie turque. Depuis l'époque du Darülfünun jusqu'à aujourd'hui, de nombreux médecins, universitaires, juristes, scientifiques et politiciens ayant contribué au développement de la Turquie ont été diplômés de l'Université d'Istanbul.

C'est pourquoi la décision d'annuler le diplôme vieux de 31 ans d'Ekrem İmamoğlu, maire élu d'Istanbul et diplômé de l'Université d'Istanbul — l'université la plus ancienne et la plus prestigieuse de Turquie — restera dans l'histoire comme un scandale.

Les étudiants de l'Université d'Istanbul ont fait le premier pas en déclarant : « Le diplôme retiré à İmamoğlu aujourd'hui pourrait nous être retiré demain. Au lieu de protéger l'impartialité de la science et de l'académie, cette décision a porté atteinte à la réputation institutionnelle de notre université. » Le soulèvement légitime des étudiants de l'Université d'Istanbul a brisé le mur de la peur dans le pays. La carte de la résistance actuelle en Turquie, dont les jeunes sont le moteur, a atteint Chypre du Nord, l'Europe et de nombreuses villes des États-Unis.

Les 301 jeunes arrêtés et placés en détention lors des manifestations à Istanbul sont malheureusement toujours incarcérés. Les avocats du barreau d'Istanbul, qui ne les ont pas abandonnés et qui ont partagé leur situation avec l'opinion publique, ont dénoncé le fait que ces jeunes subissent des actes de violence de la part de certains détenus de droit commun. Leurs parents ont commencé à monter la garde devant la prison de Silivri pour soutenir leurs enfants. Ils ont créé le Réseau de solidarité des parents. Ils partagent la situation actuelle sur leurs comptes de réseaux sociaux et attendent du soutien pour leurs enfants. On se dit que le soutien le plus authentique aurait dû venir des scientifiques qui ont formé ces étudiants. L'ODTÜ (Université technique du Moyen-Orient) a montré sa force ici aussi. Les professeurs de l'ODTÜ ont marché aux côtés de leurs étudiants. Cette solidarité doit grandir, et les 301 jeunes doivent sortir de cette prison qu'ils ne méritent pas…