Hier au marché, le kilo de cerises était à 650 livres !
Même le fruit le plus simple et le plus innocent de l'été est désormais un luxe pour les personnes à faibles revenus. Autrefois, les enfants se fabriquaient des boucles d'oreilles avec les queues de cerises ; aujourd'hui, on dirait qu'il faut aller chez le bijoutier pour pouvoir s'en offrir un kilo.
Cet été est amer et morose. Le soleil ne réchauffe que les rues, pas les consciences.
Ni Bodrum, ni Çeşme, ni Alaçatı n'ont plus ce goût festif d'autrefois…
La moitié du pays est condamnée à la pauvreté, l'autre à la peur. Et nous essayons encore d'espérer, de ressentir l'esprit festif de l'été.
Journalistes et politiciens entrent en prison les uns après les autres. Fatih Altaylı, arrêté précipitamment pour avoir simplement exprimé ses idées et poursuivi la vérité, continue de faire du journalisme depuis Silivri. Car la vérité ne connaît ni murs, ni barbelés.
Pour certains d'entre nous, le journalisme n'est pas un gagne-pain, c'est comme respirer, c'est une question de survie. Voici les observations d'Altaylı depuis Silivri :
« En prison, la limite d'achat à la cantine est de 3 500 livres par semaine. Ils disent qu'ils l'augmentent si vous avez une bonne conduite… Comme si restreindre la liberté ne suffisait pas, le pain, l'eau et le thé ont désormais aussi leurs limites. 3 500 livres par semaine, 14 000 livres par mois… C'est le montant d'une pension de retraite à l'extérieur. Mais à l'intérieur, il n'y a pas de loyer, pas de factures d'électricité ou d'eau, et les trois repas sont gratuits. Malgré cela, ça ne suffit pas », dit-il.
Alors, que se passe-t-il à l'extérieur ?
Le kilo de cerises a atteint 650 livres !
Cette cerise de notre enfance… Celle dont on faisait des boucles d'oreilles pour rire devant le miroir, celle qui nous annonçait l'arrivée de l'été quand notre mère la posait sur la table ! Elle n'est plus qu'un ornement sur l'étal, un rêve sur l'étagère, absente de nos tables ! Un kilo de cerises représente trois jours de pain pour un retraité.
Un été aussi lourd que le prix des cerises !
D'un côté, ceux à qui la liberté manque, de l'autre, ceux dont la table reste vide… Comment un pays peut-il entrer dans l'été ainsi ?
À quoi bon si le soleil réchauffe notre peau et que la mer apporte ses vagues ?
Si l'être humain ne peut pas respirer, si ses paroles sont entravées, si son portefeuille est vide et son estomac affamé, qu'importe que la saison s'appelle l'été ?
Cet été, je ne peux ni rire, ni me réjouir. Car je sais que des centaines de milliers de citoyens lisent les étiquettes au marché et rentrent chez eux avec un sac vide.
Je sais que cet été n'est pas bleu comme la mer, mais d'un gris profond !
Mais quand même… Peut-être qu'un jour… Le soleil réchauffera non seulement les rues, mais aussi le cœur des gens. Un kilo de cerises sera le droit des enfants. Et personne ne sera envoyé derrière des murs pour avoir exprimé ses idées.
C'est alors qu'un véritable été commencera…
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